« Losing my religion » est sortie en single le 19 février 1991 aux États-Unis et en Angleterre. Il s’agit du premier extrait du septième album de R.E.M., « Out of time », sorti, quant à lui, en mars 1991.

Du rock indie en haut des charts

Un album qui permettra à la bande de Michael Stipe de passer du rang d’icône de l’undergound rock-indie américain à celui de super star mondiale du rock. Et « Losing my religion » est au cœur de ce succès phénoménal. « Out of time » atteindra la quatrième place du Billboard US et le top 3 des charts anglais (partout ailleurs, et notamment en France, il sera premier). Aux États-Unis, il se vend à 12 millions d’exemplaires entre 1991 et 1993. À ce titre, le guitariste du groupe, Peter Buck (créateur du riff de « Losing my religion ») déclarera que sans « Losing my religion », « Out of time » ne se serait vendu « qu’à 3 millions d’exemplaires » (ce qui serait resté un très beau chiffre du reste). C’est dire l’importance de ce premier single, non seulement pour l’album « Out of time », mais aussi pour la carrière et l’exposition médiatique de R.E.M. Et pourtant, « Losing my religion » ne porte pas en elle, a priori, le code génétique du « tube planétaire ».

« Losing my religion » : c’est quoi ce tube ?

D’abord parce que « Losing my religion » repose sur un riff de… mandoline. Pour un groupe de rock (indie underground de surcroît), ce choix est aussi génial que déroutant. D’autant que « Losing my religion » dure 4 minutes et 10 secondes ! Pas franchement le format d’un tube radio (généralement, les radios « grand public » ne diffusent pas, en heures pleines, des morceaux de plus de 3 min 20 s). C’est le groupe lui-même qui insiste au début de l’année 1991 pour que « Losing my religion » soit le premier single envoyé aux radios et présenté au public. Leur maison de disques – la Warner – aurait bataillé dur pour faire changer d’avis Stipe et ses acolytes. Rien n’y fera et c’est bien « Losing my religion » qui sera choisie comme premier single. Le morceau passe très vite sur toutes les radios de campus, celles-là mêmes qui firent, depuis 1983, le succès underground de R.E.M. Les médias « traditionnels » s’emparent également du morceau, le diffusant massivement, notamment MTV qui passe le clip de « Losing my religion » en rotation lourde (au moins une fois toutes les heures). Un clip réalisé par Tarsem Singh (qui a, alors, à peine 30 ans) où il est question d’ange déchu, d’imageries hindoues, de pichet de lait qui se brise, de gouttes d’eau qui tombent du plafond et d’autres symboles d’inspiration religieuse. Un « univers » qui participera pleinement à la confusion d’interprétation, dont « Losing my religion » fera l’objet, même aux États-Unis.

Paroles de Losing my religion

Car « Losing my religion » ne peut se traduire de manière littérale du type : « perdre sa religion ». Les paroles, écrites par Michael Stipe, ne traitent pas de religion, mais d’amour ! D’un amour obsessionnel et unilatéral, une situation qui plonge le narrateur dans un certain désarroi, dans une sorte de panique générale, de remise en question globale. « Losing my religion » est en effet une vieille expression du Sud des États-Unis (R.E.M. est originaire d’Athens, Géorgie) signifiant « perdre le contrôle », « ne plus croire en rien », « perdre toute confiance en soi ». Il ne s’agit donc pas de foi ou de croyances religieuses. Il n’est pas non plus question de Dieu, Yavhé ou Allah ! Michael Stipe devra d’ailleurs batailler assez durement, principalement en interview, pour faire entendre le « vrai » message de « Losing my religion », citant souvent l’exemple de « Every breath you take » de Police, « fausse » chanson d’amour, traitant effectivement plus d’obsession malsaine et de jalousie psychopathique que de passion romantique.

R.E.M. : Hors du Temps

« Losing my religion » est ainsi, sans doute, le tube planétaire le plus mal compris par tous ceux qui en ont fait le succès. Expliquer ce dernier relèverait donc presque de la science-fiction tant « Losing my religion » n’a rien du tube taillé sur mesure. Sauf la qualité et la précision de la voix de Michael Stipe, le génie créatif de ce dernier, ajouté à celui de Peter Buck, Mike Mills et Bill Berry, sans oublier la production de Scott Litt (celui qui fera aussi les beaux jours de Nirvana, Hole, Incubus… et qui est alors dans ses plus belles années) ou encore que « Losing my religion » fut enregistrée dans les studios Bearsville situés à Woodstock, terre emplie de bonnes ondes… On notera encore la dualité d’approche que « Losing my religion » offre à l’auditeur, à la fois chanson pop sur laquelle on peut facilement danser et chanson introspective sur laquelle des milliers d’adolescent(e)s se mettront à réfléchir à l’amour, à la confiance en soi (et dans les autres), à la cruauté du monde… Pour beaucoup, « Losing my religion » sera un « déclencheur », à titre personnel d’abord, mais aussi d’un point de vue collectif. Car on ne pourra passer outre l’idée que R.E.M. (avec « Out of time » et donc « Losing my religion ») ouvre, en ce début d’année 1991, la voie à la vague grunge qui déferlera quelques mois après la sortie de « Out of time », sur le monde – Kurt Cobain et Eddie Vedder seront à ce titre parmi les premiers à citer R.E.M. comme une référence majeure.

Biographie R.E.M.

R.E.M. est un groupe de rock américain formé à Athens (Géorgie) en 1979 par Michael Stipe (chant), Peter Buck (guitare), Mike Mills (basse) et Bill Berry (batterie). Ce fut l’un des premiers groupes de rock alternatif populaires, attirant très tôt l’attention grâce au jeu de guitare en arpèges de Buck et aux paroles énigmatiques de Stipe.