Les Arctic Monkeys se forment en 2001 à Sheffield, ville industrielle du nord de l’Angleterre, là où il pleut 300 jours par an, le Seattle anglais.

Les Singes de l’Articque

Le groupe est composé de gamins, au sens littéral du terme. Alex Turner (le chanteur et leader naturel du groupe) et sa bande ont à peine 15 ans. Pendant quatre ans, ils vont écumer les pubs et autres clubs de la région, distribuant à la fin de leurs concerts des enregistrements artisanaux gravés sur CD à la maison. Et la sauce prend, c’est peu de le dire, auprès des adolescents anglais. Les titres diffusés par le groupe sont très vite échangés sur le net, au point que l’on dira un peu plus tard que les Arctic Monkeys sont le premier groupe de rock à avoir percé grâce à internet (ce qui est somme toute un peu exagéré puisque le succès des mômes de Sheffield est d’abord le fruit de leurs innombrables passages dans les villes et les campagnes du nord de l’Angleterre). En 2005, le groupe signe chez Domino Records, le label qui compte déjà dans ses rangs une autre figure du rock britannique des années 2000, le groupe écossais Franz Ferdinand. Domino fait entrer la bande de Turner en studio et le premier album est fin prêt dès le mois de septembre 2005, mais tradition anglaise oblige (ou prudence avant de lancer l’album), la maison de disques décide de ne sortir d’abord qu’un single. Ce sera « I Bet You Look Good On The Dancefloor », envoyé aux radios et placé dans les bacs britanniques en octobre 2005, soit trois mois avant la commercialisation de l’album sur lequel figure le morceau, et premier album des Arctic Monkeys : « Whatever People Say That I am, That’s What I’m not » (janvier 2006). Une semaine après sa sortie, « I Bet You Look Good On The Dancefloor » détrône toutes les stars habituelles des charts brittons de l’époque : Robbie Williams, les Sugababes… L’Angleterre n’a pas connu un tel engouement autour d’un groupe de musique rock depuis… les Beatles (d’accord, peut-être depuis Oasis). Toujours est-il qu’avec un seul morceau, « I Bet You Look Good On The Dancefloor », les Arctic Monkeys accèdent déjà au sommet et nombreux sont les spécialistes à scruter le morceau pour tenter de comprendre une telle effervescence.

I Bet You Look Good On The Dancefloor

Si l’on ne considère que l’aspect musical, « I Bet You Look Good On The Dancefloor » ne représente pas en elle-même une énorme révolution, mais sa structure – simple et entraînante – est d’une redoutable efficacité. On retrouve les fondements du rock (et même du rock’n’roll), à savoir cette capacité quasi mystérieuse de suggérer à l’auditeur de bouger son bassin, puis ses jambes et ses bras, jusqu’à sauter frénétiquement un peu partout. Le son dont raffolent les adolescents du monde occidental depuis Elvis. Et plus que tout, « I Bet You Look Good On The Dancefloor » est une chanson générationnelle, comme le fut au début des années 90 le « Smells like teen spirit » de Nirvana. Un morceau qui « parle » aux adolescents de l’Angleterre du nord (et par ricochet à tous), comme si chacun d’eux en avait écrit un vers. Car c’est aussi dans les paroles de « I Bet You Look Good On The Dancefloor » qu’il faut chercher pour comprendre le succès du titre et sa capacité à détrôner toutes les stars du moment.

Des paroles pour les kids

Œuvre d’Alex Turner, le texte de « I Bet You Look Good On The Dancefloor » décrit les soirées de cette jeunesse, des soirées qui ressemblent précisément à celles que décrivaient déjà les pionniers du rock’n’roll de l’autre côté de l’Atlantique dans les années 50 et 60 : les filles, les potes, la drague, les premiers joints… Le texte est toutefois bien contemporain, avec des références communes à cette génération composée de garçons et filles nés au début des années 90. Le titre en lui-même (« je parie que tu es douée sur la piste de danse ») fait allusion à une réplique de John Travolta dans le film « Saturday Night Fever » : « es-tu aussi douée au lit que sur la piste de danse ? » Dans le premier couplet, « tu ne t’appelles pas Rio, mais je me fous du sable » fait référence à la chanson de Duran Duran, « Rio » (1982), dans laquelle la protagoniste, Rio, danse justement sur le sable. Le passage « tu danses comme un robot électro-pop de 1984 » dans le deuxième couplet fait quant à lui référence aux mouvements de danse atypiques de John McClure, ami d’enfance de Turner (McClure est aussi de Sheffield) et fondateur du groupe Reverend And The Makers. Autant de « clins d’œil » qui non seulement font la richesse littéraire du texte, mais surtout crée le caractère générationnel et fédérateur du morceau.

Devant l’énorme succès de « I Bet You Look Good On The Dancefloor », Domino Records décide d’avancer à janvier 2006 la sortie de l’album « Whatever People Say That I am, That’s What I’m not », initialement prévue au Printemps 2006. Le carton est au rendez-vous, en Angleterre, mais aussi partout en Europe. Car autant qu’un hymne pour adolescents du nord de l’Angleterre, « I Bet You Look Good On The Dancefloor » est, assurément, un nouveau souffle apporté à la longue histoire du rock anglais.