Il existe plusieurs standards pour ériger un groupe au rang de monument du rock (qualité, longévité, crédibilité, authenticité…) et les formations encore actives pouvant prétendre à cette qualification se comptent sur les doigts d’une main. Et quand j’arrive au majeur sur les doigts de la mienne, c’est tout sauf un hasard si je tombe sur le nom d’AC/DC.

Difficile, en matière d’authenticité, de faire mieux que les quatre Australiens. AC/DC n’a jamais fait autre chose que du rock. Une constance impressionnante pour un groupe né dans les années 70 et qui, aujourd’hui encore, continue à faire exactement la même musique qu’à ses débuts. En plus de quarante ans, le rock s’est popisé, glamourisé, psychédélisé, et souvent n’importequoïsé sans qu’AC/DC ne cède à aucune tendance.
En live comme en studio, les gars ont leur truc très identifiable et nous le resservent à chaque nouvelle sortie. Il est utile de rappeler qu’un tel constat aurait, dans beaucoup d’autres cas, valeur pénalisante. Ça ne prévaut pas pour AC/DC dont on ne peut que saluer le bon goût d’avoir laissé les « Power Ballads » à ces pleureuses de Scorpions.
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Contrairement à toutes les petites salopes qui prétendent faire du rock parce qu’ils mettent de la disto sur leurs guitares (une posture aussi honnête qu’une bière sans alcool), AC/DC a la délicatesse de ne pas prendre son public pour des buses. Ils ne font que ce qu’ils savent faire de mieux : du rock basique et brutal. La recette a beau mériter quatre étoiles au guide du rock, elle reste ultra simple : une rythmique lourde, précise et épurée sur laquelle se greffe une voix de tête puissante et les solos diaboliques d’Angus Young, véritable âme (évidemment damnée) du groupe. Ça cogne, ça hurle et ça envoie du lourd.
Il faut dire que les membres d’AC/DC nous viennent d’Australie, charmant pays où la sauvagerie est un art de vivre (demande aux kangourous et aux aborigènes ce qu’ils en pensent). Il ne faut pas oublier que l’Australie, c’est d’abord une île que les Anglais ont décidé de peupler avec les plus dégénérés d’entre eux (donc pas mal d’écossais). Tu me diras qu’il en fallait de sacrément fracassés pour foutre le pied là-dedans. Je ne sais pas si t’as remarqué, mais à chaque fois qu’un documentaire animalier parle du requin, du crocodile, du serpent, de l’araignée ou encore de la méduse la plus dangereuse du monde, le truc vit invariablement (et souvent même exclusivement) en Australie. Sache aussi pour ta gouverne qu’il existe également là-bas des petits poissons ultra-vicelards qui, quand tu pisses dans la mer (ne me dis pas que tu ne l’as jamais fait !), remontent le cours de ton urine pour aller se loger dans ta bite. Même si dans ton cas il ne pourra s’agir que d’un très petit poisson, ça te promet quand même des instants de bonheur inoubliables à l’hôpital. Et surtout une photo de vacances enfin originale à poster sur Instagram.
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Tout à pour dire que si l’Australie n’est pas réputée pour sa délicatesse, ses groupes de rock ne le sont pas non plus. Dans le plus ou moins sillage d’AC/DC, l’intérieur rugueux de la plus grande île du monde a laissé s’échapper quelques diamants bruts : Radio Birdman, Rose Tatoo, Silverchair, John Butler Trio, The Vines ou encore Dead Can Dance. Mais également des joyaux plus taillés comme INXS, Midnight Oil ou le grand Nick Cave. Une play-list made in Australia a donc de la gueule et comme la Foster est une de mes 117 marques de bière préférée, on peut clairement envisager de passer un bon moment 100 % « Aussie ».
D’ailleurs, les titres d’AC/DC s’y tailleront sans doute la part du crocodile (y’a pas de lion en Australie). Il ne t’a pas échappé que la bande à Young dispose d’une artillerie très lourde de tubes : Highway To Hell, Back in Black, Hell’s Bells, Thunderstruck… Si tu es musicien et que tu as, dans tes jeunes années, monté un groupe de zic avec tes potes, tu avais obligatoirement un (ou plusieurs) titre d’AC/DC dans ta set-list. Ne commence pas à dire le contraire parce que je sais que c’est faux, qu’on pourra de toute façon pas vérifier, et que ça m’énervera parce que la conversation m’aura coûté une dose de salive que j’aurai directement dû te cracher dessus.
Pour enfoncer le clou, on peut aussi dire que ça fait de toute façon plus de trente ans que l’adolescent de n’importe quel pays qui découvre le rock passe obligatoirement par la case AC/DC. Et ça n’est pas près de changer.
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AC/DC possède en effet dans son ADN la résistance combinée du cafard (le seul organisme vivant à être capable de survivre à un holocauste nucléaire, pour que tu comprennes bien la comparaison) et de ta femme quand tu lui proposes un plan à trois avec sa sœur (gros dégueulasse).
Pour un groupe, survivre à la disparition d’un de ses membres clés, ça veut quand même dire quelque chose. De très grandes formations ne s’en sont jamais relevées : Queen, INXS (encore des Australiens), Led Zeppelin, les Rolling Stones (on ne me fera jamais avaler que Keith Richards est encore en vie)…
En 1980, la disparition du chanteur Bon Scott, qui donnera son corps à la légende du rock des suites d’une soirée trop arrosée, aurait pu signer la fin du groupe qu’il avait rejoint en 1974. Mais il est très rapidement remplacé par Brian Johnson et l’excellent album Back In Black sortira à peine 5 mois après la disparition du chanteur d’origine.
Il est d’ailleurs assez marrant de continuer à voir des mecs qui n’étaient même pas nés quand Bon Scott est mort te dire : « ah ouais, AC/DC j’aime bien, mais je préférais quand même avec le premier chanteur » ! La preuve, s’il en fallait, de l’immortalité d’AC/DC et de sa musique.
And for those about to rock, we salute you. (FOK)