Quand sort le premier album éponyme d’Aerosmith en 1973, le groupe emmené par le théâtral et fougueux Steven Tyler n’est encore qu’un groupe « local », comme on dit aux États-Unis quand un groupe ne dépasse pas les frontières d’un État, celui du Massachusetts en l’occurrence pour Aerosmith (Tyler et sa bande sont originaires de Boston).

1973 : année zero pour Aerosmith

1973, c’est donc l’année zéro pour Aerosmith, ce qui n’empêche pas ses membres – et en particulier Steven Tyler – de rêver de conquérir l’Amérique (et le monde, mais cela va de soi quand la première est conquise). Cela tombe bien, car le premier single extrait de l’album, et envoyé aux radios, est précisément Dream On, un hymne au rêve, à l’ambition, à la conquête : « Dream until your dreams come true ». Une chanson qui, d’un point de vue musical, se rapproche plus du rock héroïque (comme ce que feront U2 avec « Sunday bloody Sunday » ou Bruce Springsteen avec « Born in the USA » par exemple) que du hard rock, style musical dont Aerosmith sera pourtant plus proche sur les albums suivants. On parlera ainsi, pour « Dream On », de power ballad, terme qui n’a d’autre définition que les chansons auxquelles il se rapporte, mais qui sonne bien. Très bien même, pour ce qui est de « Dream On », ballade puissante qui semble porter en elle le code génétique du tube par excellence, de ceux qui font les grands groupes et les mythes fondateurs (en l’occurrence du rock héroïque de U2, Simple Minds, XTC…).

Le succès de « Dream on »

Sorti en janvier 1973, Dream On connaît un succès immédiat, malgré la sortie quasi simultanée du premier album de Bruce Springsteen, lui aussi chez Columbia et dont le premier opus était déjà très attendu par la presse musicale américaine (finalement, Bruce Springsteen et Aerosmith afficheront à peu près les mêmes niveaux de ventes, ne laissant pas grand’chose aux autres cette année-là). Les radios de campus adorent « Dream On » et le diffusent massivement. Les autres médias suivent et voici Aerosmith déjà au sommet ! Il faut dire que « Dream On » est un tube en puissance, du moins sur le marché américain. Par ses paroles d’abord, tellement US friendly, éloge à la liberté de croire en soi, manifeste de la quête du bonheur et prière pour la réalisation des rêves (« In God We Trust »). Pour une Amérique qui vient de vivre une décennie houleuse (assassinat de JFK en novembre 1963, mouvement des Droits civiques, guerre du Vietnam), personne – ni l’establishment, ni les parents et surtout pas les kids – ne trouve à redire à un titre – pourtant rock – qui inspire un nouveau souffle, tant dans ses propos que dans sa musique. En ce début d’années 70, « Dream On » coïncide de manière presque mathématique avec ce que veulent écouter TOUS les Américains, des paroles flamboyantes sur une musique aux traits épiques et chevaleresques : rêver ET réaliser ses rêves. Steven Tyler – seul créateur crédité de « Dream On » – avouera avoir travaillé six ans sur la chanson avant d’en arrêter la structure définitive. L’histoire donnera raison à ses efforts… comme le promet le mythe américain. Hommage lui sera notamment rendu par le rappeur Eminem avec son titre « Sing For The Moment », sorti en 2002 et basé en partie sur un sample de Dream On : il est aussi question, dans le morceau d’Eminem, de rêve… américain, ça va de soi.

Biographie Aerosmith

Aerosmith se forme à Boston à la fin des années 1960. Les influences du groupe se trouvent dans le blues et le rock. Aerosmith sera à l’origine, avec d’autres groupes et dans la lignée de Led Zeppelin, du hard rock des années 1970. Le groupe connaît une ascension exceptionnelle dans les années 1980 et jusque dans le milieu des années 1990. S’ils sont moins actifs aujourd’hui, ils n’en restent pas moins des références incontournables du rock mondial. Aerosmith est composé, depuis 1970, de Steven Tyler (chant, piano), Joe Perry (guitare), Brad Whitford (guitare), Tom Hamilton (basse) et Joe Kramer (batterie).