La chanson Say It Ain’t So, Joe donne son nom au deuxième album enregistré par Murray Head et sorti en 1975. La musique n’est pas encore, à cette date, « l’art majeur » de Murray Head.

Tout doucement

Le jeune quarantenaire a en effet principalement gagné sa vie jusqu’ici grâce à son métier d’acteur et de comédien (il est à ce titre le frère d’Anthony Head, notamment célèbre grâce à son rôle dans la série Buffy). En 1972, Murray a sorti un premier album, Nigel Lived, passé complètement inaperçu, tant auprès du public que des critiques. C’est donc sans grande attente de résultats que la maison de disques du chanteur anglais (il est né à Londres en 1947, avant de « découvrir » la France au début des années 1970) l’envoie en studio à la fin de l’année 1974. C’est ainsi que Murray Head va composer et enregistrer « dans son coin » son album. Il n’est toutefois pas parfaitement seul. Il est notamment accompagné du producteur Paul Samwell-Smith, une pointure de la production (il a déjà produit en 1975 ou produira par la suite des figures comme Led Zeppelin, Jethro Tull et surtout Cat Stevens) et ancien membre des Yardbirds. Malgré son succès commercial plus que limité, Murray Head est pris au sérieux dans le milieu musical. Et avec Say It Ain’t So, Joe, il ne va décevoir personne. C’est d’abord la chanson qui connaît un énorme succès, principalement en France (en Angleterre, Say It Ain’t So, Joe entrera tout de même dans le top 20 des ventes de l’année 1975 et dans le top 100 américain), et qui booste les ventes de l’album (sans que celles-ci soient vertigineuses). À l’été 1975 en France, les amoureux dansent sur Say It Ain’t So, Joe, s’enlacent et s’embrassent. Pourtant, le titre n’a rien d’une chanson d’amour

Ceci n’est pas une chanson d’amour

Les paroles et le thème de Say It Ain’t So, Joe sont issus d’une histoire vraie. Celle d’un célèbre joueur de baseball américain, Joe Jackson (1887 – 1951). Ce dernier est, dans les années 20, une immense star du sport le plus populaire des États-Unis. Il joue alors dans l’une des meilleures équipes du pays, les White Sox de Chicago. En 1919, Jackson et sept autres de ses partenaires sont accusés de volontairement perdre certains matchs (ou de laisser « passer des coups » lors d’autres matchs) dans le cadre d’un réseau de paris illégaux. Ils sont arrêtés par la police la même année. Devant les marches du tribunal où les juges attendent Joe Jackson en 1920, un jeune fan des White Sox interpelle Jackson en lui criant « Say it ain’t so, Joe, please » (la formule sera utilisée le jour même dans les journaux américains), ce qui signifie : « Dis-moi que ce qu’ils racontent sur ton compte est faux, Joe, s’il te plait ». On est donc assez loin de l’histoire d’amour (en tout cas pas dans le sens premier du terme).

Ceci n’est pas une chanson d’amour (bis)

En 1975 (et encore aujourd’hui), le public ne comprend pas (et ne cherche sans doute pas) la référence historique des paroles de Say It Ain’t So, Joe, préférant certainement (et ce n’est pas un crime) profiter de la voix plaintive et suave de Murray Head, de la mélodie très folk du morceau et de l’atmosphère entre tension et abattement suscitée par la musique de Say It Ain’t So, Joe. Devant le succès de sa chanson, Murray Head déclarera que cela lui était « plaisant », mais qu’il avait du mal avec l’idée que Say It Ain’t So, Joe soit « prise pour une chanson d’amour alors que son propos est beaucoup plus grave, que ce dernier dénonce avant tout la corruption, dans le milieu politique et dans l’industrie du divertissement, musique comprise ». Murray Head dira aussi avoir été inspiré, pour écrire Say It Ain’t So, Joe, de la célèbre affaire du Watergate (1972), mettant en cause le Président des États-Unis Richard Nixon dans une histoire d’espionnage qui l’obligera à la démission (9 août 1974). Même s’il fut officiellement reconnu coupable (il demandera « pardon à la Nation » dans un message diffusé à la télévision américaine en septembre 1974), et après quelques années de « fâcherie », Richard Nixon regagnera l’estime de bon nombre de ses concitoyens. Tout le contraire de Joe Jackson qui ressortit blanchi de son procès, mais à qui le monde du baseball et le public tournèrent définitivement le dos en 1920. Say It Ain’t So, Joe est aussi une manière de réhabiliter le joueur. Son histoire fut en tout cas à la source du plus grand succès de Murray Head qui, depuis Say It Ain’t So, Joe, a enregistré 17 autres albums originaux – le dernier en date de 2012 est My Back Pages. Une belle discographie pour « un artiste qui ne vend pas ».

Biographie Murray Head

Murray Head (né le 5 mars 1946 à Londres) est un chanteur et acteur britannique. Ses parents sont Seafield Head, réalisateur de documentaires, et Helen Shingler, actrice. Son frère cadet est l’acteur et chanteur Anthony Stewart Head.