« Electrastar » figure sur l’album « Paradize » sorti le 12 mars 2002 en France. Après 10 ans d’indifférence médiatique, critique et commerciale, et malgré la sortie de 3 albums entre 1993 et 1999, Indochine retrouve, grâce à Paradize, sa place au sommet du rock français.

Indochine dans l’oubli

Le titre « J’ai demandé à la lune » (écrit et composé par Mickaël Furnon du groupe Mickey 3D) est un énorme tube et entraîne dans son sillage l’album en entier. D’autres singles suivront : « Mao Boy », « Punker », « Le grand secret »… L’année 2002 en France au plan musical est l’année de la résurrection d’Indochine. Radios, télés, presse… toutes célèbrent le grand retour de la bande à Sirkis, comme si cette dernière n’avait absolument rien fait depuis 10 ans – et pour beaucoup de médias après les avoir, au mieux ignorés, au pire insultés. Ce faux come-back – ou plutôt ce retour médiatique – aura cependant pour bénéfice la conquête d’un public plus jeune que celui composé des fans « historiques » d’Indochine – fans qui seront toutefois, eux aussi, bien présents en 2002 et par la suite. L’un d’eux tient d’ailleurs une place très importante dans le renouveau d’Indochine. Il s’agit d’Olivier Gérard, surnommé Oli de Sat. Fan du groupe, le garçon envoie, à partir du milieu des années 90, des démos sur lesquelles figurent des remixes des morceaux d’Indochine. À force de ténacité (et d’amour pour la musique d’Indochine), il parvient à se faire « écouter » par Nicolas Sirkis et son équipe (notamment Jean-Pierre Pilot, compositeur principal d’Indochine depuis 1998). Olivier Gérard est finalement appelé à rejoindre le groupe, d’abord sur quelques morceaux de l’album Dancetaria (1999) puis Nicolas Sirkis le choisit pour diriger les arrangements de « Paradize » en 2002. C’est lui, et le producteur Phil Delire (qui travaille par ailleurs avec Théifaine, Bashung, Renaud…) qui introduisent dans l’univers d’Indochine un son plus « moderne », avec des guitares plus rock et surtout des effets de synthétiseurs bien plus électro que sur les albums précédents. La présence de Gareth Jones, arrangeur de Depeche Mode, y sera également pour beaucoup. Le retour médiatique d’Indochine est aussi – et on espère surtout, sinon la critique rock en France a été, au moins durant la période 1913-2002, complètement aveugle – le signe d’un renouveau sonore de la part d’Indochine. Les thèmes des chansons – la sexualité, l’adolescence, la religion… – sont les mêmes, l’écriture de Nicolas Sirkis est toujours aussi précise et adroite, mais, indéniablement, le son d’Indochine a changé. Ce que seuls les plus grands savent faire, après plus de 10 ans (et trois albums studio) d’expérimentations.

« Electrastar » : pour Stéphane Sirkis

« Electrastar » n’est pas la chanson la plus connue de « Paradize » (le titre ne sortira même jamais en single), mais elle cristallise précisément en elle tous les traits du « renouveau » d’Indochine. D’un point de vue musical, elle est le fruit modèle du nouveau son d’Indochine, avec ses guitares franches et ses claviers très électro. Le fait que « Electrastar » incarne si bien le renouveau d’Indochine tient aussi par sa dimension symbolique, qui dépasse le cadre musical et bien plus encore les considérations commerciales. Symboliquement, il s’agit du morceau le plus puissant de l’album. Écrite par Nicolas Sirkis, elle est ouvertement dédiée au frère jumeau de ce dernier, Stéphane, membre fondateur d’Indochine aux débuts des années 80 et mort en 1999 pendant l’enregistrement de « Dancetaria ». « Paradize » est le premier album d’Indochine post-Stéphane Sirkis. Celui-ci est décédé d’une hépatite C le 27 février 1999. « Paradize » lui sera dédié et « Electrastar » sera écrite pour lui. Pour qu’il fasse – au moins symboliquement – encore partie de l’aventure : « tu vis ce que je vis », écrit et chante Nicolas Sirkis, comme si ce dernier était devenu (resté) le prolongement terrestre de son frère. La parabole est d’autant plus forte qu’Indochine, depuis sa création (et jusqu’à ce jour), a façonné un univers très attaché à la symbolique en général, celle puisée par Nicolas Sirkis dans la littérature, dans l’ésotérisme, dans l’imagerie asiatique (des estampes du Moyen-Âge aux mangas modernes), dans la religion… Dans une certaine mesure donc, « Electrastar » est la chanson la plus importante – bien que sans doute la plus discrète – de l’album « Paradize », parce qu’elle fait le lien entre le passé d’Indochine (la mort de Stéphane, les années glorieuses et la décennie maudite 1991-2001) et son avenir, celui d’un super groupe de rock français, capable de remplir en quelques heures seulement (et le plus souvent 1 an à l’avance) trois Stade de France. Et de créer l’événement à la sortie de chacun de ses albums depuis Paradize.

Biographie Indochine

Indochine est un groupe de rock français, issu du courant new wave, formé en 1981 par les frères Sirkis (Nicola et Stéphane, mort en 1999). Il a connu un succès relativement important dans les années 1980, en France, mais aussi dans le reste de l’Europe, avec des titres comme L’Aventurier, 3e sexe ou Canary Bay. Après un désintérêt manifeste des médias pour Indochine dans les années 1990, celui-ci retrouve le succès en 2002, avec la sortie de l’album Paradize. Indochine aurait vendu (albums, singles et compilations comprises) plus de dix millions de disques, ce qui en fait le groupe français le plus vendeur.