Journaliste multispécialisé (musique et assurance habitation), FOK (Twitter : @rocknfok) est né le 5 mars d’une année finissant par un 8 à Bratislava, dans le Doubs (25). Artiste engagé, il a très tôt vendu son âme au Rock sans en retirer d’ailleurs ne serait-ce qu’un seul centime. Fait d’armes notable, il a tenté, dans les années 2000, de populariser le concept des concerts privés dans les douches des gens, plus particulièrement dans le cadre de duos intimistes. Alors que l’enquête de police à ce sujet suit toujours son cours, Zicabloc prend le risque de lui ouvrir ses pages. L’idée : une chronique personnalisée qui nous raconte un groupe, à travers un prisme forcément subjectif et décalé. En même temps, il nous a tellement suppliés…

L’effet Eiffel

Entre Eiffel et moi, tout a un peu commencé par un malentendu. C’était à l’époque de leur premier album, Abricotine, sorti en 2001. Le single Te revoir passait un peu en radio. Je l’ai détesté direct. Le mec (je croyais même au début que c’était une gonzesse, complètement folle de surcroît) hurlait avec des articulations bizarres et violentes qu’il voulait revoir quelqu’un (pas moi en tout cas), notamment pour l’assassiner et le déshabiller de sa chair. Le truc sentait la scène de crime dégueulasse à plein nez. Tu parles d’un programme… Le titre m’a d’ailleurs tellement dégoûté que je n’ai jamais écouté le reste de la galette.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf que Romain Humeau et sa bande sont revenus l’année suivante avec le Quart d’heure des ahuris. Les ahuris, c’est le surnom que le groupe donne à ses fans. L’ahuri, c’était moi dès les premières notes du sublissime Tu vois loin. J’ai adoré ce titre plus encore que je n’avais détesté Te revoir. Je me suis rué sur l’album. Toutes les certitudes que j’avais sur Eiffel ont basculé parce que ce truc est une tuerie de la première à la dernière chanson. Bande d’enculés. Je me suis haï de les avoir autant détestés. Mais les cons changent aussi d’avis. Le quart d’heure des ahuris est superbement construit : les premiers titres envoient tout de suite le boulet. « Prends ma main si tu les aimes un peu froide » (et ma bite si tu les aimes un peu dures, ndla), nous chante Humeau. C’est urgent, sec, charpenté et envahissant. Les textes, le son, les arrangements, tout… Vous pouvez me croire parce que pour que je suce gratos, faut y aller ! D’ailleurs, allez-y. Ecoutez et dites-moi. Y a des chances qu’on devienne très copains après. Ou que je vous pisse au cul.

Parenthèse : il faut s’arrêter deux minutes sur le cas de l’omni Romain Humeau, véritable âme du groupe pour prendre une tournure de phrase que tous les débiles comprendront. Il faut voir que hormis Estelle Humeau (rencontrée en 1995 au Conservatoire de Toulouse) le line-up du groupe bouge régulièrement. Dans Eiffel, Romain Humeau s’engage en plein : il écrit, compose, arrange, enregistre et mixe. Du coup, ce qui sort vient vraiment de ses tripes. Authenticité et fin de la parenthèse.

J’attendais avec impatience la suite du Quart d’heure des ahuris. Surtout parce qu’à l’époque (et c’est encore vrai aujourd’hui, mais je ne le savais pas encore), il n’y avait qu’Eiffel et Noir Désir pour étancher ma soif de rock chanté en français. Luke et Deportivo ont eu quelques fulgurances, mais une bonne branlette ne vaudra jamais l’extase d’un fabuleux coup de queue. La suite se fera en live, avec la sortie en 2004 de Les yeux fermés qui rebalance la fabuleuse énergie scénique du groupe. Attention, j’adore les « live ». Pour moi, le meilleur album de Noir Désir reste Dies Irae. Mais j’attendais du nouveau. Ce avec L’éternité de l’instant, sorti la même année. Le sceud n’est pas signé Eiffel, mais sort sous le nom de Romain Humeau. Un album solo donc. Vu la place qu’occupe le gars dans Eiffel (voir la parenthèse plus haut), c’est un peu jouer sur les mots… Je me souviens avoir lu que Romain Humeau avait parlé, en faisant cet album, d’une inspiration puisée dans le « Low Estate » de 16 Horsepower. Bonne pioche : je vénère cet album (que les connards qui ne connaissent pas s’y collent d’urgence). Il a aussi parlé d’un bouquin, qui l’a suivi tout au long de l’enregistrement : Septentrion, de Louis Calaferte. Là aussi, je vous recommande un détour par Amazon (c’est sans doute trop vous demander d’aller faire un tour dans une librairie) et de choper l’ouvrage. « L’éternité de l’instant » s’annonçait bien et a tenu toutes les promesses qu’il ne m’avait pourtant jamais faites.

Eiffel reviendra très vite après le « solo » d’Humeau. Tandoori débarque en 2006. Encore du top. Viendra le tour du tout aussi grand « A tout moment » (2009), où Bertrand Cantant (grand pote d’Humeau) vient poser quelques voix et celui de Foule Monstre, sorti l’année dernière. Je vais vous faire un aveu surprenant : je n’ai pas encore écouté Foule Monstre. J’ai capté un ou deux titres au hasard des radios dans ma caisse. J’ai aimé grave, mais les instants de jouissances musicales sont devenus tellement rares qu’en garder un peu sous le coude ne peut pas faire de mal. (FOK)