« Every breath you take » de Police est sans doute la chanson la plus mal interprétée (comprise) de l’histoire de la musique contemporaine. Elle est aussi l’un des plus gros tubes jamais commercialisés. Un paradoxe qui fait d’elle une chanson toute particulière dans la discographie de Police – qui ne manque pas d’autres tubes.

Ceci n’est pas une chanson d’maour

C’est Sting lui-même (auteur des paroles de « Every breath you take ») qui le déclare alors que sa chanson est au plus fort de sa popularité en Europe et aux États-Unis, après sa sortie en single en mai 1983 : « Je ne comprends pas que les gens pensent écouter une chanson d’amour : « Every breath you take » est une chanson de haine. Il y est question d’obsession à vouloir garder l’autre, de perversité à vouloir constamment avoir un œil sur lui, à l’espionner, à vouloir lui faire du mal en lui volant jusqu’au moindre de ses souffles ». « Every breath you take » n’est donc pas – du tout – une chanson d’amour pleine de bons sentiments. Il s’agit bien d’une déclaration, mais une déclaration (et un acte) de guerre, en l’occurrence celle que mène alors Sting dans son divorce d’avec sa première femme, Frances Tomelty (avec qui il aura deux enfants). Le protagoniste de « Every breath you take » est un prédateur, un pervers, un manipulateur. Sting fera aussi le parallèle entre les paroles de sa chanson et le développement (nous sommes en 1983) des caméras de surveillance dans les espaces publics (notamment en Angleterre et aux États-Unis). Il dira avoir aussi voulu dénoncer cette tendance à la paranoïa collective, le protagoniste pouvant dans ce cas être considéré comme un « super voyeur », sorte de Big Brother avant l’heure : « à chacun de tes pas, je te surveillerai… »
Malgré les déclarations de Sting, « Every breath you take » deviendra le slow par excellence, la chanson que l’on écoute quand on tombe amoureux, celle que l’on envoie à l’être aimé pour lui signifier la passion qui nous anime. Et la confusion fut aussi grande en France (où l’on peut toujours « se cacher » derrière la barrière de la langue) qu’en Angleterre ou aux États-Unis.

Malaise dans la Police

« Every breath you take », chanson de rupture (violente), donc. Mais peut-être pas uniquement de rupture amoureuse. Car au moment de son écriture, Sting n’est pas seulement en train de divorcer d’avec Frances Tomelty, il est aussi au cœur d’une crise au sein même de Police. Les premières fissures datent de l’enregistrement de l’album précédent « Synchronity » (sur lequel figure « Every breath you take »), « Ghost in the machine ». C’est à la suite de cet album que quelque chose semble « briser » entre les membres du groupe. Ces derniers se supportent de plus en plus mal et de moins en moins longtemps. Depuis 5 ans et leur premier album, « Outlandos d’Amour » (1978), Sting, Stewart Copeland et Andy Summers, ont enregistré un nouvel opus chaque année, selon un rythme de sortie d’une précision mathématique : « Outlandos d’Amour » en novembre 1978, « Reggatta de Blanc » en octobre 1979, « Zenyattà Mondatta » en octobre 1980 et enfin « Ghost in the machine » en octobre 1981. Un rythme rompu pour « Synchronity » (qui sortira en mai 1983), comme un symptôme de l’épuisement (presque naturel) de Police. L’enregistrement de « Synchronity » sur l’île de Montserrat se fera d’ailleurs dans une ambiance détestable, Sting et Stewart Copeland en venant souvent aux mains, au point que chaque membre du groupe enregistre bientôt sa partie dans son coin, sans voir ou croiser les deux autres. À la « lecture » de ces faits, « Every breath you take » ne pourrait être entendue seulement comme une chanson à destination de Frances Tomelty. C’est aussi, visiblement, une chanson d’adieu à Police, la tension au sein du groupe étant à son paroxysme lors de l’enregistrement de « Synchronity ». Sting privilégie depuis plusieurs mois sa carrière cinématographique (sans grand succès du reste : il reviendra très vite à sa musique), Stewart Copeland a déjà un album solo en boite, et Andy Summers veut faire de la photographie son nouvel art de prédilection. En août 1983, alors que « Synchronity » est déjà n°1 en Europe et aux États-Unis (où il y restera 17 semaines, seul album à dépasser le « Thriller » de Michael Jackson, c’est dire la performance de Sting et sa bande), et que l’album n’est sorti que depuis 3 mois, The Police se sépare. À cette date, le groupe n’annonce qu’une « pause ». Cette dernière ne prendra jamais fin – hormis quelques retrouvailles sur scène. Sting sortira son premier album solo en 1985, « The Dream of the Blue Turtles », un album très éloigné du style Police, comme l’avait déjà été, à sa manière, « Every breath you take ».

Biographie The Police

The Police est un groupe de rock britannique issu de la génération new wave et post-punk, formé en 1977 par Stewart Copeland à la batterie, Sting (de son vrai nom Gordon Matthew Thomas Sumner) au chant et à la basse et Henry Padovani à la guitare. La même année, Andy Summers remplace Padovani. Le groupe a été très populaire vers la fin des années 1970 et au début des années 1980 grâce à leur musique rock, mélangeant jazz, punk et reggae. Il connut son apogée en 1983 avec l’album Synchronicity.