Si, comme le prétendent tous ceux qui n’ont jamais passé ne serait-ce qu’une nuit dans mon appart, « la musique adoucit les moeurs », bah putain… je dois avouer que moi elle m’a rendu complètement barjo. Je pensais pas pourtant… J’aimais bien ça avant, j’étais curieux, j’en avais même fait un peu, mais il m’a pas fallu 3 mois pour commencer à virer sociopathe, idées bizarres, veines saillantes, seuil de tolérance proche de zéro. Bien sûr, si je pars comme ça, vous allez pas piper un mot à l’histoire, faut remettre les choses dans le contexte.

La fenêtre juste au dessus de la bâche verte, bah c'est chez moi. Dans l'annonce, y'avait écrit "Calme, Bien isolé, Idéal étudiant." Il fixait les visites à 9h du mat' ce gros bâtard sans scrupules, j'aurais dû me douter de quelque chose... mais revenons-en au point de départ, à savoir comment j'ai  pu atterrir ici, au beau milieu du 10ème cercle de l'enfer...

La fenêtre juste au dessus de la bâche verte, bah c’est chez moi. Dans l’annonce, y’avait écrit « Calme, Bien isolé, Idéal étudiant. » Il fixait les visites à 9h du mat’ ce gros bâtard sans scrupules, j’aurais dû me douter de quelque chose… mais revenons-en au point de départ, à savoir comment j’ai pu atterrir ici, au beau milieu du 10ème cercle de l’enfer…

Après avoir eu la brillante idée d’emménager en colloc avec trois « potes » « zicos », alors je mets « potes » entre guillemets parce qu’après 1 an et demi de cohabitation aux limites du supportable (je vous épargne les montagnes de poils de culs dans la baignoire et les étrons biéreux collés aux parois des chiottes, à répétition), on va pas se le cacher, si on écoutait ses bas-instincts, qu’est-ce qu’on ferait ? Bah c’est simple, on se lèverait en pleine nuit pour s’introduire dans leur chambre et aller les étouffer un par un dans leur sommeil avec leurs oreillers jusqu’à ce qu’ils deviennent violets avec des yeux de poiscaille… et « zikos », entre guillemets aussi, parce que faut pas déconner non plus, une PastaBox 4 minutes au micro-ondes, à côté, c’est les Pink Floyd à Pompéi. À un moment faut savoir dire stop.

Le combo gagnant
Freddie, le chanteur, en train de se chauffer la voix.

Freddie, le chanteur, en train de se chauffer la voix.

Alors lui, c'est Ludo... au bout de 3 mois de coloc à ses côtés, tu commences à te demander si prendre 20 ans ferme pour quelqu'un ça en vaut vraiment la peine... pour info, là, il fait une insomnie en fait, donc pour essayer de trouver le sommeil, sachant que toi t'es pas intermittent, t'as un vrai boulot avec des vrais horaires donc tu dors à ce moment là en fait, lui il se dit que de taper un peu, ça le détend, ça va l'aider à s'assoupir mais comme c'est un putain d'altruiste qui veut surtout pas te déranger, il a la présence d'esprit d'installer son set de batterie dans la cuisine histoire de faire moins de bruit, pour surtout pas réveiller ses collocs... "20 ans ferme"... "20 ans!"

Alors lui, c’est Ludo… au bout de 3 mois de coloc à ses côtés, tu commences à te demander si prendre 20 ans ferme pour quelqu’un ça en vaut vraiment la peine… pour info, là, il fait une insomnie en fait, donc pour essayer de trouver le sommeil, sachant que toi t’es pas intermittent, t’as un vrai boulot avec des vrais horaires donc tu dors à ce moment là en fait, lui il se dit que de taper un peu, ça le détend, ça va l’aider à s’assoupir mais comme c’est un putain d’altruiste qui veut surtout pas te déranger, il a la présence d’esprit d’installer son set de batterie dans la cuisine histoire de faire moins de bruit, pour surtout pas réveiller ses collocs… « 20 ans ferme »… « 20 ans! »

Gégé, le gratteux de merde qui sait ni tenir un rythme ni se tenir tout court.

