En 1965, le groupe de folk-rock The Mamas & The Papas publiait California dreamin’, une chanson qui allait devenir l’hymne d’une génération de kids américains (et autres) en quête d’une nouvelle donne sociétale et le témoin des premières heures du mouvement hippie. Redécouverte d’un moment d’histoire.

Naissance d’un mythe
The Mamas & The Papas sont le fruit de la rencontre entre deux paires de chanteurs qui viennent chacune de quitter leur formation. D’un côté, le couple de jeunes mariés, les Phillips, Michelle (née en 1944) et John (1935-2001), débarqués du groupe The Journeymen (qu’ils formaient avec Scott McKenzie et Dick Weissman), de l’autre Cass Elliot (dite Mama Cass, de son vrai nom Ellen Cohen, 1941-1974) et Denny Doherty (1940-2007) de The Mugwumps. Les quatre des Mamas & Papas se connaissent donc assez peu quand ils s’apprêtent à entrer en studio à l’automne 1965, après avoir signé un contrat avec le label Dunhill Records sous les recommandations de Barry McGuire. Ce dernier est tombé sous le charme des Mamas & Papas dans un bar de Los Angeles, et d’une de leur chanson en particulier : California dreamin’. Le chanteur en enregistre une version dès le mois de mars 1965, accompagné, pour les chœurs, de John Phillips et sa bande (album This precious time). La chanson séduit également les « gens » de Dunhill Records qui invitent les Mamas & Papas à enregistrer leur propre version, dans les studios où les Beach Boys ont enregistré quelques mois auparavant le monumental Pet Sounds. Le single est ainsi enregistré en novembre 1965 et édité au mois de décembre 1965. Dès sa sortie, le morceau rencontre un énorme succès commercial, atteignant aux États-Unis, mais aussi en Angleterre, le top 3 des charts. Il sera intégré au premier album des Mamas & Papas, publié en mars 1966, If you can believe your eyes and ears, lui aussi un triomphe.

Revival folk
Ce succès, le groupe le doit évidemment au talent de ses membres, mais aussi au revival folk du début des années 1960, initié par Woodie Guthrie puis entrainé par Bob Dylan (et Joan Baez, Pete Seeger, Leonard Cohen…), une période où la folk dite « traditionnelle » se durcit dans ses paroles (on parlera de Protest songs) et dont la Beat Generation (Kerouac, Burroughs, Ginsberg…) raffole, comme la jeunesse hippie qui commence à pointer son nez (dans la continuité de son ainée beat) en ce milieu des années 1960. La folk music est l’autre musique contestataire de l’époque, en même temps que le rock des Stones, Beatles, Who… qui déferle sur l’Amérique (la British Invasion de 1964), les deux styles se fondant souvent l’un dans l’autre. Symbole de cette proximité entre folk et rock, le Newport Folk Festival (depuis 1959), sur la scène duquel se produisent (certains y ont même été découverts) parmi les plus grands groupes de rock de l’histoire. California dreamin’ est ainsi un morceau qui incarne parfaitement ce mélange entre folk traditionnelle et rock moderne. De la folk, elle en a le thème (et même un thème de folk traditionnelle) et les harmonies vocales. Du rock, elle en a le rythme et les arrangements.

Le rêve californien
Le thème principal évoqué dans les paroles de California dreamin’, c’est le mal du pays, une inspiration habituelle de la folk music nord-américaine, et que le genre célèbre autant qu’il vante l’Amérique des pionniers et des ouvriers itinérants. Dans California dreamin’, le mal du pays, c’est celui de Michelle Phillips. Originaire de Californie, elle déménage à New York au début des années 1960 avec son mari John pour tenter de « percer » dans le milieu folk (le quartier du Village à New York est alors l’un des épicentres de la folk music américaine). Nous sommes à l’hiver 1963 et le succès tarde à venir pour le couple. Et puis il fait froid, New York croule sous la neige et Michelle se sent triste. Elle rêve de sa Californie natale, du soleil et des eaux douces de la côte ouest. Pour la consoler, John lui compose en une nuit California Dreamin’, qu’ils retravaillent ensemble pour obtenir la version qu’ils enregistrent en 1965. Ils ont retrouvé depuis quelques mois déjà la Californie de Michelle. The Mamas & The Papas s’en éloigneront souvent durant les années suivantes, cette fois, pas pour échapper aux galères de leurs débuts, mais pour triompher en concert aux quatre coins du monde. Le rêve californien…

Michelle Phillips, Cass Elliot, Denny Doherty et John Phillips.

Michelle Phillips, Cass Elliot, Denny Doherty et John Phillips.