« Light my fire » figure sur le premier album éponyme des Doors sorti le 4 janvier 1967 aux États-Unis. Le titre est quant à lui commercialisé sous format single en avril 1967. Les Doors ne sont encore, à cette date, qu’un « petit » groupe californien, dont la structure (Jim Morrison au chant, Robby Krieger à la guitare, Ray Manzarek aux claviers et John Densmore à la batterie) n’est stable que depuis quelques mois et qui n’a signé un contrat avec Elektra que depuis le mois de juin 1966.

Les Doors, ces débutants

Ce sont donc presque des débutants (ils jouent quand même ensemble dans les bars et autres salles de Los Angeles depuis près d’un an) qui entrent en studio à la fin de l’année 1966 pour mettre en boite leur premier album et en particulier « Light my fire ». Plus qu’une simple chanson, « Light my fire » va devenir, les mois suivant sa sortie, un hymne, un manifeste, l’incarnation musicale du « Summer of Love » américain (été 1967), période pendant laquelle le mouvement hippie sera à son apogée. Preuve de l’importance exceptionnelle de « Light my fire » en cette période de l’histoire américaine, le morceau atteint la première place du Billboard US en juillet 1967. C’est le triomphe des valeurs hippies fondamentales, l’amour bohème et sexué, la méditation et autres pratiques new age, le rock, la contestation et la prise massive de drogues comme le LSD, l’herbe ou l’héroïne, en somme de tout produit susceptible de vous aider à ouvrir les « portes de la perception » (d’après l’ouvrage d’Aldous Huxley, « The Doors of Perception » (1954), qui donna son nom au groupe de Jim Morrison). Autant de principes et de thèmes que reprend « Light my fire », synthèse de son époque.

« Light my fire » et Jim Morrison

Light my fire est d’autant plus intéressante dans la discographie des Doors qu’elle met à mal l’un des mythes les plus tenaces entourant le groupe californien. Le mythe selon lequel Jim Morrison serait l’unique âme créatrice des Doors, le leader médiatique autant qu’artistique de la bande. Ce qui est largement exagéré. La preuve avec « Light my fire », création exclusive du guitariste des Doors, Robby Krieger (également auteur-compositeur des tubes « Love me two times », « Touch me » et « Love her madly », entre autres). Les paroles de la chanson évoquent l’amour entre deux êtres, un amour évidemment sauvage, libre de toutes contraintes (sexuelles, ethniques, sociales, religieuses…) et teinté de vapeurs hallucinogènes. L’orgue de Ray Manzarek habillant l’ensemble d’une dimension psychédélique très prisée des jeunes hippies. « Light my fire est, par essence même, une chanson écrite et composée « pour planer », l’un des morceaux fondateurs du rock psychédélique ». C’est ce qui fera son succès commercial évidemment, mais aussi la réputation des Doors qui n’en sont alors qu’à leur premier album (il faut le rappeler) et seulement à leur second single (« Break on through » était sorti quelques semaines plus tôt, avec un certain succès, mais bien moindre que celui enregistré par « Light my fire »). L’album plaît autant aux kids américains qu’aux médias « sérieux ». Les magazines Time, Vogue… font leur couverture avec les Doors, phénomène rock et sociétal. Si Jim Morrison n’est pas le créateur du tube qui vaut alors aux Doors d’être élevés au rang d’icônes du rock psychédélique, il contribue largement (ou plutôt, du coup, exclusivement) à l’impact médiatique du groupe. Le 17 septembre 1967, les Doors sont invités sur le plateau new-yorkais du Ed Sullivan Show (une institution de la télévision américaine). Le groupe interprète « Light my fire », mais alors que la production de l’émission avait au préalable demandé à Morrison de changer le vers « we couldn’t get much higher » (premier couplet), celui-ci ne respecte pas l’ordre donné : le public sur le plateau est en transe, mais le standard, lui, croule sous les messages d’insultes. Les Doors ne seront plus jamais invités par Ed Sullivan, mais leur réputation est faite, et la légende de Jim Morrison en marche. C’est d’ailleurs pendant ce même séjour à New York que Joel Brodsky réalise les célèbres photos du chanteur torse nu.

Après « Light my Fire »

Le succès de leur premier album et l’hystérie autour de « Light my fire » n’empêchent cependant pas les Doors de continuer à composer, écrire, enregistrer (malgré les premières « errances » de Jim Morrison). Phénomène rare dans l’histoire de la musique populaire contemporaine, les Doors sortent leur second album en octobre 1967 alors que leur premier opus atteint son pic de ventes, à peine un an après sa sortie. Ce deuxième album, « Strange Days », confirme le succès du premier. Les Doors peuvent alors se targuer d’être, au côté des Beatles, des Stones, ou encore des Beach Boys, l’un des plus grands groupes de rock de la planète. Un niveau qu’ils maintiendront jusqu’en 1973, année de leur dissolution, deux ans après la mort de Jim Morrison (1971) – deux albums réalisés sans ce dernier sortiront entre 1971 et 1973.

Biographie The Doors

Les Doors se forment en 1965 à Los Angeles avec Jim Morrison (chant), Ray Manzarek (orgue électrique et piano basse), Robbie Krieger (guitare) et John Densmore (batterie). Les Doors cessent toute activité en 1973, deux ans après la mort de Jim Morrison. Les Doors proposèrent, durant leur courte carrière, une musique rock aux influences blues et rock psychédélique.