Gégé, le gratteux de merde qui sait ni tenir un rythme ni se tenir tout court.

Les mecs faisaient du « Spunk », un genre de nuisance sonore mélangeant ska, punk et indigence totale. Quelque part, j’ai tout dit en disant ça… Qu’est-ce que tu veux faire franchement ? Ils ont 30 balais les mecs et ils s’entêtent à faire une zik qui fait kiffer 3/4 chiffons de 17 piges dans la région… Ti-gi-dop Ti-gi-dop Ti-gi-dop Léga Léga-lisa-sionne … ça c’est bien un truc de fumeur de roulée de merde… bref, un matin, alors qu’ils se faisaient une énième petite répé à la maison, guitare/basse/batterie/clavier/trompette et mon calbute dans ta gorge, pour préparer un énième concert pourave dans un rade moisi d’un bled tout merdique en Mayenne ou j’sais pas où, devant 4 pochards, 3 roots ravagés et une vieille chaudasse de 59 ans complètement rincée… ce matin-là, alors que Freddie braillait dans son vieux SM-58 à moitié rouillé par la bave  » LE BRUIT DU MONDE !!! BRUIT DU MONDE !!! LE BRUIT DU MONDE !!!« . Là je suis sorti de ma piaule avec une tête de maton vénézuélien complètement dégénéré, je me suis dirigé vers Freddie et…

Je lui ai mis un gros casse-cuisse bien sec dans sa jambe, comme ça, sans réfléchir.

Je lui ai mis un gros casse-cuisse bien sec dans sa jambe, comme ça, sans réfléchir.

Tout de suite, je vous cache pas que ça a mis un certain froid mais qu’on le veuille ou non, le constat est simple et lapidaire, la violence résout bien souvent les choses. Pour être sincère, c’est la seule chose que j’ai trouvé à dire pour qu’il arrête de gueuler dans son micro.J’en pouvais plus. Nervous Breakdown. Quand on n’a pas d’arguments-massue à opposer, reste toujours une bonne béquille bien virile. Quoiqu’il en soit, cet incident a marqué la fin de ce calvaire nommé « colocation ».

Mon besoin de solitude, conjugué à des moyens financiers dérisoires et l’urgence de trouver un appart rapidos, m’ont poussé à accepter le 1er studio que j’ai visité, un meublé en hyper-centre, dans l’artère la plus fréquentée du centre-ville.

"IDÉAL ÉTUDIANT"

« IDÉAL ÉTUDIANT »

À Guantanamo, les ricains torturaient les détenus avec de la musique. Oui oui, vous avez bien entendu, de la zik comme instrument de torture… Contrairement à ce qu’on serait tenté de penser, ils ne leur mettaient pas un Live de Yannick Noah ou l’intégrale de Raphael dans les oreilles pour les faire craquer, mais des chansons pour enfants accélérées à 110 décibels pendant 8 heures, ce qui est plutôt con quand on sait qu’un esprit normalement constitué ne tient pas 1 minute 30 avant de vouloir taillader des passants au cutter rouillé si on lui passe plus de 2 chansons de n’importe quel skeud des Enfoirés…

"Le forcené qui s'est introduit dans la loge des Enfoirés pour les mettre en rang et les abattre chacun leur tour d'une balle dans la nuque a plaidé la légitime défense."

« Le forcené qui s’est introduit dans la loge des Enfoirés pour les mettre en rang et les abattre chacun leur tour d’une balle dans la nuque a plaidé la légitime défense. »

Mais à Guantanamo, il y avait aussi la technique dite de « privation de sommeil ». Tout ça pour dire quoi au final ? Que dans cette ratière insalubre qui m’a servi d’appartement pendant 1 an, de la première torture a naturellement découlé la seconde. Tout ceci a été le fruit d’un lent processus que je vais m’efforcer de vous raconter maintenant.

