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Poète (Grand Prix Arthur Rimbaud 2006), musicologue et scribe à plumes 2.0, Romain Duvivier se découvre plus longuement sur letruq.com.

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« Le radeau de la Méduse. »

 « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.« 

Cette réplique des Tontons Flingueurs, Michel Audiard aurait sans doute pu l’écrire en apprenant la sortie du triple album live de Cali, dans 3 jours. Cali, le Kurt Cobain de Perpignan, l’écorché vif du Café de Flore, l’homme qui met des « H » aspirés toutes les 3 syllabes, qui est un petit peu à la chanson française ce que le 11 Septembre est à l’aviation, une terrible catastrophe doublée d’une bonne grosse imposture. Bien entendu, la question n’est pas de savoir si Cali est un con, ni même un gros con, puisque nous parlons de musique. Nous ne sommes pas là pour lyncher un type qui a osé appeler son album « la vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon coeur » ; en Corée du Nord on lui aurait mis une balle dans la nuque pour ça, et on aurait envoyé la facture à sa famille.

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« La vie est un Michel Fourniret multicolore qui rôde dans mon coeur. »

Mais nous sommes en France, pays des droits de l’homme, de la liberté d’expression et du cassoulet. Les Cali gambadent, les Booba paradent et tout sonne au plus creux dans le meilleur des mondes. Mais ne stigmatisons pas. À l’ère du MP3, du marketing et de la grande médiocrité, la nullité est de mise. Tout ce ramassis de mondains narcissiques, de faux rebelles à franges, de cagoles hystériques, tout ce gros tas de zicaillons faussement habités ne sont finalement que les salariés, que dis-je, les ouvriers d’un immense spectacle, parce qu’on ne parle plus de musique là, non, on parle d’industrie de la musique. Ce qui implique une standardisation des modes de production, une logique à flux tendus et des produits manufacturés en sortie de chaîne, pour le dire plus simplement, des babioles de merde avec des notes dedans.

Et puis, qui dit industrie, dit industrialisation. Et qui dit industrialisation, dit aliénation, donc abrutissement, donc oui, sous cet angle-là, on peut le dire sans trembler du booty, la musique rend définitivement con. Mais qui au juste?

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« À la recherche de la Nouvelle Star. »

Ceux qui la produise d’abord. Qu’on se le dise, au même titre que le PDG de Moltonel ne signe pas des contrats par amour de la ouate, le boss d’Universal ne signe pas des « artistes » par amour de la musique. Moltonel et Universal qui, on peut le noter, ont tout de même le point commun de fabriquer des articles prédestinés à finir leur vie dans un torrent au fond des chiottes. En bizness, seul le profit à court terme est roi et comme on dit « face à l’argent, la vérité se tait. » La bonne musique aussi généralement…

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« Putain! J’ADORE cette chanson!! »

Ceux qui la diffuse ensuite. Quand vous signez un tocard de la Star Ac’, vous ne croyez quand même pas que c’est sur les ventes d’albums et les places de concerts que vous allez le rentabiliser? On ne parle pas d’un artiste là, mais d’une corde vocale dans un jean slim. Non, pour le monétiser, il faudra compter sur les passages radios, autrement dit les droits SACEM, enfin les siens normalement, qui lui appartiennent jusqu’à ce qu’il signe son contrat, donc autant dire jamais. C’est pour cette raison que derrière chaque daube martelée à la radio se cache une grande attachée de presse. Haaa… si comme Shakespeare le dit, « la musique est l’aliment de l’amour« , alors Pascal Nègre bosse à Rungis et Skyrock et NRJ sont ses stations d’épuration.

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On aurait retrouvé des ossements de Bénabar…

Puis ceux qui la font. De Mozart à Syd Barrett en passant par Michel Sardou, combien sont devenus complètement cons à cause de la musique? Voltaire disait qu’il faut « cultiver son jardin ». Dans le star system, on a bien écouté le conseil sauf qu’on y a planter que du melon. Une melonneraie! Et du bien juteux! Le melon, à la longue, si tu bouffes que ça, bah tu chopes la chiasse, tu te vides et tu finis tout séché, déshydraté. Juste bon à jeter aux oubliettes. Rien qu’un buzz de plus en moins dans le grand flot de l’abrutissement.

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René la Taupe en dédicace au Virgin Megastore!

Enfin, ceux qui l’écoutent, les mélomanes, les Mark Chapman… et oui, pour que tout un tas de cons vivent grassement de l’entertainment de la musique, il faut bien que d’autres cons, encore plus cons que les autres, achètent ces saloperies. Oui la lobotomie, enfin le marketing joue pour beaucoup dans tout ça, mais comment expliquer le succès d’un Sefyu alors? Comment expliquer qu’un mec qui a pris des cours de diction dans un chenil puisse finir par remplir des Zéniths auréolé d’une Victoire de la musique? Sommes-nous donc entourés de cons? Bien sûr que non. Pas d’icebergs à l’horizon! C’est la partie visible de l’autruche.

Personnellement, j’ai jamais écouté de musique, c’est comme les endives braisées au jambon ou le fist-fucking, j’ai jamais goûté mais c’est pas grave, je sais que j’aime pas ça. Et puis de toute façon, comme tant d’autres, j’ai pas attendu la musique pour devenir con.

Tendresse et Acouphènes !