Par Laurent Routier


J’ai écouté le dernier album d’Axelle Red, Un cœur comme le mien. Une expérience. Oh oui, une expérience. Je me suis retrouvé tout à coup dans la boutique d’une station-service en pleine campagne belge. C’était la nuit. Le désert. Ma voiture était tombée en panne et je crois que j’attendais que quelqu’un vienne me chercher. Au plafond de la boutique, les néons grésillaient, comme s’ils allaient claquer d’un moment à l’autre, enflammant du même coup la boutique tout entière et ma petite personne. Merde. Au comptoir, un gros monsieur qui ne m’avait même pas regardé quand j’étais entré et qui m’avait passé le combiné du téléphone en grognant (mais toujours sans me regarder). Sur la chemise du monsieur, je pouvais deviner le menu de ses quinze derniers repas (facile). A la radio, une musique débile et morose tournait en boucle. C’était comme s’il s’agissait d’une seule et même chanson. Je me suis dit que le disque devait être coincé depuis au moins 1953, date à laquelle Staline est mort, et date à laquelle cette station-service avait du être créée. Je me suis assis sur un tabouret aussi sale que si toutes les femmes du monde avaient changé d’un seul coup tous leurs bébés, sans passer un coup de serviette après. Puis j’ai vomi. Un cœur comme le mien, c’est fragile.