À quoi pense Nicolas Sarkozy en se rasant ? Bachar el-Assad se marre-t-il grave quand il lâche une caisse ? Qui va remplacer Antoine de Caunes au Grand Journal dans six mois ? Coucher avec sa cousine est-il contre nature ou juste mal vu ? Faut-il continuer à manger 5 fruits et légumes par jour quand on a la chiasse ? La cicatrice au fion de François Grimpret provient-elle d’une enculade ratée ? À quoi ressemblerait le rock si Nirvana n’avait jamais existé ?
Si t’es pas trop gland et que t’es pas un sale pervers, t’auras compris qu’une seule de ces questions mérite vraiment d’être posée. Et d’être répondue (si c’est français puisque tu comprends !). Bon, laisse-moi aller me chercher une bière avant de commencer. T’en veux une ? Dans tes rêves. Jusqu’au 24 septembre 1991, Larry J. Bullworth était considéré comme le vendeur de fringues le plus con de Seattle. Laisse-moi finir ma bière et je t’explique.

Dix ans auparavant, le mec soldait sa baraque et son break Volvo pour tout investir, malgré les réticences de sa femme qui d’ailleurs lui rappellera chaque soir quel connard il était, dans une boutique spécialisée en chemise de bûcheron. Une pure idée de tocard. Sauf que le 24 septembre 1991, l’album Nevermind de Nirvana sortait dans les bacs et la fortune à venir de Larry allait enfin pouvoir lui permettre de dire à sa femme d’aller se faire foutre (ce qu’elle faisait de toute façon depuis longtemps) et d’envisager avec sérieux l’avenir de sa bite dans les bouches de toutes les putes de la ville. Je me souviens de la sortie de Nevermind. Un tas de mecs (certains même que je connaissais) ont, du jour au lendemain, décidé de ne plus se laver les cheveux et de ne porter que des chemises à carreaux, assurant du coup à Larry des pipes jusqu’à la fin de ses jours. Un mouvement de mode un peu crasseux qui a rendu Nirvana suspect à mes yeux. Du coup, je suis passé un peu côté de la sortie de Nevermind. Du moins au début parce que le truc est rapidement devenu imparable. À tel point qu’au moins une chemise à carreaux a terminé dans mon placard et que ma consommation de shampoing a fini par diminuer.
J’avais mis un peu de temps à me rendre à l’évidence : Nirvana n’était pas qu’un phénomène de mode mais une vraie révolution musicale. Je passe sur l’album Bleach, le premier du groupe, qui pose quand même les bases du séisme à venir et j’en reviens à Nevermind. Au début des années 90, le rock tourne beaucoup autour de groupe comme Guns N’Roses ou Metallica qui mettent en avant la virtuosité guitaristique. Les solos de Slash et de Kirk Hammett sont des tueries qui déchaînent les passions des mordus de la six cordes.
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Le parti pris de Nirvana est à l’inverse total : quatre accords (joués en plus sur seulement trois cordes) suffisent à faire une chanson. Quant aux solos, plus c’est crade et mieux c’est. Le mythe du Branleur (avec un grand B) est lancé. Cobain est d’ailleurs parfait dans le rôle. Il n’en a rien à foutre de rien. Il encule les médias et n’hésite pas, sur scène, à pourrir ses propres morceaux dès qu’ils deviennent trop connus à son goût. Pour moi, la simplicité apparente des titres de Nirvana n’a jamais fait obstacle à leur très grande qualité. Débarrassé de son matraquage radiophonique, l’hymne Smells Like Teen Spirit n’est rien d’autre que la trouvaille géniale d’un riff fabuleux. Et puis, entre Lithium, Polly, In Bloom ou Something In The Way, l’album a quand même une putain de gueule, non ? En plus, tous les guitaristes qui n’avaient jamais réussi à dépasser les quatre premières notes du solo de Nothing Else Matters de Metallica pouvaient enchaîner un morceau de Nirvana du début à la fin et pouvoir espérer de tâter enfin quelques nichons. Que du bonheur. Mais une question va quand même se poser : que va faire Nirvana après l’énorme succès de Nevermind ? La barre est très haute à tous les niveaux. On a connu pas mal de groupes qui se sont vautrés quand il a fallu confirmer avec un deuxième opus.

À y réfléchir, j’ai pas l’impression que la bande à Cobain se soit vraiment pris la tête avec ça. In Utero, qui sort deux ans après Nevermind, nous en rebalance une belle giclée. Avec un album génialement paradoxal. Si les guitares et la voix déjà « garage » de l’album précédent sonnent encore plus sombres et agressives sur certains morceaux, d’autres titres, comme Dumb, viennent adoucir l’affaire. Et que dire du parfait All Apologies (à mon sens le meilleur morceau de Nirvana) ? Rien d’autre que sublime. In Utero est tellement bon que beaucoup l’estiment même meilleur que Nevermind.
T’es pas d’accord ? Tu veux en débattre ? Va plutôt chier parce que le meilleur album de Nirvana arrive en 1994 quand le groupe décide de sortir sur galette le rendu de son MTV Unplugged In New York. Tu peux me traiter de fiotte (tu te doutes que je m’en branle), mais Le MTV Unplugged In New York de Nirvana fait partie de mes trois albums préférés au monde (je t’invite à lire les autres articles de la rubrique pour identifier les deux autres). En version acoustique et
épurée, la play-list du live met en valeur la sensibilité et la grâce que les originaux cachaient derrière le gras des guitares saturées. De bout en bout du concert, on touche au divin. Les guitares, simples à souhait, sonnent à la perfection. La batterie de Dave Grohl et la basse de Krist Novoselic portent merveilleusement bien des morceaux qu’un violoncelle vient parfois caresser… Quant à Kurt Cobain, son tour de chant est tout simplement magique. J’ai un peu la flemme de te détailler les titres (surtout que j’ai plus de clopes) pour te dire à quel point l’écoute intégrale du concert est bandante. Tu le sais déjà. Juste un mot sur All Apologies qui termine l’album. Nirvana est resté très fidèle à la version originale d’In Utero et les mecs ont juste joués le morceau, un peu comme d’hab, avec les instruments qu’ils avaient. Je me demande encore comment ils ont fait pour tout changer en ne changeant rien. C’est sans doute ça, la magie…

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