« Peggy Sue » sort sous format single le 20 septembre 1957 aux États-Unis et en octobre de la même année en Angleterre. Dans les deux pays, la chanson connaît un énorme succès : n°3 du Billboard US et n°6 du classement UK. Et Buddy Holly n’en est pas à son premier tube. Pionnier du rock avec les Presley, Little Richard, Bill Haley…, Buddy Holly est déjà, en 1957, une figure incontournable du tout jeune rock’n’roll. Quelques mois seulement avant la sortie de « Peggy Sue », il a placé son morceau « That’ll be the day » en tête des ventes de disques aux États-Unis (mai 1957). Buddy Holly a 20 ans et visiblement de très belles années devant lui.

Genèse de « Peggy Sue »

« Peggy Sue » est le fruit d’une collaboration entre Buddy Holly, son producteur attitré Norman Petty et son batteur Jerry Allison. Holly en a écrit le texte, sorte de lettre d’amour à une certaine Peggy Sue, lui demandant de revenir à la maison. À l’origine, Holly avait travaillé ses paroles avec le prénom Cindy Lou, qui était celui de sa nièce, mais devant l’insistance de Jerry Allison, il changea en Peggy Sue. Et l’on sait qui était cette Peggy Sue : Peggye Sue Gerron, la petite amie et future femme de Jerry Allison et avec laquelle il venait de rompre (momentanément). La chanson aurait-elle eu le même succès si elle s’était intitulée Cindy Lou ? Il est fort à parier que oui, tant le texte de la chanson semble bien moins impactant (même s’il n’était pas tellement convenu, dans l’Amérique des années 50, de chanter ainsi l’amour entre deux jeunes gens) que la musique qui l’habille et surtout l’interprétation qui l’accompagne. La musique d’abord : « Peggy Sue » est l’une des premières chansons rock sur laquelle la batterie prend autant de place (c’est Elvis Presley qui accorda le premier à la batterie une place à part entière dans la construction d’une chanson rock). Une batterie qui dispense un rythme très simple et répétitif – très rock – et sur lequel l’interprétation de Buddy Holly vient se greffer. Le texte de « Peggy Sue » est ainsi tout aussi scandé que chanté, ce qui ajoute à l’effet « sauvage » de l’ensemble. La production de « Peggy Sue » est par ailleurs l’une des meilleures (John Lennon dira lui-même, « la meilleure ») de la discographie de Holly. Enregistrée en prise directe, elle restitue de manière brute (et géniale) la tension que l’on perçoit dans la voix de Buddy Holly. Une tension dont s’inspireront, de leur aveu même, les plus grands chanteurs de rock, de John Lennon à Michael Jackson, en passant par Mick Jagger et… Serge Gainsbourg.

Le jour où la musique est morte

Avec le succès de « Peggy Sue », Buddy Holly affirme encore un peu plus son statut de star du rock’n’roll. Il multiplie les enregistrements, les passages télé et les tournées. S’il n’a pas le physique d’Elvis ni l’excentricité de Little Richard, Buddy Holly a tout de même une « gueule », celle d’un premier de la classe, un peu moche et portant de grosses lunettes ! Un profil particulier qui lui permettra de se distinguer des dizaines de chanteurs rock qui chaque semaine fleurissent aux quatre coins du pays – et qui sont, le plus souvent, de tristes imitations du King. Et pour les gamins blancs (surtout les garçons), c’est une figure à laquelle ils s’identifieront plus facilement qu’un Little Richard (et pour cause) ou même qu’un Elvis Presley (trop « homme »). Buddy, c’est le copain de lycée et en même temps la star adulée. Un statut qui ne fera que se renforcer deux ans après la sortie de Peggy Sue. Nous sommes au début de l’année 1959. Buddy Holly est en tête d’affiche d’une série de concerts prévue dans le Nord des États-Unis. Il partage la scène avec d’autres grands noms du rock de l’époque : Ritchie Valens (La Bamba), Big Bopper (Chantilly Lace), Dion & The Belmonts… Le 2 février, Buddy Holly est invité à partager un avion privé avec Valens et Big Bopper. Les garçons ont l’intention de regagner au plus vite le Sud, pour s’y « réchauffer » (il neige depuis 1 mois dans le Nord). Quelques minutes après son décollage, l’avion où se trouvent Buddy Holly et les autres s’écrase. En un instant, le rock vient de perdre parmi ses plus célèbres Pères fondateurs. Don McLean ouvrira son tube « American Pie » (1971) en faisant référence à cette tragique journée et en parlant du « jour où la musique est morte ». Buddy Holly avait 22 ans et le rock son premier martyr.