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Poète maudit (Grand Prix Arthur Rimbaud 2006), chroniqueur de la ruine ambiante, musicophage et scribe à plumes 2.0, Romain Duvivier se découvre plus longuement sur letruq.com.

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Musique et toxicomanie font souvent bon ménage. Dis moi de quelle drogue tu abuses, je te dirais de quelle musique jouer. Si sans alcool la fête est plus folle (ce qui revient à peu près à dire que sans oxygène, la respiration est plus fluide), on peut s’aventurer à dire que sans produits stupéfiants, la musique est souvent plus chiante. Bien sûr, ce n’est pas une condition sine qua non pour déterminer la qualité d’une œuvre musicale. En témoigne Moby ou Julien Clerc, qu’une hygiène de vie impeccable n’a pas empêché de faire de très bons morceaux. Mais il y a drogue et drogue, et derrière ces modèles de pureté se cachent bien souvent des addictions à la Contrex et au Tofu. Chacun sa came en somme…

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Moby, visiblement en manque de soja.

Des Petits chanteurs à la Croix de bois à Susan Boyle en passant par Franck Michael, on peut envoyer du lourd tout en ne carburant qu’au Perrier menthe et aux Quality Street. Mais mis à part ces références de la musique qui tabasse, peu d’artistes échappent aux sirènes de la came quand il s’agit de se mettre au boulot. Quoi qu’il en soit, faire carrière en musique requiert souvent : 1. du talent 2. du travail 3. un bon dealer.

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Jean-Luc Delarue période « Robbie Williams »

Jean-Luc Delarue n’a bien sûr rien à faire ici, mais on ne peut pas lui retirer d’avoir maîtrisé avec brio le point n°3, qui ferait passer Pablo Escobar pour un vendeur de barrettes et Keith Richards pour un fumeur de roulée, ce qui, quelque part, a son petit côté rock’n’roll… après, comme dirait l’autre, ça se discute.

Pourquoi s’emmerder à prendre des cours de solfège quand on peut devenir Beethoven après avoir gobé 2 trips? Voilà ce que me demandait un ami mélomane dont la dentition et le teint verdâtre laissaient présager une passion dévorante pour la kétamine et la mycologie, ce à quoi je lui répondis qu’une fois qu’on redescend, si on redescend un jour, à l’écoute, même si le résultat donne bel et bien l’impression d’avoir été composé par un sourdingue, on reste quand même assez loin de la 9ème symphonie. À peu près aussi loin que Vladivostok en moonwalk au départ de Quimper…

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« j’ai une symphonie sur le bout de la langue… »

En musique, le travail et le talent priment, facultés que l’on peut optimiser à condition de maîtriser le point n°3. Après, il existe autant de drogues que de raisons d’en prendre. Quand elle n’est pas une muse provoquant nausées, vomissements et gerbes d’inspiration, chez le musicien la drogue cache souvent un palliatif à l’angoisse existentielle de subvenir à ses besoins justement grâce à elle. C’est un peu la spirale infernale. Un jour, il s’est mis à composer un truc sympa sous l’emprise de tel ou tel produit. Il s’est cru génial parce qu’il avait gobé un taz. Ce qui n’aurait dû être qu’une expérience s’est transformé en une sorte de superstition, puis cette superstition en habitude. Ma gratte, ma came, mon oeuvre… Il s’est convaincu que sans ça, y’a rien qui sortirait, ce serait bloqué, sa créativité aurait besoin de laxatifs. Le problème avec la drogue, c’est que quand ça devient une habitude, à la longue on perd 30 kilos, ses dents, son honneur et toute notion d’envie (autre que se droguer bien sûr). Généralement, la musique aussi en pâtit.

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Jim Morrisson en train de cuver… Il aurait trouvé « the way to the next Whiskey bar… »

Les exemples sont légion. Prenez Pete « Serpillière » Doherty, dont les fans parisiens commencent à en avoir plein le cul de raquer leurs places pour les Babyshambles sans jamais pouvoir assister au concert. Le junkie le mieux sapé du monde, en dépit d’un talent indéniable, n’est jamais foutu de réussir à passer la douane à Roissy, trop imbibé jusqu’à l’os qu’il est… Amy Winehouse, la soul incarnée dans un cubis de rosé, qui par son nom semblait déjà prédestinée à la bouteille, n’a pas été plus chanceuse avec les produits stupéfiants. Sans ganja, le Reggae aurait-il un jour existé ? Si c’est des amphètes qui avaient poussé en Jamaïque, le Reggae ça aurait tout de suite eu une autre allure non? Que dire des chips au vinaigre cap-verdiennes dont raffolait la grande Cesaria Evora et qui ont fini par avoir raison d’elle? Que dire des opiacés qui permettent de trouver l’inspiration dans 3 gouttes d’ammoniac chauffées dans une cuillère? Ou de la coke, qui permet de tenir le rythme des tournées et d’avoir toujours la confiance quand la créativité décline? Que dire de la Ventoline qui n’a pas empêché Grégory Lemarchal de faire une carrière à couper le souffle ? Ou de l’alcool qui est un peu aux musiciens ce que le Powerade est aux sportifs, un complément énergétique? La liste est longue et mériterait une encyclopédie à elle toute seule.

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« Avec ça, on n’est pas à l’abri du succès… »

Quoi qu’il en soit, même si la drogue peut servir la musique, à moyen ou long terme, l’expérience nous montre qu’elle ne rend pas service au musicien qui la compose. De Gainsbourg à Daniel Darc, d’Hendrix (Jimmy pas Barbara) à Janis Joplin, on ne compte plus ceux qui ont sacrifié leur santé et leur vie pour le plus grand plaisir de nos oreilles. En définitive, le rock n’est pas encore mort dans son vomi et on attend avec impatience que les BB Brunes se mettent à l’héroïne.