Par Phil Patrick


On m’a dit : regarde le premier clip du nouvel album d’Orelsan et surtout écoute le morceau, Suicide social. D’accord. Pour le clip, autant dire que c’est franchement tout pourri. Je sais pas… ils ont voulu imiter les Pink Floyd ? A chier. Pour le reste, ce morceau d’Orelsan, Suicide social, est bon. Alors ok, la voix d’Orelsan est encore un peu pubère, mais elle chauffe bien au fur et à mesure du morceau et c’est intéressant. Ouais, intéressant. Mais les deux premières minutes sont difficiles, je mentirais si je ne le mentionnais pas ici. Mais le mec est bon, Orelsan sait écrire. Alors non, dans le style poésie « politique », ce n’est ni Abd Al Malik ou Saez, mais Orelsan, ça tient la route. En tout cas tellement, tellement, tellement plus que ces autres connards de Soprano, Booba (mon petit ourson) ou Sinik. Orelsan prouve dans Suicide social qu’il est l’une des relèves du rap français des Assassin, Ministère AMER, NTM, IAM…

Dans Suicide social, tout le paquet de merdes qui composent en partie notre société actuelle défile. Et on reconnaîtra à Orelsan le mérite de passer en revue même les mecs normalement intouchables (banlieusards, ouvriers, syndicalistes, gays…) qui pourtant, et même logiquement, comptent dans leurs rangs de grosses salopes. Ce déroulé des travers, des vices et des défauts de chacun est somptueux et se déguste avec plaisir. Là est la colère. Et je me branle du fait qu’il s’agisse de « l’histoire d’un mec – le « narrateur » – qui pète un câble en découvrant – en un moment de lucidité pré-mortem – la merde qui l’entoure. Evidemment qu’un tel spectacle donne envie de se suicider. Evidemment. Mais c’est justement parce qu’Orelsan le dit dans Suicide social qu’il évite à lui seul que moi, par exemple, je passe par-dessus le balcon. On va lui reprocher – parce que le bonhomme a déjà provoqué la « polémique » – de prôner le suicide, la haine, la violence, le bordel, le nihilisme… Mais c’est exactement ce qui manque aujourd’hui à la création musicale française. Je me branle des petits bobos de Bénabar et de ses critiques fumeuses (pardon, « spirituelles ») de notre société. Je me branle du rap de Diams et des autres fils de putes de son espèce. Je me branle de ces connasses et connards de rockers qui me disent combien le monde est difficile et qui organisent leurs tournées mondiales en fonction des fashion weeks. Je me branle des mecs et des nanas qui font du r’n’b pour ne parler que de leurs problèmes de règles douloureuses ou de branlettes trop rapides. Je me fous de tous ces enculés de programmateurs radio qui veulent me vendre leur soupe et qui n’ont ni l’intelligence ni les couilles de comprendre que la culture n’est pas chez les majors mais dans les salles, les garages, les rues. Orelsan me le dit dans Suicide social. Et je l’écoute.