Au cours de l’année 1998, quelques semaines seulement avant que la France black-blanc-beur soit sacrée championne du monde de football, le bruit se fait de plus en plus pressant, d’abord à Paris puis dans le reste du pays (Algérie comprise), que Faudel, le petit prince du raï (de coke, mais plus tard), a été victime d’un viol à la sortie de la discothèque du Queen (Champs-Elysées) par une bande de skinheads. Peut-on aujourd’hui dépasser le stade de la rumeur ou, au contraire, prouver que cette histoire est un faux ? Réponse.

En février 1998, le single Tellement N’brick (Tellement je t’aime), premier extrait du premier album de Faudel (Baïda, sorti en octobre 1997) atteint la première place des charts français. C’est un putain de succès qui va se poursuivre plusieurs mois, en même temps qu’enfle la rumeur selon laquelle Faudel a été sauvagement enculé par trois skins à la sortie du Queen. On notera la corrélation entre l’événement et l’avènement de Faudel comme poids lourd du raï.

Après une fouille anale minutieuse des archives à notre disposition, notamment l’excellente biographie signée par Faudel (et écrite par Sophie Blandinières), Itinéraire d’un enfant de cité (2008), et les témoignages de taupes au sein de la Police nationale, nous pouvons le dire avec autorité et néanmoins courtoisie : non, Faudel n’a pas été violé par une bande de skins à la sortie du Queen en 1998, ce qui, au passage, doit être une effroyable épreuve, même pour Pascal Nègre.

Mais alors, de qui vient la rumeur ? À qui profite le crime ? Cheb Mami et Cheb Khaled, ça vous dit quelque chose ? Outre le fait qu’ils aient tous les deux des casiers judiciaires copieusement chargés, notamment pour des faits de violence envers des femmes, les deux Cheb n’auraient que très peu apprécié de voir débarquer ce petit Français de Faudel sur le marché du raï, surtout avec le succès que celui-ci a connu. Les deux intrigants ont même voulu embarquer dans leur triste épopée le malheureux Rachid Taha, mais, voyant que le bonhomme confondait depuis toujours thé à la menthe marocain et bourbon californien, ils ont préféré se raviser. Bref, après la diffusion de cette rumeur, Faudel a littéralement chuté, dans la vie et dans les charts. Baïda, son premier album, s’était vendu à 350.000 exemplaires, le suivant, Samra (2001) à seulement 35.000 copies. Ce n’est pas un coup de bite que Faudel a reçu dans le cul, c’est un coup de poignard dans le dos.

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