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Poète maudit (Grand Prix Arthur Rimbaud 2006), chroniqueur de la ruine ambiante, musicophage et scribe à plumes 2.0, Romain Duvivier se découvre plus longuement sur letruq.com.

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Y’avait plus de monde à son mariage qu’à celui de Kayne West. C’est qui l’patron?

Cette question cruciale, essentielle s’il en est, à l’heure du chômage de masse et du toucher rectal généralisé, mérite malgré tout qu’on s’y attarde quelques instants. Nous ne sommes pas là pour verser dans le pathos pleurnichard ou le militantisme hargneux. Maintenant que nous sommes officiellement en dictature, l’heure n’est plus au conspirationnisme. Tout est clair et limpide à présent. Bien sûr, on n’en est pas encore à François Hollande défilant sur les Champs-Elysées et faisant des gros fuck à tout le monde à l’arrière de sa DS5 décapotable en criant « Allez tous vous faire enculer fils de putes de chômeurs! » dans un mégaphone, Julie Gayet et Filippetti en mode blowjob sur la banquette arrière… non non, pas encore, mais le passage en force au conseil d’Etat du 9 janvier dernier, quant à l’annulation du spectacle de Dieudonné, a le mérite d’être clair sur l’état de la liberté d’expression dans ce pays. Nous ne sommes pas là pour disserter sur le principe de séparation des pouvoirs ou du pacte républicain. Il y a des sujets plus importants que le viol en réunion de nos droits fondamentaux. Alors, venons-en au fait,  la langue française est-elle musicale?

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« Au-dessus, c’est Klarsfeld! »

Sachant que la NSA nous surveille, que Manuel Valls et son crew veillent au grain et que 30 ans ont passé depuis 1984, je suggère à la rédaction d’insérer des gifs animés tout au long de cet article dès qu’un propos est susceptible d’exprimer ne serait-ce qu’un effluve d’ironie, on ne voudrait pas être soupçonné d’accointances douteuses ni se faire taxer de négationnistes,  de zoophiles ou de mangeurs de bébés morts, tout ça pour un mot mal interprété ou une virgule de travers… Alors, la langue française est-elle musicale? Je veux bien répondre, mais ne sortons-nous pas un peu du cadre de la loi là? Ne sommes-nous pas déjà en train de déraper? N’y-a-t-il pas derrière cette question quelque chose de bien plus pernicieux qui se cache? Quelque chose de bien plus nauséabond? La prudence est de mise.

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Petit cadeau de la Licra à Manuel Valls pour son combat contre la quenelle.

Le français, c’est la langue des Belles Lettres, c’est la langue officielle des diplomates. C’est une langue de poète. Sa musicalité réside d’abord dans la gamme de sons qu’elle propose. On y a toutes sortes de sonorités, de syllabes et de rimes, tantôt douces tantôt rêches, des « on », des « u », des « en », des « R », des « ouin », des »ul », des « xeu »… qui combinés ensemble forment un ensemble sonore assez complexe pour un larynx non préparé. Cette particularité en fait une langue à la diction très exigeante, taillée pour le texte, faite pour porter le poids des mots dans un tournoiement de style. Mais musicalement parlant me direz-vous? Pour l’Opéra, on préfèrera l’allemand ou l’italien au français. Pour la pop, le rock, le hip hop, la soul, le trip-hop, la house, la dance, le métal, en gros toute la musique occidentale, c’est l’anglais qui l’emportera. Pourquoi? Pour la simple et bonne raison que c’est une langue qui coule. Wah Wah Yo Yuppy Yo Yuppy Yeah, ça n’existe pas en français ça…L’anglais, c’est plus qu’une langue finalement, c’est un instrument de musique, un instrument à vent, à corde et à percussion à la fois! Objectivement, entre Eminem et Orelsan, qui percute le plus? Entre le chanteur des Clash et notre bon vieux Jean-Louis Aubert, qui sent plus le rock? Entre Sinatra et Dany Brillant, qui croone le plus des deux ? Et entre Tal et Rihanna, qui fait la diff’ ? Hein? L’original ou la copie? L’armagnac ou le Milk Shake?

