Catherine Ringer et Fred Chichin se rencontrent à la fin des années 70 à Paris. La première a déjà une petite dizaine de films X à son actif et Chichin vient de sortir de Fresnes pour trafic de stupéfiants. Tout pour déplaire. Et ces deux-là vont s’attirer, tant d’un point de vue artistique qu’amoureux. Les Rita Mitsouko naissent ainsi peu à peu, au gré des premières répétitions, des premiers bœufs entre amants. Ils choisissent « Rita » en hommage à l’actrice américaine Rita Hayworth et « Mitsouko » qui veut dire « mystère » en Japonais, pour signifier à quel point leurs influences sont diverses et parfois très éloignées les unes les autres.

L’usine Pali-Kao

En ce début des années 80, Chichin (déjà excellent musicien, et qui n’aura de cesse, jusqu’à sa mort, de s’améliorer) et Ringer (danseuse et chanteuse) trainent dans un Paris qui sort peu à peu de la fièvre disco des années 70 pour (re)plonger dans le rock, la New Wave et la synthpop. Le rock parisien (les futurs membres de la Mano Negra, des Négresses Vertes, de Taxi Girl…) rebranche les guitares, bien emmené par la vague punk de la fin des années 70 / début des années 80, les Trust, Asphalt Jungle… C’est le début de la « grande époque » des clubs rock parisiens et autres « lieux culturels ». L’un d’eux se situe à Belleville, au cœur de Paris : l’usine Pali-Kao, à la fois galerie et atelier d’arts en tout genre, squat pour certains, et scène ouverte pour de nombreux musiciens inconnus alors du grand public. C’est dans ce lieu « bizarre » que les Rita Mitsouko commencent à se produire, Chichin à la guitare et aux claviers, Ringer au chant. Ils reprennent d’abord des morceaux des Velvet Underground ou de David Bowie, mais très vite ils mettent sur la table leurs propres créations. Les compositions fines de Chichin, mêlant principalement New Wave et rock, et la voix si singulière de Ringer (entre chanteuse d’opérette et Riot Grrrls) plaisent au public de l’usine Pali-Kao. Les Rita Mitsouko profitent alors d’un formidable bouche-à-oreille et bientôt la petite salle du 20e arrondissement est trop petite (elle n’était déjà pas très grande) pour accueillir tous les fans des Rita. Ces derniers s’éclatent, les tenues extravagantes de Catherine Ringer, sa manière de se déhancher (entre danse du robot et kung-fu artistique) et l’attitude nonchalante (limite junkie) de Fred Chichin finissent par attirer les « gens » des maisons de disques. En 1983, le groupe (le duo) signe un contrat avec Virgin. Les amants vont bientôt sortir de l’underground parisien et participer à l’émergence du rock français des années 80.

h2>La mue Marcia Baila

Virgin laisse une grande liberté aux Rita pour composer leur premier album. Le groupe a beaucoup de chansons « d’avance » et décide de piocher dans ce vivier, sans donner à leur premier opus une unité définie autour d’un concept par exemple (ce qu’ils feront notamment avec leur deuxième album sorti en 1986, « The No Comprendo »). Ce premier opus – sobrement baptisé Rita Mitsouko – est à l’image du groupe : multiple (et ils ne sont que deux !). Sa sortie a lieu en avril 1984. C’est le grand saut pour Ringer et Chichin qui n’ont alors à leur actif que quelques enregistrements et autres maquettes. Les ventes du disque sont plutôt catastrophiques les premiers mois. Le public – et surtout les médias – semble avoir un peu de mal avec un album sans grande unité, « hésitant » entre rock et New Wave (ce qui est un pléonasme), un album où il y a finalement « trop de choses ». La révélation vient tard, au début du printemps 1985, date à laquelle les radios commencent à diffuser en masse (les télés suivront) le titre « Marcia Baila ». Le morceau est festif, déglingué, très rock, mais aussi très accessible. Du moins d’un point de vue musical. Car quand « Marcia Baila » devient le tube de l’été 1985 (et oui, « les tubes de l’été » n’étaient pas encore sponsorisés par TF1 ou le Crédit Mutuel), ils sont peu nombreux à avoir (voulu) saisir le sens des paroles écrites par Catherine Ringer. Peu comprenne que « Marcia Baila » est une chanson hommage à la danseuse d’origine argentine Marcia Moretto, partenaire de scène et grande amie du couple Ringer-Chichin, morte en 1981 d’un cancer à l’âge de 32 ans (« c’est le cancer que tu as pris sous ton bras, maintenant tu es en cendres »). « Marcia Baila » (en français : « Marcia danse ») est donc un énorme tube en France en 1985. Son succès permet à l’album en entier d’intégrer les premières places des ventes. Les Rita Mitsouko (ils ajoutent à la même époque l’article « Les » à leur nom pour éviter que le public pense que Rita Mitsouko est le seul nom de scène de Catherine Ringer) accèdent au rang de nouvelle figure de proue du rock français. Un statut qu’ils conserveront tout au long de leur carrière, jusqu’en 2007 et la mort de Fred Chichin, emporté à l’âge de 53 ans par un cancer fulgurant. Comme Marcia Moretto…

Biographie Rita Mitsouko

Les Rita Mitsouko (formé en 1980) était un duo d’auteurs-compositeurs-interprètes pop-rock français composé de Catherine Ringer et Frédéric Chichin. Le groupe a pris fin après la mort de Chichin en 2007, et Ringer a alors continué une carrière solo à l’issue d’une série de concerts en 2008.