Par Phil Patrick


Non, non, et encore non, je ne peux pas tout aimer. L’Homme ne peut pas tout aimer. Et surtout, l’Homme ne peut (ne doit) pas tout accepter. On a reproché, et notamment la fielleuse direction de Zicabloc, à Éric Ze More et Éric Nullo, leur grossièreté, leur méchanceté, leur vulgarité. On m’a reproché, parfois, les mêmes choses. Mais quoi ? Doit-on éviter de parler de chiasse, d’anus et de glaire menstruelle pour décrire certaines musiques, sous prétexte que ces mots seraient inappropriés ? Pardon, mais quand j’associe les mots fiente et Bénabar, ce que je m’apprête à faire dans les lignes qui suivent, je ne crois pas être dans le vulgaire, le grossier ou le méchant. Je suis dans le vrai, et c’est ce qui compte. On me dit : personne ne t’oblige à écouter le dernier album de Bénabar. D’accord. Mais c’est mon métier d’écouter de la musique. Demande-t-on au charpentier d’abandonner son métier parce qu’il n’aime pas les échardes ? Et très sincèrement, quand toutes les radios nationales se jettent sur le premier single du dernier album de Bénabar, que les télés et internet en font de même, et nous en collent à longueur de journée, il va falloir à mes détracteurs trouver meilleur argument que celui du « t’es pas obligé d’écouter si t’aimes pas ».


La critique musicale est un art, et on ne passe pas commande aux artistes

Alors c’est quoi l’œuvre de Bénabar (puisque son dernier album, Les bénéfices du doute, en est aussi expression) ? C’est un tas de merde. J’en suis presque désolé d’ailleurs, parce que le bonhomme semble plutôt sympathique (et Bénabar est un excellent acteur !). Mais c’est bien la colère et le dégoût qui me pressent la poitrine aujourd’hui. Mon métier, c’est d’écouter la musique. D’accord. C’est aussi (et n’en déplaise à mes ennemis) mettre en garde contre les arnaques (musicales). Je suis le Julien Courbet de la critique musicale. Ouais. Je ne vois pas d’autre moyen d’être honnête que de dire aux kids qui me lisent (et à leurs parents, à leurs grands-parents et à toute la Sainte Famille) que Bénabar, c’est de la merde. Et je vais vous dire, je vais pas en chialer. Et pour justifier mes propos, je pourrai avancer que « Bénabar, c’est de la merde », ça n’a pas besoin d’être justifié. Car la vérité se suffit à elle-même. Demande-t-on : « pourquoi est-il minuit » ? Non, il est minuit, et cela suffit. Mais comme je suis un professionnel et un obsédé du dialogue (si, si), je veux bien me coucher quelques minutes dans la merde pour en parler le plus « objectivement » possible, même si je renie fermement ce terme en matière de critique musicale. La critique musicale est un art, et on ne passe pas commande aux artistes.


Bénabar est le Jésus de la chanson française


Pourquoi Bénabar, du moins son dernier album, est une merde ? Parce que cet album est le reflet – ou plutôt, même, l’incarnation ! – de tout ce qu’il y a de plus dégueulasse dans l’espèce humaine. Je cite : le cynisme, l’apathie, le parti pris, la méchanceté, l’égocentrisme. Et j’en oublie. Le cynisme de Bénabar, quand il chante que la solution, c’est la solidarité, quand des gamins se la mettent à la colle pour passer le temps. C’est l’apathie parce que Bénabar, c’est du voyeurisme, et le refus de l’action (car l’action est fascisante ?). Le parti pris quand il réussit toujours à constituer, dans ses paroles, des « clans », des « communautés », des « partis ». Bénabar aime la division, ses textes ne sont que des appels au communautarisme sanglant : la méchanceté profonde. Enfin, l’égocentrisme parce que dans ce chaos de cynisme, de haine, de divisions, le seul héros autoproclamé, c’est Bénabar. Lui-même et personne d’autre. Le fils (de pute) de dieu. Le Jésus de la chanson française :
–      « En vérité je vous le dis »