Quand vous habitez ce genre de rue d’hyper-centre sans être muni de double-vitrage, le programme sonore d’une journée lambda (sachant que les jeudi, vendredi, samedi sont les points culminants du non-respect de la dignité humaine) ressemblent à peu de choses près à ça :

9h30 – 18h : Clameur et zikos de rue (on y reviendra…)

18h – 19h : Happy Hour, début d’apéro et zikos de rue.

19h – 1h30 : Bordel d’avinés, brouhaha de clopeurs amassés en terrasse, hipsters têtes-à-coude un peu partout, zikos de rue.

1h30 – 3h30 : Viande saoule errante et gueularde jusqu’à la fermeture des bars de nuit. Djembés, Darbukas, chansons paillardes etc…

3h30 – 5h30 : Bastons, piaillements aigus d’hystériques déboîtées à la liche, troupeaux de cailleras aigries en sortie de boîtes.

5h30 – 6h00 : gyrophares, interpellations. Cris de femelles imbibées, relents de gerbe.

6h – 6h10 : Repos. Si on a la fibre marine, on peut se permettre une sieste de skipper pendant ce court créneau.

6h15 – 7h : Éboueurs et camions poubelles.

Au bout de 3 mois, comment dire, le manque de sommeil combiné à un crin-crin permanent peut vous donner des idées à faire passer Patrice Alègre, Guy-Georges, Tony Meilhon, Michel Fourniret et Francis Heaulmes pour le Club des 5. Des mots comme « génocide », « équarrissage » et « peloton d’exécution » se mettent alors à sonner beaucoup plus doux, c’est bizarre non ?

Moi, le jour de l'emménagement.

Moi, le jour de l’emménagement.

3 mois plus tard.

3 mois plus tard.

6 mois plus tard... en pleine réflexion...

6 mois plus tard… en pleine réflexion…

Le jour de la Fête de la Musique.

Le jour de la Fête de la Musique.

Bah pas tant que ça figurez-vous… La faute à qui ? Au zikos de rue bien évidemment !

Entre la fanfare de serpillières à dreadlocks qui joue tout le temps les mêmes conneries, le rom édenté qui joue du violon comme si c’était un cageot de poireaux ou un chat éventré, la petite connasse à voix stridente et ses reprises de Rihanna à la mords-moi-le-zob, l’accordéoniste cul-de-jatte qui se fait couper des membres tous les mois pour susciter chaque fois un peu plus ta pitié, le gratteux dépressif qui te chante « il est libre Max » et « les murs de poussières » à longueur de journée comme s’il comprenait pas le sens des mots « Représailles » « Uraken » ou « Strangulation », les brésiliens bodybuildés qui se la pètent à faire des galipettes et des saltos torse-nu en plein mois de Novembre au son des Batucada et autres tam-tam assourdissants (généralement tenus par des Guillaume et des Jean-Baptiste à jambes de hérons), le petit enculé des Beaux-Arts qui fait le malin avec sa scie musicale au pied de ton immeuble et à qui tu voudrais plutôt scier la tête pour lui chier dans le cou, le teuffeur mi-loque mi-clodo qui fabrique des cendars à la con avec des cannettes de 8.6 et qui pose des slams sur l’intelligence des rats d’égouts et la menace fasciste en Aveyron, les 2 beatboxers qui se croient dignes de considération à faire des « poum poum tchak poupoum poum tchak » alors que la seule chose que t’aurais envie de leur donner, c’est un bon plat de la main droit dans la glotte… sans compter le guignol à cheveux gras qui joue de la guimbarde en pensant que les gens sont assez cons pour se dire « au moins il fait quelque chose lui, ça mérite bien une petite pièce » ou celle qui a pris 3 cours de chant dans sa life et qui se croit habilitée à venir polluer ton cerveau avec sa voix de fourchette qui grince dans une assiette juste parce qu’elle met un décolleté et un poum-poum short de pute mondaine… donc parmi tous ces exemples, et la liste est encore longue, combien de raisons valables de finir sa vie en QHS ? Beaucoup trop hélas. Sachant que le point culminant de ce travail de sape reste, et restera (jusqu’à l’émasculation de Jack Lang en place publique tout du moins), la Défaite de la Musique.

