Par Phil Patrick

Je suis gêné. La faute à Arch Woodmann. Les gens disent de moi que je suis une grande gueule, que je suis aussi moche qu’arrogant et grossier. Peut-être. Alors ici je veux fermer ma gueule. Contents ? Alors oui, Arch Woodmann me la fait fermer. J’ai écouté. J’ai aimé. C’est dit et c’est sur. Mais je suis gêné parce que je dis « j’aime Arch Woodmann » sans pouvoir vous donner des noms d’artistes ou de groupes que j’ai retrouvés en Arch Woodmann. Alors je me dis (et après j’arrête avec les « je me dis ») que Arch Woodmann ne ressemble à rien d’autre, entendu que je ne connais pas non plus toutes les musiques du monde (mais quand même, j’en connais un paquet). Alors quoi ? Je suis devant un groupe qui aurait créé quelque chose de neuf ? Ça me semble bien être le cas. Et ça fait peur, évidemment, tout Phil Patrick que je sois. Comme le Bédouin perdu dans le désert retrouve sa gourde d’eau fraiche : il en connait le goût, il en a besoin, mais quelque chose va le retenir, même une fraction de seconde, avant qu’il ne porte ses lèvres au goulot. Ce quelque chose : la peur instinctive.

Et puis il y a la convulsion. Parce que la beauté est convulsive. Et bordel, Arch Woodmann, c’est beau. Et tant pis si personnellement rien ne me fera jamais plus jouir qu’un morceau des Buzzcocks ou des Ramones. Je ne suis pas non plus (qu’) un clébard. Arch Woodmann, c’est beau. La voix du chanteur est élégante, avec ce qu’il faut de mystère et d’humilité. Elle ressemble (ah ! j’ai trouvé) un peu à ces voix façon Jason Mraz ou le mec de Cocoon, mais sans les artifices et le côté impudique de ces dernières. Une voix distincte et lointaine à la fois. Ce qui renforce ma gêne. Arch Woodmann, c’est très spécial. Il y a beaucoup de travail et chaque instrument se pose comme s’il était conscient que sans lui, l’ensemble ne tiendrait pas, qu’il doit apporter sa pierre à l’édifice, qu’il ne peut pas se contenter « d’accompagner ».

Chaque morceau d’Arch Woodmann prend le temps de se mettre en place (marque de fabrique d’Archive), on est proche parfois de l’expérimental, mais Arch Woodmann évite toujours, par je ne sais quelle magie, le côté snob et niais des ayatollahs de l’expérimentation (« plus c’est n’importe quoi, plus c’est cool » : mon cul !). Alors oui, on ne trouvera pas de « balises » dans la musique d’Arch Woodmann. Il faudra la prendre telle qu’elle, sans être guidé par telle ou telle influence (même s’il doit bien en avoir chez les membres d’Arch Woodmann), mais c’est ce qui fait d’Arch Woodmann un grand groupe de musique (en sont-ils seulement conscients ? Le faut-il ?). Il ya chez eux – ou plutôt dans leur musique – une recherche d’ailleurs et si je n’étais pas si frileux, je dirais qu’il y a quelque chose de mystique chez Arch Woodmann. Quelque chose qui donne à ceux qui les écoutent une sorte de paix profonde. Et aussi grossier, moche et arrogant que l’on soit, ça fait du bien.



>> Pour écouter Arch Woodmann









Tiny Dangers
Why would i deny
the bruises on my back
Why would i go back
to get fucked up in that town
A sheperd in the moutain
A sailor on his boat
The knike is on the throat
of the pilot on his plane
I talk to her but she don’t care
I stroke her arm so she wakes up
No one…calls back
so she whispers
Is that the way the people are?