Par Phil Patrick



Les nains sont pourvus d’énormes sexes. Sachez-le, c’est pas des conneries. C’est en comparant mon machin avec celui de l’un d’entre eux que j’ai écopé d’un gage : écouter France Culture pendant 24 heures. L’alcool rend con, c’est pas un scoop. 24 heures à écouter France Culture. J’en ai rêvé, un nain l’a fait. Vous êtes prêts ?



Ça commence avec Un autre jour est possible. Malin le titre de l’émission. Première information : les porte-voix de la France de la Culture se lèvent tôt ! Six heures – du matin ! Les malades. Quand on sait que tous les génies (oui, tous) qui ont fait et qui font encore cette même culture française étaient ou sont encore des enfoirés de teufeurs lève-tard, ça laisse déjà un peu songeur un tel horaire. Et c’est pas parce que je me suis tapé une putain de race avant de brancher ma radio que l’on pourra me reprocher de considérer comme une provocation cette heure si matinale. Je dois par ailleurs préciser que l’expérience s’est déroulée pendant la semaine : faut rien me demander le week-end (enfin, entre le vendredi et le mercredi), suis crevé de ma semaine. N’empêche, donc, j’ai été agréablement surpris par le réveil que nous avait concocté les furieux de France Culture avec Un autre jour est possible dont le contenu est définitivement plus malin que son propre titre.


Après Un autre jour est possible, t’as toute une succession de trucs un peu pourris, ça parle politique, philosophie et économie. T’as l’impression de te faire tabasser. Ensuite, c’est Le monde selon Gilles Kepel. Alors je sais pas qui c’est le mec en question, mais quand tu nommes ton émission « Le monde selon Gilles Kepel », t’as déjà l’air d’un gros connard. Ou alors t’es Diego Maradona ou Bernard Tapie, mais en tous cas, si tu veux jouer les bonhommes, t’as intérêt à aller jusqu’au bout. Au lieu de ça, t’as une pauvre analyse de merde sur la géopolitique marocaine qui t’explique qu’en gros, tout le monde aime le roi et que « là-bas », tout se fait en douceur. La vache, le mec, faut l’inviter à débattre avec les opposants au roi… Heureusement, après cette diarrhée intellectuelle, y a la Revue de presse internationale, bien plus habile et pertinente que l’autre déchet d’information. Mais le répit est de courte durée. Parce qu’arrive Le billet politique d’Hubert Huertas, sorte de compilation des meilleures blagues de comptables. Sans intérêt autre que celui de connaître cette extase sans gène d’entendre le cousin Hub’ nous dire au revoir. Attendez, c’est pas fini : Les idées claires d’Agnès Nénassy-Quéré. Question : ils le font exprès ? C’est quoi encore ce titre pompeux et franchement irrespectueux ? Remarquez, le titre est à l’image du contenu. Beurk.

Mais enfin arrive le moment de grâce : La chronique de Philippe Meyer. Oh comme il est bon cet homme-là ! Pareil, je sais pas qui c’est, mais j’adore les mecs qui arrivent à te mettre des coups à n’importe qui avec douceur, malice et gentillesse. S’il manque un fils à Philippe Meyer, je veux bien être celui-ci. Et je l’avoue, je me suis accordé un petit somme (1 heure putain !) pour me réveiller avec La fabrique de l’Histoire. Ce n’est pas parce que j’étais encore dans l’extase de la chronique de Philippe Meyer, mais j’ai adoré cette putain d’émission. Tu l’écoutes, tu apprends ! Tu t’enrichis. Le savoir est une arme ! Chouette le truc. Tout comme l’émission qui suit, Les nouveaux chemins de la connaissance. Une merveille cette émission. L’impression d’être normal, enfin. Attends, c’est pas fini : Le journal de la philosophie, Cultures monde, Frontières, ces émissions sont excellentes. Et là, tu te dis : serais-je en train, moi, d’entrer dans la petite, mais solidaire famille des auditeurs de France Culture ? Rallumerai-je, moi aussi, comme se lève chaque jour le soleil, ma radio, demain matin ?


Demain matin, peut-être. Pour ce qui est de demain après-midi, cela m’étonnerait. Je le dis sans méchanceté, mais à partir de midi, ça devient super dur d’écouter France Culture. Au moins jusqu’à 18 heures. Autant les mecs de France Culture n’ont aucun sens de la grasse matinée, autant ils s’y connaissent en sieste. Le rendez-vous du médiateur, Pain de campagne, Les pieds sur terre, La marche des sciences, Le bien commun, Questions d’éthique… C’est chaud ! Plus t’écoutes, moins tu comprends. Je sais bien que les mecs visent la ménagère de plus de 60 ans et le retraité de la fonction publique, mais putain, pensez un peu aux autres bordel ! À 14 heures, il te faut pas un truc qui t’endorme, c’est pas humain ! M’enfin, c’est pas le pire. Le pire, il arrive à 16 heures : Pas la peine de crier. Un bon titre pour le coup : y a effectivement aucune raison de crier pour l’émission présentée par une certaine Marie Richeux. Oh putain, elle, il lui suffit d’ouvrir la bouche pour que tu te sentes direct de trop. À chacune de ses phrases, t’as l’impression que la gonzesse te dit : « Tu sais, ici, on parle entre gens cultivés et intelligents, toi t’es trop con pour profiter de mon éloquence et de mon savoir. Dégage ! ». Ouais, ok, si tu veux ma poulette, mais t’enflammes pas non plus, y a pas que des Immortels qui t’écoutent (y a-t-il au moins quelqu’un ?). Perso, la fille, je la vois bien finir à présenter une putain d’émission de merde sur une chaîne du câble (genre Vivolta) sur les livres que personne ne lit jamais. Merde !


Après la dérouillée Marie Richeux, il faut attendre Sur les docks pour se réconcilier un peu avec France Culture. Mais je dois dire, quand même, que le mal est fait. Irène Omélianenko rattrape un peu l’onanisme de la Marie, mais c’est dur, vraiment. La contre-pointe d’Alain-Gérard Slama fait aussi du bien, comme Du grain à moudre d’Hervé Gardette, et heureusement ! On finira notre journée avec une bonne impression, mais on s’arrêtera là. Après 20 heures, France Culture, ce n’est plus pour les vieux ou les aventuriers comme moi, c’est fait pour les morts. Pardon (je dis pardon parce que c’est évident qu’il y a des mecs qui bossent derrière), mais putain, le soir, t’as quand même envie que les mecs te bougent un peu le fion. La nuit, c’est pas fait que pour s’emmerder ou s’endormir ! Allez, un peu de culture contemporaine, une petite tranche de brioche pour les (plus) jeunes ! Merci pour eux…