« Under Pressure », c’est d’abord un single sorti le 26 octobre 1981, avant d’être la piste 11 de l’album « Hot Space » commercialisé quant à lui à partir du 3 mai 1982. A l’origine, les membres de Queen (Freddie Mercury, chant – Brian May, guitare – Roger Taylor, batterie – John Deacon, basse) et leur maison de disques cherchent un morceau qui puisse « préparer » la sortie du premier « Greatest Hits » de Queen prévu pour le mois de novembre 1981.

« Feel like » ?

À l’été 1981, Queen se trouve ainsi à Montreux, en Suisse, dans les Mountain Studios, dont le groupe est propriétaire depuis 1979 (et jusqu’en 1993). Un « coin de verdure » où Mercury et sa bande peuvent à la fois travailler sur ce single et se reposer après des mois de tournées. C’est ainsi qu’ils commencent à travailler sur un morceau dont John Deacon a apporté la ligne de basse. Cet embryon de chanson porte le titre de « Feel like ». Il y est déjà question de pression sociale, du rythme effréné des grandes villes occidentales et du mode de vie stressant qui en découle. La chanson prend peu à peu forme et est rebaptisée « People on streets ». Freddie Mercury peaufine les paroles (celles-ci seront toutefois créditées à l’ensemble du groupe) en ajoutant au thème principal, celui de l’amour, comme « seule porte de sortie acceptable à cette vie de fourmi ».

David Bowie est en Suisse

Au même moment, quelque part dans le monde, David Bowie poursuit la promotion de son dernier album, « Scary Monsters (and Super Creeps) », avec notamment son tube planétaire « Ashes to Ashes ». Ami de longue date de Roger Taylor, Bowie est ainsi invité à Montreux pour, au début, y passer « un peu de bon temps et faire quelques jams sessions avec Queen ». Rien d’officiel, donc, mais Queen autant que David Bowie désirent depuis plusieurs années travailler ensemble. L’occasion est donc trop belle en cet été 1981. Travaillant aussi sur quelques chansons de leur prochain album (qui sera donc « Hot Space »), Queen propose à Bowie de partager le chant avec Freddie Mercury sur le titre « Cool Cat ». L’enregistrement est bien effectué, mais ni Queen, ni Bowie ne sont satisfaits du résultat et le « projet » « Cool Cat » est abandonné. L’histoire entre Queen et Bowie aurait pu s’arrêter là. Cela n’aurait rien changé à l’amitié qui lie les deux parties et une collaboration entre les deux aurait sans doute vu le jour tôt ou tard. L’histoire raconte que Roger Taylor aurait tout de même parlé à David Bowie, entre deux jams sessions, de cette ligne de basse et de cette ébauche de chanson qu’est alors « People on streets ». Bowie aurait littéralement « bloqué » sur la ligne de basse en question et aurait immédiatement demandé aux autres membres de Queen s’il pouvait participer à l’élaboration finale de la chanson. Le groupe accepte et les cinq s’enferment quelques heures dans le studio de Montreux. Ils en ressortiront avec « Under Pressure », créée sur la base de « People on streets ». Bowie et Mercury sont à la production et partagent le chant. « Under Pressure » est le premier featuring de Queen avec un autre artiste. La chanson est surtout l’occasion de mélanger parmi les plus grandes voix rock du moment (et de l’histoire du genre).

« Under Pressure » : un carton sans pression

Sortie en octobre 1981, « Under Pressure » atteint en quelques jours les premières places des charts anglais et européens. Aux États-Unis, le morceau est également un tube : le deuxième n° 1 au Billboard de Queen (après « Bohemian Rhapsody » en 1975). Un succès en forme de soulagement pour le groupe (et sa maison de disques) dont le dernier album, Flash Gordon (sorti en décembre 1980 en Europe et en février 1981 aux Etats-Unis), a rencontré un succès plus discret que les précédents (il faut aussi dire que Freddie Mercury et ses acolytes avaient placé la barre très haute). Under Pressure est donc un énorme succès dans le monde et prépare de la plus belle des manières l’arrivée sur le marché du premier « Greatest Hits » de Queen. Sorti en novembre 1981 (soit un mois après « Under Pressure »), ce best of explose littéralement tous les records de ventes pour une compilation : n° 1 en Angleterre, France, Japon, Australie et n° 14 aux États-Unis. Devant un tel succès, Queen « se permet » de nouvelles expérimentations musicales, explore de nouveaux horizons esthétiques, quitte à mettre en péril son unité. Il est en effet dit que Brian May et Freddie Mercury se disputent chaque jour lors de l’enregistrement de ce qui deviendra « Hot Space ». Si May souhaite un son plus funk, Mercury penche plutôt vers des sonorités disco (ce qui n’est pas un gros mot). Les deux auront gain de cause puisqu’il y aura « un peu de tout sur « Hot Space » ». Une non-unité de son qui troublera à la fois les critiques et le public de Queen qui bouderont (surtout les premiers) « Hot Space ». Le seul tube de l’album, « Under Pressure », l’est déjà depuis six mois…