« God save the Queen », c’est, avant d’être la cinquième piste de l’album « Nevermind The Bollocks, Here’s the Sex Pistols », un single sorti le 27 mai 1977, soit 5 mois avant l’album. Une date qui n’a pas été choisie au hasard puisque quelques jours après cette sortie, la Reine Élisabeth II doit fêter le 25e anniversaire de son accession au trône (7 juin 1977). Un événement d’une haute importance en Angleterre, un symbole avec lequel on ne rigole pas. Alors quand il s’agit de le détruire…

Johnny Rotten et Steve Jones

« God save the Quee »n a été écrite au cours de plusieurs bœufs et autres répétitions décousues du groupe, durant l’année 1976. Il est communément admis que l’auteur des paroles est le chanteur du groupe, Johnny Rotten et que la musique est l’œuvre du guitariste Steve Jones. Sid Vicious, quant à lui, n’a pas encore rejoint les Sex Pistols, son arrivée aura lieu en mars 1977 (quelques semaines avant la sortie de « God save the Queen »). Six mois plus tôt (et trois maisons de disques plus tard), les Sex Pistols ont sorti un premier single : « Anarchy in the UK », le 26 novembre 1976. Le succès n’a pas été au rendez-vous et avant la sortie de « God save the Queen », la bande à Rotten est une inconnue du grand public. Les Pistols sont alors sous contrat avec la toute jeune maison de disques Virgin (fondée par le tout aussi jeune Richard Branson) et personne ne s’attend au Grand Soir, sauf peut-être le manager du groupe, Malcom McLaren, chasseur de tendances, suffisamment fou et malin pour s’occuper de la bande de gosses endiablés que sont les Sex Pistols. C’est lui qui va orchestrer comme il se doit la sortie de « God save the Queen », avec pour mots d’ordre : s’amuser et choquer. Malcolm McLaren organise ainsi, le 7 juin 1977 (précisément le jour du jubilé de la Reine), une virée sur la Tamise, avec pour but de passer à fond, à l’aide de haut-parleurs, le « God save the Queen » des Pistols, en prenant soin de parader devant le Parlement et le Palais de Westminster. Ils seront arrêtés par la police, mais toute la presse reprend l’événement, leur assurant ainsi la meilleure publicité possible !

« God sve the Queen » : manifeste punk

Au-delà de cette sortie hors du commun (et qui représente à elle seule un événement à part entière dans l’histoire du rock), et si l’on veut bien s’y pencher un peu, « God save the Queen » n’est pas qu’un hymne au grand n’importe quoi, ni un manifeste nihiliste bête et méchant. Certes, il s’agit de s’amuser, de choquer et de brailler. De tout détruire, à commencer par le rock hippie et le hard rock alors en vogue en Angleterre et aux États-Unis. Mais « God save the Queen » révèle aussi que le punk des Pistols (qui inspira fortement la deuxième génération de punks) n’est pas celui que l’on décrit de manière trop souvent caricaturale. Si « God save the Queen » a donné aux punks du monde entier un cri de ralliement – No Future –, c’est en partie à cause d’une erreur d’interprétation. Les jeunes fans des Pistols ont pris pour eux ce No Future. Or, dans les paroles de Rotten et dans les déclarations de ce dernier (et des autres membres du groupe), le No Future de « God save the Queen » est précisément adressé à la Reine, comme « symbole fasciste » (premier couplet de la chanson), non à la jeunesse anglaise ou à la « race anglaise » selon l’expression de Rotten. C’est une façon pour eux de dire à Élisabeth II : « casse-toi ! ». Rotten aurait d’ailleurs aimé que la chanson devienne un tube dans la classe ouvrière surtout (ce qui n’arrivera pas franchement). « God save the Queen » démontre encore que le punk n’est pas qu’une musique de « bras cassés », de mauvais musiciens ou de compositeurs médiocres – une « croyance » largement entretenue par les punks eux-mêmes d’ailleurs. Le fait est que tout le monde ne peut pas jouer, « comme ça », « God save the Queen », et encore moins l’écrire. Le thème musical est très accrocheur (ce qui est déjà la preuve d’un certain talent), les accords simples, mais efficaces (rappelons que nombre de chansons de David Bowie, qui a écrit quelques tubes, sont construites sur trois accords), et l’interprétation, hors du commun ! Le punk est accessible à tous, peut-être, mais il fallait un certain talent pour en être à l’origine. Et les Pistols avaient ce talent. Rotten, Jones et les autres étaient certes des gosses de la rue, mais ils n’étaient pas non plus de parfaits écervelés, comme ils ont bien voulu le paraître (et comme les médias ont entretenu cette image). Le cas Vicious est un peu différent : ce n’était pas une lumière, mais il avait l’intelligence instinctive, notamment quand il s’agissait de poser devant les objectifs.

Destroy, mais pas que…

Interdite d’antenne (même de certaines antennes de radios pirates, pourtant en guerre contre le Gouvernement anglais), « God save the Queen » se voit aussi refuser l’accès aux rayons disques de certaines grandes enseignes. 150.000 exemplaires du single s’écoulent tout de même en quelques semaines et la chanson est proche de la première place des charts anglais en 1977 – elle sera finalement devancée par le titre « I dont want to talk about it » de Rod Stewart. Mais peu importe, les Pistols, et Malcolm McLaren, avaient réussi leur coup : choquer et/ou amuser l’Angleterre. Forte de ce succès, toute l’équipe embarque pour les États-Unis où ils doivent tourner, notamment, avec les MC5 et les Ramones. Cette dernière s’achève toutefois assez vite, les bagarres, les débordements lors des premiers concerts, les problèmes de drogues et d’alcool et les démêlés avec la police américaine, auront très vite raison des Pistols. Johnny Rotten quitte le groupe à l’automne 1977 et les Pistols ne s’en relèveront pas. Sid Vicious mourra en février 1979 d’une overdose, à New York, après avoir très probablement assassiné sa petite amie, Nancy Spungen (le 18 octobre 1978). En seulement quatre singles et un album (« Nevermind The Bollocks, Here’s the Sex Pistols » est sorti en octobre 1977), les Sex Pistols (et Malcom McLaren) auront tout de même réussi à changer le visage du rock et à participer à l’affirmation du punk. Ils en incarneront pour toujours l’aile « extrémiste et destroy », mais pas que !

Biographie Sex Pistols

Les Sex Pistols furent un groupe de punk anglais formé en 1975 à Londres, connus pour être une des formations initiatrices du mouvement punk au Royaume-Uni, malgré sa courte existence (1975-1978) et un seul album studio enregistré. À sa formation, le quatuor se compose de John Lydon (alias Johnny Rotten) au chant, Steve Jones à la guitare, Paul Cook à la batterie et Glen Matlock à la basse. Ce dernier sera remplacé par le mythique Sid Vicious (John Simon Ritchie, né le 10 mai 1957 à Londres et mort le 2 février 1979 à New York) en 1977.