Good Vibrations est un énorme tube dès sa sortie en septembre 1967 sur l’album Smile Smiley. D’accord. Good Vibrations est aujourd’hui considérée par tous comme l’un des chefs d’œuvre de la musique pop. D’accord. Mais Good Vibrations, c’est d’abord une aventure. Une aventure qui va durer prêt d’un an, de février à octobre 1966, et dont le coût de production avoisinera les 40.000 dollars, un record toujours en cours aujourd’hui pour une seule chanson.

Beach Boys vs Beatles

Jamais son créateur, Brian Wilson, n’a travaillé autant sur un seul et unique morceau, et le garçon n’est pas franchement connu pour être un fainéant. Depuis la création des Beach Boys en 1961, c’est lui le génie musical du groupe, lui le producteur, lui le directeur artistique, lui le bourreau de travail. Avec Smiley Smile sorti en 1967, Brian Wilson a écrit 11 albums en 5 ans, sans compter ses diverses collaborations hors Beach Boys. De 1961 à 1963, les Beach Boys sont le groupe de musique pop le plus célèbre des États-Unis. Brian Wilson et sa bande (dont ses deux frères Carl et Dennis, et son cousin Mike Love) n’ont, à cette époque, aucun concurrent de taille. Et puis 1964 arrive et avec elle « l’invasion britannique », celle des Rolling Stones, des Kinks et surtout celle des Beatles. Ces derniers et les Beach Boys (enfin… surtout Brian Wilson) vont se livrer les années suivantes à une guerre musicale d’une intensité exceptionnelle, d’autant qu’il existe entre les deux un respect et même un amour avoués. John Lennon et Paul McCartney considèrent Brian Wilson comme un génie, et vice versa. C’est d’ailleurs durant cette période (1964 – 1967) que les Beatles comme les Beach Boys sortiront leurs plus grands albums. Du côté du clan Wilson, All summer long (1964), Today ! (1965) et Pet Sounds évidemment (1966), chef d’œuvre parmi les chefs d’œuvre de la discographie des Beach Boys. Les Beatles sortent quant à eux, durant la même période, Help ! (1965), Rubber Soul (1965), Revolver (1966) et, bien sûr, Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967). Chaque album composé par l’un a droit à sa « réponse » de la part de l’autre. C’est dans ce contexte d’effervescence perpétuelle que Brian Wilson commence à écrire Good Vibrations, en février 1966.

La Symphonie de poche de Brian Wilson

À la même date, Brian Wilson est en train de terminer son chef-d’œuvre, le fameux Pet Sounds, l’album qui « exigera » de Lennon et McCartney, de leur aveu même, qu’ils y répondent avec le non moins génial Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967). Pet Sounds quasiment achevé, Brian Wilson a déjà en tête d’aller « plus loin », de créer une « symphonie de poche », le titre « ultime ». Et il veut aussi une nouvelle fois répondre aux Beatles, dont l’album Ruber Soul vient de sortir (décembre 1965) et qui a « enthousiasmé plus que tout autre album des Beatles auparavant » Brian Wilson. Celui-ci va alors, à partir de ce mois de février 1966, s’enfermer 8 mois dans son monde intérieur et au sens physique du terme. Il laisse les autres membres des Beach Boys partir en tournée et faire la promotion de Pet Sounds, tandis que lui travaille en permanence sur Good Vibrations, enregistrant des heures durant, repassant les bandes, les découpant, les assemblant, utilisant six studios différents (à rendre hystérique sa maison de disques), employant les meilleurs musiciens des États-Unis (oui, aucun des Beach Boys, pas même Brian Wilson, ne joue d’un instrument sur la version studio sortie en octobre 1966) et refusant parfois de sortir de son bac à sable (oui, un « vrai » bac à sable qu’il a fait installer dans son propre studio) pendant des jours, prostré comme Michel-Ange devant un énorme bloc de marbre, avant qu’il ne sculpte son David. Ce qui n’est pas historiquement vérifié chez Michel-Ange l’est parfaitement chez Brian Wilson : celui-ci consomme, aussi, beaucoup de drogues. Ce n’est cependant pas nouveau, mais à la marijuana des années « surf » (1961 – 1963), Brian Wilson préfère désormais le LSD. Mais ses « troubles mentaux » (expression la plupart du temps employée de manière malsaine, comme si cela justifiait « aussi » le génie de Wilson – qui n’en a pas du tout besoin) ne datent pas non plus de cette époque, selon les témoignages de sa propre mère, celle-ci rappelant que le père Wilson était un homme violent. Good Vibrations n’est pas le fruit du LSD, même le texte, écrit non pas par Brian Wilson, mais par Mike Love, ne fait pas référence à un trip, mais, selon les dires de Love lui-même, à l’amour qu’il portait alors à sa petite amie, ajoutant qu’il n’avait pas pris de LSD avant 1968… Good Vibrations est donc, en définitive, moins une chanson qu’une pièce de musique, précisément une « symphonie de poche », les spectaculaires harmonies vocales faisant partie de la troupe d’instruments que Brian Wilson, en chef d’orchestre prophétique, avaient rassemblés pendant près d’un an. Reste à savoir si les Beatles sont allés après 1967 « plus loin » que Brian Wilson et ses Good Vibrations

Biographie Beach Boys

Les Beach Boys se forment en 1961 en Californie. Le groupe est alors composé des trois frères Wilson (Brian, Carl et Dennis), de leur cousin Mike Love et d’un ami de Brian Wilson, Al Jardine. D’abord inspirés par la surf music (qu’ils contribuèrent à faire connaître), les Beach Boys se tournent très vite vers une musique aux harmonies vocales et aux mélodies complexes, faisant d’eux l’un des groupes les plus respectés des années 1960. Ils connaissent d’ailleurs un large succès et rivalisent avec les Beatles ou les Rolling Stones dans les charts américains. Mais la santé mentale de leur leader et principal créateur Brian Wilson empêche les Beach Boys de poursuivre leur ascension durant les années 1970. Ils sont toutefois encore aujourd’hui considérés comme l’un des plus grands groupes de rock de l’histoire de la musique.