Cette semaine dans L’invité mort, Francis reçoit Georges Brassens, mort le 29 octobre 1981. Enfin presque.

– Bonjour Georges, on doit vous le dire souvent, mais vous ressemblez vachement à Pierre Bellemard, non ?
– Bonjour à tous. Non, pas vraiment.
– Ben c’est bizarre parce que quand même… C’est un monsieur qui raconte de belles histoires, comme vous en fait !
– Alors c’est un compagnon d’armes !
– Un copain d’abord en quelque sorte ?
– Ah ! Ah ! Ah ! Exactement. (il tousse) Pardon, c’est ma pipe, elle tire mal.
– (silence)
– J’ai compris !
– Quoi ?
– Non rien c’est parce que vous avez dit que…
– Hein ?
– Alors Georges, tout le monde veut savoir : vous aimez quoi dans ce qui passe en ce moment à la radio ?
– Ah ! J’aime bien le petit nègre-là, il est marrant, comment tu dis ? Strombinoscope là, gastroentérite…
– Presque !
– Scorbut ?
– Non, Stromae.
– Ah oui le Belge, je l’aime bien. Sinon j’aime bien la petite Corse là, tu sais, Jenifer.
– Ah bon ? Mais c’est de la merde Jenifer.
– Tu dis vrai ! Mais elle a un de ces culs corne d’auroch. Elle me rappelle Margot.
– Qui ?
– « Quand Margot dégrafait son corsaaaage »…
– Pas d’autopromo s’il vous plaît monsieur Brassens.
– Tu veux pas que je chante ?
– Je peux vous poser une autre question ?
– Vas-y mon gamin.
– C’est vrai que vous avez eu une relation homosexuelle avec Léo Ferré ?
– De la camaraderie mon garçon !
– Vous êtes gay monsieur Brassens ?
– Et alors !
– Oh putain… Non, mais on coup’ra au montage, l’opinion n’est pas prête à entendre ça.
On enchaine avec une autre question si vous le voulez bien – je prends cette bouffée de pipe dans la gueule comme un oui – une question cruciale, LA question de la mort :
Georges, on arrête 2 minutes les conneries. Répondez-moi franchement : il s’est passé quoi en 42 ?
– Hé ? Qu’est-ce que tu me chantes ?
– C’est quoi cette histoire avec les Allemands ?
– J’ai refusé de travailler pour eux ! C’est la Jeanne qui m’a planqué les miches, au risque de sa vie. Les Boches, ils m’ont pas eu !
– Non non Georges, ça c’est la version officielle. Lâchez-vous bon sang, dites-nous la vérité bordel ! Dites-VOUS la vérité, allez, personne n’est là pour vous juger. Libérez-vous.
– Mais qu’est-ce que tu racontes gamin ?!
– Ok, très bien, vous êtes dans le déni.
On lance un disque.

– Héééééé, retour à l’antenne, « on air » comme on dit aux Etats-Unis d’Amérique, avec le redoutable Georges Brassens !
Georges, ce que je vous propose maintenant, au regard de la médiocrité de nos échanges, c’est de faire intervenir une autre personne et cette personne – chut, s’il vous plaît Georges – c’est… Patrick Bruel !
– Salut les mecs, c’est Patrick Bruel. On m’a dit que vous receviez Georges Brassens, comme j’suis un grand fan… Je veux pas vous déranger cela dit.
– Mais non Patrick, pas du tout, c’est gentil d’être passé faire une bise.
Georges, vous connaissez Patrick ?
– Non.
– Bonjour monsieur Brassens, je suis Patrick Bruel, votre plus grand fan. Vous voulez que je vous chante un petit medley ?
– Euh… on va pas avoir trop le temps là Patrick.
– Mais si, qu’il y aille ! Chante petit juif !
– « Si ce soir… »
– Ok, merci Patrick !
– « Qui a le droit… »
– Alors…
– « On s’était dit rendez-vous dans dix ans… »
– Bon, ça suffit maintenant Patrick, vous n’êtes pas partout chez vous bon sang ! Je vous demande de partir maintenant.
– (Brassens) Ah ! Ah ! Ah !
– Merci pour votre aide Georges. Merci.
– Il est con mais il est drôle.
Allez gamin, fais pas la gueule. Tu veux que je chante ?
– Euh… On a des disques de vous si vous voulez. Je dis pas ça pour vous vexer, m’sieur Brassens, c’est juste que pour l’auditeur, c’est plus sympa. Vous avez bien vu ce que ça donnait avec Patrick Bruel.
– Je comprends garçon, c’est la technologie.
– Pas vraiment.
– Allez passe ton disque et on sort de là, je connais un bordel dans le 14e avec des Indochinoises, c’est moi qui régale !
– Euh…
– Allez, bouge-toi !
– J’arrive, m’sieur Brassens. Le temps de dire au revoir aux auditeurs de L’invité Mort. À la semaine prochaine !