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Jeff Copeaux chante la langue française : un album qui envoie du bois.

Même si Boris Vian se targue d’avoir inventé le rock n’roll et Henri Salvador la bossa nova, les yéyés, comme certains de nos plus grands artistes, ne doivent souvent leur succès qu’à des adaptations francisées de standards américains, le tout agrémenté de noms à bouffer des Royal Cheese allongé. Sheila, Johnny Halliday, Eddy Mitchell, Peter et Sloane… bien gaulois tout ça! Même Julien Doré doit faire des « I need your sou-ou-oul » sur ses refrains pour essayer de vendre des disques aujourd’hui. Lui qui avait quand même réussi la performance de faire passer « Lolita » d’Alyzée pour une chanson à texte. Parce que même si le français reste une langue qui se lit, se clame, se déclame plus qu’elle ne se chante, certains réussissent quand même à tirer leur épingle du jeu et à transformer le phrasé françois en véritable groove box.

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Au-dessus, c’est le Bescherelle!

Par exemple, on peut citer des gens comme M, Pierpoljak, ou même MaîtreGims (HOUU!! C’est une honte! Comment ose-t-il?)… Qu’on le veuille ou non, à l’écoute, ils parviennent à faire chanter et danser cette langue si particulière qu’est le français là où des Nougaro et des Jonasz la font swinguer quand Véronique Samson, Camille ou  Claire Diterzi la transmute, la Bjorkise pourrait-on dire. Écouter un a capella des artistes cités au-dessus, puis faites pareil avec du Goldman, du Maé, du Bruel, du Zazie ou du Sefyu… Vous avez chopé une otite, la grippe aviaire et du psoriasis, c’est normal. Un étron, y’a pas besoin d’y goûter pour savoir que c’est de la merde.

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A. J’ai mangé des fruits de mer avariés dans le port d’Istanbul. B. Je reviens du concert des Enfoirés.

Alors, la langue française est-elle musicale? Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien? Peut-on rire de tout? Commander des quenelles sauce béchamel au restaurant constitue-t-il une incitation à la haine raciale? Y-a-t-il une vie après la mort? Et pourquoi j’ai cette putain de chanson de merde dans la tête?

Et le passé, le passé!
Envoler, le passé!

Puisque la liberté d’expression appartient au passé, au même titre que le bon sens, la décence, l’orthographe et le bon hip hop, concentrons-nous plutôt sur le  présent. Un présent qui ressemble étrangement à Farenheit 451 de Bradbury. Sauf que là, on n’y brûle plus des livres mais des spectacles comiques et des chansons. À la fin du livre, le héros, recherché partout pour trahison, se réfugie dans la forêt qui jouxte la ville. Là-bas, il y retrouve des gens qui s’appellent ‘La République de Platon », « L’Odyssée d’Homère », « Othello de Shakespeare »… Chacun porte le nom de l’ouvrage qu’il a appris par coeur dans le seul but de transmettre oralement ce savoir, cette richesse que le pouvoir souhaite faire disparaître à jamais. La seule différence, c’est que dans notre paradigme, les dissidents porteront des noms d’albums ou de spectacles comiques. J’ai déjà trouvé mon blase : ce sera Rage against the Portishead of a Down.

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Louis-Ferdinand Céline période Seth Gecko.

Et puis, pour répondre un minimum à la question, prenons Céline, le grand génie littéraire du 20ème siècle qui n’a même pas la moindre rue à son nom, et qui appelait sa prose « sa petite musique ». Vous voulez vraiment savoir si la langue française est musicale? Éteignez donc la radio, BFM et consorts et ouvrez le « Voyage au bout de la nuit », tant que c’est encore légal et que vos capacités psychomotrices le permettent.

Amen. N’est-ce pas…?