Par Phil Patrick

 

Pourquoi donnerais-je des détails ? Oui, j’ai couché avec Lady Gaga. C’était du temps où je squattais à New York. C’était aussi une époque où, jeune branleur ivre… révolutionnaire, je picolais grave et je me jetais dans le nez et le gosier (jamais dans les veines… ou si peu), à peu près tout ce que je pouvais choper, selon mes fréquentations et le fric dont je disposais dans mes poches.

Ouais, je croyais, à l’époque, qu’être critique rock exigeait nécessairement de mener une vie rock’n’roll selon la définition que les beaufs et les ignorants en font : la picole, la drogue, le cul. Mon cul ! À l’époque, ouais, j’étais ignorant. Cela n’a pas duré longtemps. Heureusement, sinon je serais mort et franchement, j’aurais manqué à un paquet de monde, d’abord à mes lecteurs.

Alors voilà : je trainais dans New York, j’allais de bars en clubs et en squats d’artistes. La lie. Et ce n’est pas une question de fric, parce que j’ai vu là-bas des gosses de pauvres et la progéniture de capitaines d’industrie se prendre la main… et les reins. C’était un beau bordel junkie. Avec le recul, c’était pitoyable.

Alors c’était un soir où, je dois bien l’avouer, j’étais à peu près sobre. Peut-être avais-je bu un peu d’alcool, mais je jure que je n’avais rien pris comme drogue. Ou peu. Je dis ça parce que je me rappelle très précisément de ce moment. Or, de mon séjour à New York, je n’ai en ai quasiment aucun souvenir. Je ne sais plus, ainsi, comment je suis revenu en Europe. Par avion, par bateau ? Je ne saurais le dire. La drogue rend con, c’est peu de le dire.

Alors c’était dans un bar, en sous-sol, un peu sombre le rade, mais propre. Je me suis installé au bar, parce que c’est moins cher que de s’assoir à une table. Un truc con. Y avait une gamine aux cheveux châtains avec des mèches blondes que faisaient apparaître les éclairages. Elle était assise derrière un synthé. C’était moche. Le tableau je veux dire. Parce que la fille, elle, était assez mignonne et elle chantait plutôt bien. Personne ne l’écoutait. Elle reprenait des standards, je me rappelle d’une chanson de Morcheeba et Because The Night de Patti Smith.

Moi je l’ai écouté. C’était pas grandiose comme ambiance, mais au moins j’entendais bien. Ce n’était pas ses bars ou ses clubs où l’on n’entend rien, où les mecs mettent le son à fond où tournent les amplis vers le public pour faire beau.

La gamine est venue au bar après son service. Je dis « service » parce que j’ai appris ensuite que c’est son oncle, patron du bar (ou associé, je ne sais plus) qui l’avait engagée. Je lui ai baragouiné un truc en anglais, façon « bravo, c’était bien ». Elle a souri – je m’en rappelle. On a discuté ainsi un bon moment tout en sirotant, pour ma part (la sienne, je ne sais plus), de la vodka pomme. Son prénom, c’était Stefi, m’a-t-elle dit. Mais elle aurait voulu qu’on l’appelle Lady Gaga, parce qu’elle adorait Queen et qu’elle voulait être une femme mûre (c’est ce qu’elle m’a dit, très exactement). Et puis elle m’a fait monter dans la chambre que son oncle lui prêtait, juste au-dessus du bar. On a fumé un joint. Et on a baisé. Le lendemain, quand je me suis réveillé, elle n’était plus là. Moi, j’ai pris mes affaires et je me suis cassé.