Matisyahu avait sans doute tout pour me plaire : Juif, maître ès-beatbox, de superbes casquettes (ouais, ça tient parfois à rien) et producteur de bon dub et reggae. Parce que le dub, c’est une putain de bonne musique à l’origine. Quand Sean Paul a pris la peine de bosser, lui aussi en a produit du bon. Parce que le dub, c’est une putain de bonne musique (deux fois). C’est une musique de pionnier et finalement, elle a réussi à conserver son côté expérimental et ses racines rurales. À l’origine, les mecs qui faisaient du dub étaient pris pour des ploucs. Et je comprendrais la personne qui me dirait que ça n’a pas changé. Mais qu’ils sont adorables ces ploucs-ci !
Matisyahu en 2011.

Matisyahu en 2011.


Alors voilà, Matisyahu, il m’a d’abord plu parce qu’un mec qui rappe sur un son de reggae et de dub, tout en portant la barbe, la kippa, les peyotes et le long manteau des loubavitch (ou des hassidiques, je suis pas expert), c’est un mec drôle, bizarre, à part. Et moi j’aime les mecs (et les nanas) qui sont des traditionalistes progressistes. J’y peux rien, ça me fascine. Comment parviennent-ils à rester dans le monde – et même à en être de putains de grands acteurs – tout en conservant des traditions vieilles comme le monde (et le monde, il est très vieux) ? J’aime ça chez les Juifs, même Loubavitch. Ils sont forts.
Je me souviens que la première chanson de Matisyahu que j’ai entendue, c’était One day en version acoustique. A priori, une chanson assez ringarde sur l’amour, la fraternité, le don de soi… C’est fou comme certains comme Matisyahu parviennent à vous faire profondément croire à ses valeurs. Même le temps d’une chanson, ça compte. Parce que chez Matisyahu – et on le retrouve dans l’ensemble de son œuvre – il y a cette humilité qui fait les grands artistes. Et One Day est du coup une putain de bonne chanson.
Matisyahu en 2015.

Matisyahu en 2015.


Et puis il y eut Youth, un tremblement, une exactitude, un dub d’enfer. Un clip aussi : bon sang que Matisyahu est beau ! Puis vinrent Jerusalem, A King without a crown, puis, plus récemment, Silence. Matisyahu est capable de passer de l’électrique à l’acoustique avec une putain d’adresse. Ety pourtant, ce n’est pas un grand chanteur et il l’a joue parfois très perso quand il enchaine sur du beatbox. Il est pas sans défaut le bonhomme, mais il bosse comme tout artiste qui se respecte (donc on oublie U2 en ne gardant que les deux premiers albums) devrait le faire, et sachant que lady Gaga, Justin Bieber et tous les autres connards de leur espèce (y en a plein Zica’Necdotes) ne sont pas des artistes (mais des bandits manchots).
Et puis Matisyahu, c’est un enfant de D.ieu. Ça me fait marrer qu’on désigne par « hommes de D.ieu » des mecs comme les rabbins, les curés ou les imams… Un homme de D.ieu, si j’osais l’écrire, ce serait Matisyahu. Y a plus de sacré et de divin dans le répertoire de Matisyahu que dans n’importe quel prêche, dans n’importe quel sermon (mais il y en a moins, évidemment que dans la Bible (Ancien Testament) et le Coran). En cherchant, à travers ses chansons (il faut surtout se concentrer ici sur les performances acoustiques de Matisyahu) à se rapprocher, à comprendre, à trouver la voix/voie de D.ieu, c’est à nous que Matisyahu permet de nous en rapprocher. Un messie. Une sorte de messie. C’est quelque chose que l’on retrouve aussi chez Abd Al Malik. J’aime ces mecs – de jeunes mecs – qui ont les couilles (mais sans violence, sans haine et surtout sans arrogance) de signifier qu’ils sont des Croyants. On se dit que ces deux-là ne peuvent pas ne pas aimer le même D.ieu. Et pardon pour les cyniques ou les bourgeois d’extrême gauche, c’est chouette.
Matisyahu calme, apporte la paix et, peut-être malgré lui, apporte des réponses à des mecs un peu crétins comme moi. Car même des mecs comme moi qui aime le joint et aussi un peu la boisson ont le droit d’avoir des réponses. Matisyahu parle aux sans-grade et c’est impeccable. Je ne verrais rien d’anormal non pus à ce qu’il plaisir jusqu’aux plus puissants – qui sont, par définition, des enculés. Je dis que Matisyahu, avec sa barbe et sa dégaine d’un autre temps (mais un flow génial) est une lumière. Une lumière qui vient de D.ieu. Par Phil Patrick, 13 septembre 2011.