"Allez viens chéri, ça va être sympa... y'aura du monde, des p'tits groupes un peu partout... j'ai vu qu'il y avait un gars qui fait de la scie musicale, ça peut être cool nan...?"

« Allez viens chéri, ça va être sympa… y’aura du monde, des p’tits groupes un peu partout… j’ai vu qu’il y avait un gars qui fait de la scie musicale, ça peut être cool nan…? »

Ce jour-là, j’ai préféré aller me poser chez ma nana, qui est un peu plus excentrée, pour regarder le match. Allemagne/Ghana… du gros foot quoi…

Sa box a planté... et on captait plus que France 2.

Sa box a planté… et on captait plus que France 2.

Au programme ce soir-là, « La fête de la musique, du soleil et des tubes  » dont voici la description de programmeTV.net:

« Depuis la place de la Comédie, à Montpellier. L’été arrive en grandes pompes avec la Fête de la musique, célébrée avec des invités de choix : Christophe Maé, Patrick Fiori, Tal, Indila, Yannick Noah, Alizée, La Fouine, Magic System, Nolwenn Leroy, Hervé Vilard, Julie Zenatti, Elisa Tovati… »

Donc, si on résume, dans la rue on a le droit à une succession de petits fils de pute de mélomanes de merde positionnés tous les 30 mètres pour s’époumoner à grands coups de riffs sans âme et de chants dégueulasses, entre lesquels s’intercalent des DJ qui poussent des boutons en se dandinant l’air habité, postés devant leurs bars d’attaches et qui visiblement ont pour projet de te faire perdre toute notion d’empathie envers le genre humain, le tout formant un conglomérat de délinquants de la musique et du bon goût, sûrs de leur bon droit à te casser légalement les couilles toute la nuit durant. Personne ne s’écoute, tous les bruits se chevauchent les uns les autres, pour le plus grand plaisir des buveurs de vinasse bon marché et les acnéiques de 17 piges , le tout donnant plus l’impression de passer une soirée « Plomb Durci » à Gaza avec DJ Tsahal aux platines plutôt qu’une grande fête citoyenne qui célébrerait l’amour universel de la musique.

C'est tout ce qu'on t'souhaite Jacko... de te faire défourailler le conduit auditif par un brass-band de taulards équatoriens à en chier des acouphènes par les tympans...

C’est tout ce qu’on t’souhaite Jacko… de te faire défourailler le conduit auditif par un brass-band de taulards équatoriens à en chier des acouphènes par les tympans…

 Conclusion : je suis sorti de chez elle. Dans le couloir j’ai croisé son voisin qui m’a suggéré un petit concert de jazz-manouche près du Starbuck.

patate-de-schmitar

Puis je suis tombé sur ses voisins du dessus, une bande d’étudiants en socio et leurs puissances cérébrales de potes. Ils m’ont convié à un petit boeuf chez eux, guitare sèche, cajon et chant.

J'ai préféré couper court.

J’ai préféré couper court.

Je suis sorti dans la cohue et me suis dirigé tant bien que mal vers la pharmacie de garde pour m’acheter 5 boîtes de Stillnox. De retour à la maison, j’ai écrit un courier manuscrit pour résilier ce putain de bail, me suis enfilé 3 cachetons et j’ai mis les choeurs de l’Armée rouge à fond les boomers dans mon salon, sachant que je ne me réveillerais pas avant 17h le lendemain, ce qui, vengeance oblige, m’assurait que tout ce beau monde alentour ne l’emporterait pas au paradis.

Puis je me suis endormi comme un bébé, bercé par le bruit des bottes.

Romain Duvivier

Allez Ciao !

Allez Ciao !