« Killing in the name » (« Tuer au nom de… ») est la deuxième piste du premier album éponyme des Rage Against The Machine sorti en novembre 1992 et enregistré de mai à septembre de la même année. Retenir ces dates est important si l’on veut comprendre en partie le phénomène que furent Rage Against The Machine et son premier single, « Killing in the name ».

Formation des Rage Against The Machine

La bande s’est formée 18 mois plus tôt en Californie, dans l’une des innombrables banlieues de Los Angeles. On y trouve le bassiste, Tim Commerford, fan de jazz et de mathématiques, le batteur Brad Wilk, le guitariste Tom Morello, diplômé d’Harvard et enfants d’activistes spécialisés dans le combat pour les Droits Civiques (droits et respect des minorités américaines), et Zach de la Rocha, âme du groupe et seul membre de RATM qui peut déjà se prévaloir d’un joli CV. De la Rocha n’est pas un parfait inconnu de la scène rock locale quand il crée avec ses potes Rage Against The Machine. En 1990, il a en effet fondé le groupe Inside Out qui à lui seul et en un seul EP (4 titres) a donné une nouvelle impulsion à l’underground hardcore du pays (ce qui, en soi, est une performance). Zach de la Rocha n’est pas, non plus, une immense star, mais son nom est connu des maisons de disques et quand ces dernières entendent dire que le garçon a fondé un nouveau groupe et que leurs chansons rencontrent déjà un écho favorable auprès de la critique et des fans du « milieu », ils sont nombreux à suivre cela de près. Sans être un boys band, Rage Against The Machine trouve ainsi sans mal, au cours de l’année 1991, une maison de disques capable de les envoyer en studio et de commercialiser leur(s) disque(s). D’autant que les producteurs rock californiens jalousent un brin le succès fulgurant de leurs homologues de Seattle qui avec le grunge de Pearl Jam et Nirvana triomphent partout dans le pays (et ailleurs).

Rage Against The Machine va toutefois faire mieux que « d’être là au bon moment ». Avec leur premier album, ils inventent un nouveau style de rock, rien que ça. Leur musique est un mélange jusqu’alors inexpérimenté de punk et de garage rock (un peu), de rap et de hardcore beaucoup. Les savants rock appelleront ça de la fusion. Musicalement, Zach de la Rocha et sa bande, c’est plus que de la rage : c’est de la violence. Une superbe violence jouée, chantée et orchestrée par des instrumentistes chacun « reconnu » dans leur domaine, ce qui fera dire à certains que les RATM sont les Beatles du hardcore. La comparaison s’arrête là.

Killing in the name

Cette musique – aussi novatrice soit-elle en 1992 – ne peut toutefois expliquer à elle seule que le premier album des RATM se soit écoulé à 5 millions d’exemplaires en 3 semaines sur le sol américain (3 millions de singles vendus de « Killing in the name » au cours de la même période). Il faut aussi tenir compte du poids des paroles de l’album, dont « Killing in the name » est sans doute l’exemple le plus remarquable. RATM est, dans son essence même et par l’engagement « civique » de ses membres (sauf le bassiste Tim Commerford qui ne s’intéresse donc qu’au jazz et aux mathématiques), un groupe politique. Zach de la Rocha et ses compagnons de musique ont des choses à dire et ils comptent bien se servir de leur musique pour diffuser leurs idées et leurs causes. Enfants de l’Amérique métisse, les RATM combattent principalement l’establishment blanc américain et le racisme de ce dernier (ce que RATM juge être du racisme). Un racisme que la police américaine symbolise plus que tout autre institution aux yeux de Tom Morello, Zach de la Rocha… C’est du reste ce dont traite « Killing in the name », Zach de la Rocha y fustigeant les rapports très étroits entre la police et l’organisation paramilitaire et raciste du Ku Klux Klan : « some of those that work forces, are the same that burn crosses » (« Ceux qui portent l’uniforme sont aussi ceux qui brûlent des croix », la mise à feu d’immenses croix de bois étant LA pratique cérémoniale du Ku Klux Klan). Et les mots de Zach de la Rocha, servis par cette musique furieuse, obtiennent un écho tout particulier dans un contexte national bien précis.

Los Angeles 92

Quand RATM entre en studio à Los Angeles au mois de mai 1992, les États-Unis viennent de vivre l’un des pires événements intérieurs de leur histoire post Seconde Guerre mondiale : les émeutes de Los Angeles, 53 morts en 5 jours dans les rues de la plus grande démocratie au monde. Tout commence par un verdict rendu par la justice américaine dans l’affaire dite « Rodney King », du nom d’un Afro-Américain tabassé par la police californienne le 3 mars 1991. Le verdict rendu par le jury composé en majorité de Blancs acquitte les policiers (blancs). La nouvelle se répand alors très vite et les premières émeutes éclatent dans divers endroits de la ville. Los Angeles sera à feu et à sang pendant 5 jours, d’autres villes du pays seront aussi concernées. Si « Killing in the name » a bien été écrite avant ces événements, les propos tenus touchent en plein dans le mille et quand le single sort en novembre 1992, les cendres des émeutes du mois d’avril à Los Angeles fument encore. Cela explique aussi l’énorme succès du single et de l’album. Rage Against The Machine devient ce que Zach de la Rocha et Tom Morello avaient imaginé : une force politique. Dix ans plus tard (en janvier 2000 très exactement), les Rage Against The Machine improvisent un concert sauvage aux pieds de Wall Street à New York, obligeant la Bourse américaine à fermer ses portes, ce qui n’était plus arrivé depuis le Krach de 1929.

Biographie Rage Against The Machine

Rage Against the Machine (alias Rage ou RATM) est un groupe de fusion américain créé en 1990 à Los Angeles par Tom Morello et Zack de La Rocha. Leur musique est principalement une fusion de metal et de rap, avec des influences funk et punk. Avec l’arrivée de Tim Commerford et Brad Wilk, le groupe va marquer les années 1990 jusqu’à sa dissolution en 2000.