« Dookie » n’est pas le premier album de Green Day, mais c’est celui qui permettra, à partir de sa sortie en février 1994, à la bande de Billie Joe Armstrong d’accéder au rang de nouvelle icône du rock en général, et du punk rock américain en particulier. Et aucune autre chanson de l’album – malgré la présence de plusieurs tubes – n’incarne mieux ce succès que « Basket Case », tant dans sa structure musicale que dans ses paroles.

Dookie, Basket Case et dollars

Un mois après sa sortie, « Dookie » comptabilise déjà 3 millions de ventes sur le seul territoire américain. À ce jour, Dookie s’est vendu à environ 20 millions d’exemplaires. Un poids lourd comme peu en existe, d’autant que l’on parle ici d’un disque de… punk-rock américain. On peut aussi parler de rock californien. Quelques années plus tard, on parlera même de teenage rock, lorsque les « enfants » de Green Day – Sum 41, Blink 182, My Chemical Romance… – signeront leurs premiers succès. Du punk-rock américain, donc. Punk dans sa structure musicale : simple, directe, facile à jouer (si, si). Et rock américain dans sa production et ses arrangements : des guitares lourdes certes, mais « enrobées » d’un filtre plus proche du pop-rock que du rock classique (quant au punk traditionnel, on en est très loin) : question d’accessibilité (au plus grand nombre) et donc, aussi, d’efficacité commerciale (ce qui n’est pas forcément un gros mot). À ce titre, ce n’est sans doute pas un hasard si le producteur de « Dookie » (et de tous les autres albums de Green Day), Rob Cavallo, a travaillé soit avec des groupes punk-rock, soit avec des groupes ou artistes pop-rock (Jewel, Six Pence None The Richer…).

1994 : l’année du punk rock américain

1994 marque l’apogée (ou l’émergence fulgurante) du punk-rock américain. Avec Green Day, deux autres groupes sortent cette même année leurs manifestes : The Offspring, avec « Smash », et NOFX avec « Punk in Drublic ». Trois formations californiennes, et même plus précisément de la Californie banlieusarde, ouvrière, un peu branlante et un brin branleuse. Des points communs que le punk rock américain de 1994 partage avec l’autre grand mouvement rock de la période : le grunge de Seattle. Mais si 1994 est le début de l’âge d’or pour le premier, elle marque aussi le déclin du second, au moins comme phénomène médiatique. Deux mois après la sortie de « Dookie », en avril 1994, Kurt Cobain est retrouvé suicidé dans sa propriété des environs de Seattle. Avec lui, c’est (presque) tout le grunge qui quitte ce monde, laissant d’une certaine façon la place au punk-rock des Green Day, Offspring, NOFX… La disparition de Kurt Cobain (et la plus grande « discrétion » d’autres mastodontes du grunge comme Pearl Jam) ne saurait toutefois, à elle seule, expliquer le phénomène Dookie, incarné par Basket Case. Plus que d’un besoin de combler un éventuel vide, le punk-rock de Green Day et compères répond de l’envie de la part des kids du pays (et de l’industrie musicale, et des médias) de « changer d’air ». Certes, les paroles de Green Day, à commencer par « Dookie », reprennent les mêmes thèmes que les groupes grunge (et que ceux-ci avaient déjà repris de leurs aînés), à savoir la difficulté d’avoir 15 ou 16 ans, les premières copines et les parents qui divorcent. Mais là où le grunge le faisait en une sorte de complainte, le punk-rock le fait avec énergie. Quand les Kurt Cobain ou Eddie Vedder écrivaient des textes parfois tortueux, souvent tristes, Billie Joe et ses potes balancent des mots simples et des vannes ! Sans doute qu’après 4 années d’hégémonie grunge, les fans de rock aux États-Unis (et partout ailleurs) ont eu envie d’une petite pause. L’industrie du disque aussi : il faut savoir se renouveler au bon moment et le grunge est maintenant sur des rails dont on ne le sortira pas : il est au chaud. Enfin, les médias. MTV n’est pas mécontente de diffuser des clips où l’on voit (enfin) des mecs jouer du rock énervé avec le sourire, plutôt que les clips un brin « intellectuels » de Nirvana ou des Smashing Pumpkins (tandis que Pearl Jam refuse catégoriquement d’en tourner, considérant le clip comme un objet publicitaire). Dookie, c’est aussi le triomphe d’une certaine jeunesse américaine, celle qui veut faire la fête, rire et baiser, celle qui veut vivre tout de suite sans trop réfléchir et sans avoir envie de se suicider, celle du soleil de Californie plutôt que celle de la grisaille de Seattle. Ce qui ne fait pas d’elle une jeunesse débilitante ou parfaitement puérile (même si la puérilité est une constituante fondamentale de la jeunesse). Et Basket Case incarne superbement cette idée.

Paroles de Basket Case

Le texte est l’œuvre de Billie Joe Armstrong. Dans « Basket Case », ce dernier parle de ses crises de panique, de ses troubles mentaux (en 1987, une légère schizophrénie sera diagnostiquée et traitée alors que le garçon est âgé de 15 ans), l’expression « basket case » désignant en argot américain « un débile », pas au sens propre du terme, mais un type « louche », instable psychologiquement. Chaque adolescent, par définition, est un « basket case ». Rien de grave, donc, mais un mot (et tout ce à quoi il se rapporte) qui est un fantastique fédérateur. « Basket Case » est le cri des ados des années 94-95. Là où Kurt Cobain se plaignait d’être « nul et contagieux », Billie Joe l’assume, en se marrant ! Personne ne s’en plaindra. Comme on ne pourra pas reprocher que Green Day, 10 ans après « Dookie », sorte un album comme « American Idiot », aux propos plus « politisés », moins « insouciants » vis-à-vis de certaines situations (pas sur non plus qu’en 2014, à 42 ans, Billie Joe parle de sa schizophrénie adolescente comme il en parlait à l’époque de « Basket Case »). Les petits ont, eux aussi, grandi.

Biographie Green Day

Green Day est un trio de punk rock américain, originaire de Berkeley, en Californie, et formé en 1987. Le groupe a été composé pour la majorité de son existence du guitariste et chanteur Billie Joe Armstrong, du bassiste Mike Dirnt et du batteur Tré Cool.