Le rock, mais pas seulement lui, a toujours eu besoin d’opposer : Beatles vs Rolling Stones, Oasis vs Blur, Noir Désir vs Mano Negra ou encore Guns n’Roses vs Metallica. Pour les fans, les divisions renforcent les identités et le sentiment d’appartenance. On retrouve d’ailleurs le même phénomène dans le sport : un supporter du PSG n’est pas un vrai supporter du PSG s’il ne chie pas sur l’OM et n’a jamais acheté des bières au Carrefour de la Porte d’Auteuil.

Au début des années 90, les Guns furent, comme pour pas mal des 14-16 ans de l’époque, ma porte d’entrée vers le rock. En ces temps bénis où nos parents travaillaient pour nous et où nos âges ne nous interdisaient pas les chattes de moins de 18 ans, le pôle rock de la cour du bahut était divisé en deux : Metallica et GNR. Une période où les deux groupes sont à un tournant de leur carrière. Ils vont produire deux albums qui vont considérablement élargir leur audience et, par la même occasion, désespérer les fans de la première heure.

Aux oreilles des puristes de Metallica, le Black Album sonne comme une véritable hérésie. Avec Nothing Else Matters, la bande à James Hetfield cède à la tentation de tout groupe de rock qui ne se respecte plus : la balade. Un truc horrible se passe : des mecs, qui se lavent les cheveux et qui ne portent pas des T-shirts où des squelettes à la bite en forme d’éclair sodomisent des putes avec un flingue, commencent à écouter et aimer Metallica. Ils vont même pécho des meufs dans les soirées en dansant des slows dessus !!!! Impossible de ne pas le reconnaître : musicalement, c’est un vrai virage à l’écoute de ce qu’était Metallica de Kill ‘Em All à …And Justice For All.

Les Guns font aussi leur mue. Mais le virage est moins prononcé, quand bien même les deux Use Your Illusion souffriront aussi du dédain de certains adorateurs d’Apetite For Destruction. Comme pour Metallica, la critique n’est souvent qu’une affaire de posture. Ou d’instinct de conservation. L’idée, c’est de faire comprendre à tous les glands qui pensent que Master Of Puppets est un film de Wes Craven qu’on connaissait le groupe AVANT que la masse ne s’y intéresse. Que t’auras beau de laisser pousser une bière au bout de la main, tu ne seras jamais digne d’un statut de beau-frère (celui qu’est vraiment con) dans la famille des véritables fans du groupe. Le phénomène de scission est toutefois moins violent pour les Guns qu’il ne l’est pour Metallica. Pour des raisons simples.

Use Your Illusion 1 & 2 contiennent deux (et même deux et demi) balades de la mort. November Rain (si t’emballes pas au bout des huit minutes que dure la chanson, laisse tomber) et Don’t Cry, qui figure sur les UYI 1 & 2 avec des paroles différentes. Pour la bande à Axl, le truc n’est pas nouveau et passe donc plus tranquillement : Lies, leur deuxième album, livrait déjà un truc du genre nommé Patience. Et surtout, l’exercice s’inscrit parfaitement dans le côté plus bluesy et mélodique du groupe. Malgré tout, les Guns n’échappent pas à la même critique que Metallica : les gars font désormais du « commercial »…

Un truc dont on peut discuter et rediscuter avec passion jusqu’à ce que les mégots débordent des bouteilles vides parce que jamais personne n’aura tort ou raison sur la question. Pas même Jean-Michel Apathie.

Je le disais plus haut : je préfère les Guns à Metallica. Je suis pas un grand adepte du métal et du speed. Du coup j’ai accueilli le Black Album avec respect et courtoisie. J’ai même adoré Enter Sandman au même titre que You Could Be Mine, peloté des culs sur Nothing Else Matters comme sur Don’t Cry et bien plus encore sur Unforgiven comme November Rain.

Même si j’ai découvert les Guns avec Use Your Illusion, j’admets qu’avec le recul je préfère cent fois leur premier album. Apetite For Destruction contient des titres hallucinants : Paradise City ou Sweet Child O’Mine sont deux tueries. Quant à Welcome To The Jungle, c’est du grand art rock. Les deux Opus UYI sont différents. Moins saignants, moins enragés, moins violents. Mais il y a de quoi bien bander. Avec Coma, sur le volume 1, ou Estranged sur le volume 2, les Guns n’ont pas peur de prendre leur temps avec des morceaux de presque 10 minutes sacrément bien charpentés. Autre similitude, chacun des opus possède une reprise : Live And Let Die, empruntée à McCartney, et Knocking On Heaven Door de Dylan. Les deux sont très réussies. Je regrette qu’au final, le morceau le plus connu et le plus diffusé des Guns en radio soit Knocking On Heaven Door. Un morceau qui a fini par me saouler grave. Je ne peux plus l’entendre. Toi non plus d’ailleurs. Admets-le au lieu de te curer le nez en lisant mon article.

Le truc marrant sur les Guns et Metallica c’est que si le Black Album et Use Your Illusion ont divisé et fait dire à certains que c’était mieux avant, personne ne conteste que tout ce qu’ont fait les deux groupes après ces deux albums n’a que peu d’intérêt. Pour Metallica, j’ai lâché l’affaire après Load. Difficile de parler du reste (il y a pas mal de trucs apparemment), je ne connais pas et je ne connais personne qui connaisse vraiment… Ce qui n’est pas très bon signe. Il faut dire que les mecs vieillissent aussi et que n’est pas Johnny qui veut. Pour les Guns, c’est plus simple. Après Use Your Illusion, sort l’album de reprises Punk Rock The Spaghetti Incident ? Pourquoi pas… Mais sans moi. J’aurai dit OK au concept d’un disque 100 % reprises si un vrai projet de création était venu derrière. Mais les tensions au sein du groupe et un Axl Rose de plus en plus isolé finiront par faire imploser l’affaire. Slash s’en va et les Guns sans Slash, c’est plus vraiment les Guns. S’en suit alors l’incroyable histoire de Chinese Democraty. Un album sur lequel Axl travaille dès 1995 et qui ne sortira qu’en 2008, soit 13 ans plus tard ! Vu que ça faisait déjà plus de dix que j’en avais ras le-cul d’attendre, je ne l’ai même pas écouté. J’ai lu quelque part qu’avec un coût de 15 millions de dollars, Chinese Democracy était le 2e album le plus cher de tout les temps derrière Invicible de Michael Jackson. D’après ce que m’ont dit ceux qui l’ont écouté, au rang des plus belles escroqueries faites au rock, il pourrait bien se classer numéro un. (FOK)