Si Zicabloc était un label, il aurait signé François Crimon. Au moins après l’écoute de son premier album, Octobre Paris. Ouais, c’est un peu con notre affaire, mais c’est dire si le premier opus de Crimon nous a enthousiasmés.

Chez les Crimon, on connaissait le père, Jean-Louis, excellent homme de radio, mais surtout écrivain génial (Verlaine avant-centre, entre autres petits bijoux), voilà donc le gamin. Et ce Crimon est un putain de song-writer, « celui qui sait faire des bonnes chansons », des morceaux bien foutus, propres, sans effets pompeux ni flonflons à la française. Le petit con : y a aucun titre à jeter sur Paris Octobre. Les textes sont intelligents, poétiques, élégamment insolents. Crimon est un malin : il sait dire clairement les choses, mais il y a dans sa littérature quelque chose de Ray Davies des Kinks, une ironie trainante, une subversion potache, un regard de vieux briscard dans les mots d’un lycéen (doué). Et beaucoup d’autodérision, de recul : Crimon échappe ainsi à la maladie du moment. Sa sinistrose est drôle, belle et vive, sans être coconne à la Oldelaf. Avec lui, Paris a encore de la voix. La sienne n’est pas celle d’une diva ou d’un rockeur, d’ailleurs, Crimon ne chante pas, il chique ! C’est de la gouaille. Et bordel que c’est merveilleux. C’est à ça qu’on reconnaît un grand chanteur : il n’imite personne, il ne force pas. Elle est pas bien jolie – au sens musical du terme – la voix de Crimon, mais elle est vraie. Seul petit regret, la sur-utilisation de réverb’ sur la piste voix. Une voix comme celle de Crimon, tu la colles devant le micro, sans filtre, en avant, et tu laisses faire. La musique et les arrangements sont sans grandes ambitions et c’est pas plus mal pour un premier album. Il y a des influences Bob Dylan, Libertines, BB Brunes (ceci n’est pas un gros mot) et, bien sûr, Renaud. On va lui faire mille fois : « Crimon, vous êtes le successeur de Renaud ». Pourquoi pas ? C’est un putain de compliment. La même humilité que son aîné, la même tendresse dans les mots, la même hargne dans le phrasé. Ah bordel ce Crimon est un cas. Pour finir cet éloge (c’est pas volé), une sélection des bons mots de Crimon :
« T’as plus de talons que Marilyn Monroe / J’ai moins d’talent qu’Arthur Rimbaud » – Mister Parker
« Dans son cuir des allumettes / Elle fume comme un mec / Elle écume les bars les fêtes / Toi la plume moi le poète » – Elle est parfaite
« Ralenti villa sicilienne / Panorama voyou voyelle / Forza Italia sur l’épaule / Tu influences un peu mon rôle / Le jour me nuit toujours autant / Costume bleu nuit tu vois j’t’attends » – Ex en Provence
« C’est pas l’hiver mais t’as les lèvres / Un peu comme j’ai les rêves » – On s’en ira
« Loin des tours et à la mer / Faire l’amour à ta manière » – Café en terrasse

Bravo Crimon et surtout, merci !

Phil Patrick, février 2015

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