Cher monsieur Hallyday,

Voilà presque six ans maintenant que vous avez décidé de ne plus parler à Michel Sardou, la faute à une maladresse linguistique de ce dernier, qualifiant votre fille Jade de « petite Chinoise ». Monsieur, pardonnez-le. Je doute qu’il ne sache pas que votre fille soit Vietnamienne. Il s’agissait certainement d’une facilité de langage pour lui, non d’un acte xénophobe caractérisé ou d’une plaisanterie douteuse. Vous savez que ce n’est pas son genre.

Souvenez-vous de vos années d’amitié, de vos tours de chant communs sur la Côte d’Azur dans les années 70, des douches que vous preniez ensemble pour économiser l’eau du ballon, des chaudes pisses que vous avez partagées et des paupiettes dominicales préparées avec amour et grossièreté pour vous par Jackie, votre seconde mère. Elles étaient bonnes, hein, ses paupiettes !

Rappelez-vous les combats politiques qui vous réunissaient, cheveux longs et idées courtes, votre admiration pour le Général de Gaulle, le Bordeaux et le président Bokassa. Votre aversion commune pour les Enfoirés, votre passion pour les lacs du Connemara et ceux de Suisse, votre exaltation pour le rock’n’roll et les States.

Que vos fans soient irréconciliables, c’est une chose, mais vous, bon sang, il existe certainement un moyen de vous entendre à nouveau. Ne laissez pas une histoire de géographie vous séparer plus longtemps. Je sais que vous n’aurez pas l’arrogance de vous moquer des égarements cartographiques de Michel. Le fait de vous rapprocher d’Eddy Mitchell et Jacques Dutronc lui a servi de leçon, maintenant il faut vous retrouver. Et pourquoi pas au Vietnam ?

Si vous êtes bien, vous, immortel, ce n’est pas le cas de Michel. Vous devez d’ailleurs savoir que ces derniers temps, le bonhomme a eu quelques soucis de santé. Cet été pourrait être son dernier. Par pitié, pour la France et son empire colonial, pensez-y. Faites-vous un bisou, comme vous l’aurait suggéré votre ami commun Carlos qui, de son paradis des terroristes musicaux, vous regarde la larme à l’œil.

Juste un geste.

Merci,

Phil Patrick

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