Neil Young enregistre « Harvest » entre janvier et septembre 1971 et entre Londres, Nashville et Los Angeles. L’album est commercialisé le 14 février 1972 aux États-Unis. « Old Man » en fut l’un des deux seuls singles extraits (avec « Heart of Gold »).

« Old man, look at my life »

La chanson compte parmi les rares morceaux de la discographie de Neil Young à reposer sur des paroles aussi intimes (au moins jusqu’à la sortie de « Harvest »). « Old Man » est en effet le résultat direct d’un événement survenu dans la vie de Neil Young. Nous sommes au printemps 1970 et Young, 25 ans, est en quête de nature, de repos, d’espace. Pas dans le style hippie ou New Age, mais dans une sorte de « retour à la maison après les folies de la célébrité ». On le sent immédiatement dans la production acoustique du morceau, ses ressorts rythmiques très country et dans la voix fine et blues de Young. Par sa composition musicale même, « Old Man » sent la terre, les bois et le feu de branches mortes. Un retour à la terre au sens physique : Neil Young s’apprête en effet, en ce printemps 70, à acheter et à emménager dans un ranch situé dans le nord (encore) sauvage de la Californie, le Broken Arrow Ranch (en français le « Ranch de la flèche coupée » (il portait ce nom avant l’arrivée de Neil Young). Le gardien des lieux (un certain Louis Avila) est chargé de faire visiter le ranch à Neil Young. Les deux hommes discutent et Louis en vient à demander à Neil Young comment il se peut qu’un « aussi jeune homme que lui puisse s’offrir un ranch à 350.000 dollars ». Sur le moment, Neil Young n’aurait su dire qu’un timide : « La chance, Louis, la chance ». « Old Man » est la « vraie » réponse de Neil Young à Louis Avila, indiquant notamment qu’il est « comme tout le monde, que lui aussi recherche l’amour », qu’il n’est pas différent du « Vieil Homme qui fut jeune lui aussi, et qui se posa sans doute les mêmes questions ». Cette rencontre (cette « scène ») fut le déclencheur indispensable à la création de « Old Man ». Sa charge symbolique (l’un est riche, jeune, célèbre et « fatigué » ; l’autre est vieux, modeste et visiblement heureux de son sort) est, en soi, très puissante, et le génie de Neil Young – sous ses airs de bûcheron canadien – se révèle dans son habileté à retranscrire cette charge dans les mots et la musique de « Old Man ».

Neil Young, 25 ans, star mondiale

Si Neil Young peut se payer un ranch à 350.000 dollars explique à la fois pourquoi il a besoin « d’espace et de campagne ». En 1970, à 25 ans, Neil Young est déjà une figure incontournable de la scène rock américaine (soit 70 % du marché mondial de ventes de disques à cette époque). C’est ce qui va à la fois le rendre riche et… fatigué. Fatigué par le rythme des tournées, des enregistrements, des tensions inévitables, des sollicitations en tout genre… La carrière de Neil Young a réellement débuté dans le groupe Buffalo Springfield en 1966 avec notamment Stephen Stills avec lequel il se dispute deux ans plus tard entraînant la dissolution du groupe. Neil Young reprend alors une carrière solo avant de rejoindre un an plus tard le super groupe composé de David Crosby, Graham Nash et… Stephen Stills ! Les Crosby, Stills, Nash & Young (ou CSNY) connaissent un énorme succès, leurs textes engagés et leurs talents musicaux font merveille auprès des jeunes hippies. Les CSNY sont parmi les têtes d’affiche du festival de Woodstock en août 1969 (Neil Young refusant qu’on le filme, il n’existe aucune vidéo officielle du passage du groupe). Malgré le succès, ce « super groupe » ne semble pas convenir parfaitement à Neil Young, reprochant notamment au concept sa « starification excessive ». Et puis les disputes reprennent avec Stephen Stills, ce dernier reprochant notamment à Neil Young la sortie, en août 1970 de son troisième album solo, « After the Gold Rush ». Le groupe se dissout en 1971 (il se reformera plus tard) et Young se concentre sur l’enregistrement de son quatrième album solo, « Harvest » (février 1972). L’album est un énorme carton, non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Asie. Neil Young réalise son premier n°1 au Billboard US et dans les charts anglais. À 26 ans, il est au sommet du rock. Et au questionnement qui était le sien en 1970-1971 en écrivant Old Man, il a (enfin) quelques réponses. En 1972, il file le parfait amour avec sa femme Carrie Snodgress (actrice) qui lui donne un fils (Zeke) le 8 septembre de la même année. Neil Young savoure son bonheur dans son « Ranch de la flèche » cassée (il y habite toujours). Une vie simple et rustique (malgré les millions) qui fera en partie de lui une icône auprès des créateurs du grunge (et, du coup, de leurs fans), notamment Kurt Cobain (qui le cite dans sa lettre d’adieu en 1994 : « it’s better to burn out than to fade away », « il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu », paroles de la chanson « Hey Hey, My My », 1979) ou encore Pearl Jam avec lequel Neil Young enregistre l’album « Mirror Ball » en 1995. Neil Young fut à ce titre surnommé par certains le « Old Man » du grunge…