Damien Saez : les débuts

Damien Saez se fait connaître du grand public en 1999 avec l’album « Jours étranges » (référence au « Strange Days » des Doors) et son redoutable tube « Jeune et con ». Le gamin (il n’a alors que 22 ans) séduit le public autant que les médias qui n’avaient plus vu (remarqué) de talents de la sorte depuis… Un garçon cultivé, sûr de lui et peu enclin à baver devant une caméra ou à s’installer pour dix ans sur un plateau de télévision. Après le battage médiatique des débuts, Saez s’éloigne du cirque et embarque le public conquis dans son aventure. Sans faire de promotion à outrance (voire sans en faire aucune), tous les albums de Saez qui suivront se vendront mieux que n’importe quel tube de l’été sponsorisé par telle ou telle chaîne. Ce n’est pas que Saez n’en a pas besoin (de promotion), c’est qu’il n’en veut pas. Pas comme ça. Lui et ses musiciens préfèrent sillonner la France et la Belgique de salle en salle (bondée) plutôt que d’accepter de marcher sur la Voie Royale dont on leur ouvre pourtant les portes. Quand l’album « J’accuse », dont est extrait « Cigarette », sort en mars 2010, Saez a déjà à son actif cinq albums studio. Le dernier en date – on ne compte pas ici son album anglophone « A Lovers Prayer », édité sous le pseudonyme de Yellow Tricyle – se composait de trois pièces : « Varsovie », « L’Alhambra », « Paris ». Trois albums sur lesquels Damien Saez prouve qu’il a encore progressé, que sa maîtrise des mots est toujours plus fine, que son sens de l’interprétation est toujours plus aiguisé. « Varsovie-L’Alhambra-Paris » est toutefois un album triste (ce qui n’enlève rien à sa beauté), calme dans sa composition musicale et, de l’aveu même de son créateur, un album principalement centré sur les textes (ce qui n’enlève rien à l’habilité globale des musiques). Quand l’annonce de la sortie d’un nouvel album est faite au début de l’année 2010, les fans de Saez se demandent ce que leur idole leur prépare, cette fois.

Saez, « J’accuse » et « Cigarette »

La sortie de « J’accuse » est l’événement musical du printemps 2010. Quelques jours avant même son entrée dans les bacs, il fait d’ailleurs déjà polémique. La « faute » à la pochette du disque représentant une femme nue avachie dans un caddy de supermarché. Les ligues féministes et tout ce que la France compte d’esprits bien-pensants (et lâches) se jettent sur Saez et l’accusent de tous les vices. Les affiches publicitaires reprenant la pochette de l’album seront interdites d’affichage public. Saez prouve qu’on ne pas tout dire (ni penser) en France en 2010. Pour un garçon habitué à une promotion minimale dans les « grands » médias, Saez se retrouve donc (sans doute pas tout à fait à son insu…) dans l’œil du cyclone quelques jours seulement avant la sortie de « J’accuse » qui a lieu le 29 mars 2010. Ceux qui pensaient que Saez en avait fini avec les guitares électriques se sont trompés. Saez est de retour au rock brut et aux textes politiques et pamphlétaires. Cigarette en est l’une des plus belles expressions.

I live by the river

Pour composer le morceau, Saez s’est « appuyé » sur le « London Calling » des Clash – comme pour signifier qu’il est bien de retour aux choses sérieuses. Il ponctue même les premiers couplets de Cigarette du « I live by the river » qui lui-même ponctue le texte de « London Calling ». Du punk, donc, dans les racines de Cigarette. Mais du punk façon Clash (ou Joe Strummer), c’est-à-dire un punk qui ne se contente pas d’être brutal et bruyant (ce qui est bien aussi), mais qui se met aussi au service de textes qui abordent autre chose que l’alcool et le destroy. Le texte de « Cigarette » est ainsi un chef-d’œuvre de la poésie française, de François Villon à Stéphane Mallarmé en passant par Victor Hugo, une partie de l’œuvre de ce dernier étant, dans les thèmes abordés, profondément punk. Dans « Cigarette », Saez fustige les dernières lois votées en France et qui interdisent aux gens de fumer leur clope dans des lieux publics, d’où notamment le passage suivant de « Cigarette » : « où allons-nous ? Non, surement pas en France, mon amour dans les lieux publics on a viré délinquance ». La référence au « London Calling » des Clash prend ici tout son sens, le morceau écrit par Joe Strummer traitant également de la paranoïa ambiante et de la surdose de ces lois qui régissent nos sociétés. « Cigarette » est ainsi une déclaration d’amour de Saez à la cigarette, non pas tant comme source de plaisir, mais comme témoin et gage de sa liberté. La cigarette en devient la maîtresse de Saez, le texte de la chanson pouvant d’ailleurs être assez facilement lu comme la description d’un épisode d’amour physique entre deux amants, d’une baise un peu trash : « Quand on se partageait la flamme / Toi et moi de bouche en bouche / Et nos bouches orphelines qui n’ont plus rien à sucer / Qu’à mouiller dans le vide / Bébé tu m’as laissé tout seul / Tu sais me manqueront toujours / Ces nuits où tu disais / Allume-moi, allume-moi / Fais-moi venir entre les lèvres / Et puis brûler à planer jusqu’à mourir dans la bouche ». Avec « Cigarette » – comme avec l’ensemble de l’album « J’accuse » – Saez est « de retour » à la guerre, à la révolte, à la colère.
La polémique de la pochette passée, les médias conventionnels ne s’attardent pas sur l’album (il ne manquerait plus qu’il faille l’écouter). « J’accuse » se vendra toutefois à 400.000 exemplaires en France en 2010, juste derrière le premier album éponyme de Zaz (« je veux de l’amour, de la joie, de la bonne humeur »)…

Biographie Saez

Damien Saez est né en 1977 en Savoie, d’un père d’origine espagnole et d’une mère d’origine algérienne. Après des études de musique classique, il « monte » à Paris et signe, grâce à William Sheller, son premier contrat en 1998. L’année suivante, sort son premier album, Jours étranges. C’est un succès, que confirment les autres albums de Saez. Ce dernier propose un rock teinté, parfois, de pop. Saez est également largement considéré comme l’une des plus belles plumes de la chanson française. Ses textes valent autant (voire plus) que ses musiques.