Histoire et explication de (We’re gonna) Rock around the clock

Si Rock around the clock n’est pas la première chanson rock de l’histoire, c’est elle qui, en 1955, permet au style musical en question de devenir le phénomène culturel de masse le plus important de la seconde moitié du 20e siècle. Son histoire se confond avec les débuts de celle du rock (ou rock’n’roll plus exactement). Par sa genèse artistique, par sa diffusion et par sa commercialisation, Rock around the clock illustre et explique parfaitement ce que furent les premières années du rock aux États-Unis (et par extension dans le monde), la naissance de l’industrie musicale et celle d’une nouvelle classe sociale : la jeunesse.

Rock around the clock a été écrite et composée en 1952 par James Myers (sous le pseudo Jimmy De Knight) et Max Freedman. Pour la petite histoire, ce dernier a alors 60 ans et il écrit les paroles d’une chanson qui deviendra quelques années plus tard l’hymne de toute une jeunesse adolescente. Le premier groupe à enregistrer une version officielle de Rock around the clock est le groupe vocal Sonny Dae and His Knights en 1953. Le single est commercialisé, sans succès. James Myers a alors l’idée de se tourner vers un jeune chanteur, Bill Haley, qui a déjà à son actif quelques singles. Le garçon est né et a grandi dans la banlieue de Detroit dans les années trente. Après la Seconde Guerre mondiale, il commence à jouer avec différents groupes dans les clubs de Detroit où la mixité entre Blancs et Noirs est chose plus naturelle que dans le sud des États-Unis. Par un hasard de l’histoire, Bill Haley va se retrouver au bon moment au bon endroit. Les maisons de disques cherchent en effet à commercialiser cette musique créée et jouée principalement par la communauté noire à partir du rhythm’n’blues, une musique que le célèbre DJ américain Alan Freed nomme dès 1951 « rock’n’roll ». Le « problème » pour les maisons de disques est de réussir à marketer ce nouveau produit pour qu’il plaise au plus grand nombre, c’est-à-dire aux Blancs. D’où l’idée, aussi simple que froide, de faire chanter ce rhythm’n’blues noir par des Blancs. Mais encore faut-il trouver de bons chanteurs et de bons musiciens blancs. Bill Haley est de ceux-là. C’est donc lui que James Myers choisit en 1954 pour enregistrer Rock around the clock. Cette première expérience se conclut par une entrée remarquée de la chanson dans le top 50 du Billboard américain. Mais elle n’y reste qu’une petite semaine. Insuffisant pour Myers qui continue toutefois de croire en son morceau et le place sur la bande originale du film Graine de violence (Blackboard Jungle) qui sort dans les salles américaines en mars 1955. Le film est un carton, notamment auprès de la jeunesse yankee à qui, pour la première fois de son histoire, on offre un film entièrement dédié à sa cause. Profitant du succès de Graine de violence, Myers réédite la version de Rock around the clock de Bill Haley. Cette fois, le single s’arrache et entre dans le top 10 du Billboard au début de l’été 1955 avant d’accéder à la première place le 9 juillet 1955 (il y restera huit semaines). Avec cette première place, Bill Haley et son Rock around the clock font entrer le rock’n’roll dans la culture populaire américaine, mais aussi européenne (le morceau est un tube en Angleterre, en Italie, en France…).

La jeunesse du monde entier se reconnaît en effet instinctivement dans ce rythme soutenu (« endiablé » diront certains à l’époque) et dans ses paroles qui abordent pour la première fois des sujets qui touchent les adolescents de près : les filles, les premières virées entre amis, les premières voitures, le collège, le fun. Avec Rock around the clock, c’est une nouvelle classe sociale qui s’affiche au grand jour. La chanson ouvre ainsi la porte à nombreux autres tubes rock’n’roll. C’est sans doute en partie grâce à elle que Chuck Berry, Elvis Presley, Buddy Holly, Little Richard et bien d’autres vont connaître la gloire et devenir parmi les premières rockstars de l’histoire. La suite de la carrière de Bill Haley sera moins enchantée. Débordé notamment par le charisme et la beauté du King, il ne retrouvera jamais pareil succès que celui suscité par Rock around the clock. Après quelques nouveaux disques dans les années soixante, il passera la décennie suivante à combattre son alcoolisme avant de mourir d’une tumeur au cerveau en 1981. L’histoire retiendra toutefois que Bill Haley fut, au bon moment et au bon endroit, l’étincelle indispensable à l’émergence et à l’explosion du rock.