Par Phil Patrick


Le remarquable chez Boogaerts, c’est qu’il est parvenu à dire merde aux pochards de l’industrie du disque, quand celle-ci lui murmurait il y a quelques années (et sans doute encore aujourd’hui) : « viens Mathieu, nous ferons de toi un homme riche et célèbre »… mais tu devras faire ce qu’on te dit, c’est-à-dire de la merde. Chédid l’a accepté, pas Boogaerts. Franchement, pour 1 million d’euros, ça valait pas le coup ! M est un con. Et on terminera ici la comparaison entre Boogaerts et Chédid. Car définitivement, ces deux-là – ou plutôt leurs œuvres – sont diamétralement opposées (et j’ai déjà dit ce que je pensais de M).
Mathieu Boogaerts, c’est notre Eels à nous autres francophones, notre Elliott Smith aussi, en moins déprimé. C’est du Vincent Delerm réussi (remarquez cette splendide contradiction entre les termes), c’est du Biolay sans le bling-bling de ce dernier. Boogaerts, c’est une œuvre entière. C’est un volume de La Pléiade. Y a du swing chez Boogaerts, un swing parisien, celui qu’on entend depuis sans doute toujours sur les bornes de Marne. C’est un art populaire, une musique pour faire danser et s’enivrer un peu. Ce n’est pas ma came de tous les jours Boogaerts, mais je mentirais si je disais que je n’aime pas l’écouter de temps en temps le mec. Ce sont des histoires ordinaires, ça n’a pas la puissance de Miossec, mais ça a l’humilité qui manque à ceux qu’on entend – à la place de Boogaerts – sur les radios, les couillons façon Thomas Dutronc, les hippies chics du genre Julien Doré. Évidemment, si t’es pas chez Universal, t’as pas une tralée de commerciaux pour placer tes disques à la radio. Parce que les programmateurs radios, faut les guider les bonhommes : ils sont aussi bêtes que prétentieux. Du swing français, donc, chez Boogaerts, mais aussi – et paradoxalement – de la simplicité, celle des chansons africaines, tant dans les mots, les rythmes et les mélodies. Qu’on me dise un jour que Boogaerts fut une inspiration pour Vampire Weekend, cela ne m’étonnera pas. J’imagine la gueule que ces derniers ont du faire, la première fois où ils ont du tomber sur un disque de Mathieu Boogaerts, là-bas, à l’autre bout de l’Atlantique. Ils ont du gueuler de joie !
Tout ce qu’il faut espérer maintenant, c’est que Boogaerts accepte d’enregistrer un nouveau disque. On le voit en concert, il tourne toujours inlassablement, avec de nouvelles chansons, souvent. Mais un disque, ça serait le panard.