« Wish you were here » donne son nom au neuvième album de Pink Floyd sorti le 15 septembre 1975. Le quatuor anglais est déjà, à cette date, un poids lourd du rock mondial et de l’industrie du disque.

L’après « Dark Side of the Moon »

Leur précédent album, « The Dark Side of the Moon » (mars 1973) a été celui de la consécration : n°1 aux États-Unis (il restera 15 ans dans le classement des 200 meilleures ventes US) et en Europe, il s’est vendu au total, en à peine deux ans, à près de 10 millions d’exemplaires. « Wish you were her »e a été en grande partie écrite durant la tournée « The Dark Side ». Il est toutefois très loin des thèmes abordés sur « The Dark Side of the Moon ». « Wish you were here » est un album (et une chanson) sur l’absence, le manque et le besoin qui s’y rapporte. Cette absence, c’est celle de Syd Barrett, fondateur et à l’origine seul compositeur et parolier du groupe (1965 – 1968). L’homme a quitté le groupe 7 ans auparavant et c’est la première fois que Pink Floyd consacre un album entier à son départ, sa « disparition ». « Wish you were here » nous ramène donc aux origines de Pink Floyd et à l’inestimable inspiration que fut Syd Barrett, héros rock par essence, vacillant entre génie et folie.

Ils n’ont pas reconnu Syd Barrett

Syd Barrett n’est pas seulement le sujet de la chanson « Wish you were here », c’est le thème central de l’album entier, ce dernier s’ouvrant et se fermant sur deux parties d’un morceau à la « gloire » de Barrett : « Shine on you crazy diamond ». Un « diamant fou », un génial compositeur et créateur d’univers, un parolier précis et caustique, une machine humaine à explorer. Fondateur et âme artistique des Pink Floyd, Syd Barrett en est pourtant écarté au moment de l’enregistrement du deuxième album du groupe, « A saucerful of secrets », sorti en juin 1968 – lui avait précédé « The Piper at the Gates of Dawn », qui connut un grand succès en Angleterre. L’homme n’est en effet plus « contrôlable ». Ses prises massives de LSD et sans doute une fragilité psychique originelle le « déstabilisent » trop pour pouvoir créer au sein d’un groupe. C’est tout de même sur ses recommandations que les membres des Pink Floyd le remplacent par son ami David Gilmour. Ce dernier, mais aussi Roger Waters et Richard Wright aident cependant Syd Barrett à enregistrer deux albums solos : « The Madcap Laughs » (janvier 1970) et « Barrett » (novembre 1970). Sa santé mentale se dégrade toutefois un peu plus chaque jour et Syd Barrett « disparaît » pendant près de cinq ans, jusqu’à l’enregistrement de « Wish you were here ». Alors que les Pink Floyd sont en pleine séance de travail aux studios Abbey Road à Londres (nous sommes très exactement le 5 juin 1975), Syd Barrett « débarque », « gros, crâne et sourcils rasés, sautillant comme un dingue » dans la cabine centrale. Ni David Gilmour, ni Roger Waters ne reconnaissent leur ami. Syd Barrett semble avoir vieilli de 20 ans et la communication avec lui est impossible : ses paroles sont parfaitement incompréhensibles et ses pensées encore plus. Le groupe est bouleversé par cette « apparition », personne ne comprenant ce qu’est devenu celui qui était leur leader cinq ans plus tôt. C’est la dernière fois qu’ils verront Syd Barrett. Définitivement reclus dans sa maison de Cambridge à partir de 1977, il se consacre à la peinture et au jardinage jusqu’à sa mort en 2006, à 60 ans. C’est déjà de celle-ci dont parlent les Pink Floyd en 1975 avec « Wish you were here ».

Wish you were here

La chanson a été écrite par Roger Waters et composée par David Gilmour. C’est l’une des rares chansons de la discographie globale des Pink Floyd à avoir été composée par les deux hommes « ensemble » (et non chacun de leur côté comme ce fut majoritairement le cas). Une union sacrée en hommage (à la mémoire) de leur ami disparu et de leur idole déchue. D’un point de vue musical, « Wish you were here » s’inscrit dans la droite lignée des compositions de l’époque signée Pink Floyd, un rock que l’on appelle alors « progressif » parce que toujours en quête de modernité technique : les Pink Floyd furent ainsi parmi les premiers à utiliser les synthétiseurs ou à concevoir des concerts construits comme des spectacles pyrotechniques avec jeux de lumières très sophistiqués et projections d’images. « Wish you were here » est ainsi construite de manière très particulière, selon plusieurs niveaux (plusieurs « couches ») de sons, avec une alternance mono-stéréo, acoustique / électrique. Certains critiques reprocheront d’ailleurs à Pink Floyd ce genre de « subterfuges et cette incapacité à aller droit au but ». Ce qui n’empêche pas « Wish you were here » – la chanson comme l’album – de connaître un énorme succès auprès du public européen et nord-américain lors de sa sortie en 1975. Et David Gilmour et Roger Waters de déclarer que « Wish you were here » est leur album préféré des Pink Floyd. On aurait aussi aimé savoir ce qu’en avait pensé Syd Barrett…

Biographie Pink Floyd

Pink Floyd se forme en 1964 autour du compositeur/guitariste Syd Barrett. Le groupe connaît le succès au milieu des années 1960, surtout dans l’underground du rock progressif et psychédélique anglais. Psychologiquement instable, Syd Barrett quitte le groupe en 1968. C’est plus que le leader du groupe qui s’en va : c’est, en tout cas ce que l’on croit, l’âme des Pink Floyd qui part. On croit alors que le groupe va mourir. Mais c’est tout le contraire qui se produit. Syd Barret est remplacé par l’un de ses amis, David Gilmour. Après le départ de Barrett, le bassiste Roger Waters devient progressivement le meneur du groupe, composant la majorité des chansons et signant toutes leurs paroles à partir de 1972 et jusqu’à son départ en 1985.
Pink Floyd acquiert une célébrité mondiale avec The Dark Side Of The Moon (1973). Le groupe enchaîne les succès dans les années qui suivent : Wish You Were Here (1975), Animals (1977), The Wall (1979)… En 1980, le claviériste Richard Wright est exclu du groupe par Roger Waters qui quitte lui-même Pink Floyd en 1985, déclarant que le groupe a perdu toute force créative. David Gilmour et Nick Mason, les membres restants, décident d’enregistrer un nouvel album sans Roger Waters et en réintégrant Rick Wright. Ils produisent A Momentary Lapse Of Reason – 1987) et The Division Bell (1994) tout en recommençant à se produire en concert.