Mon illustre prédécesseur, Éric Nullo, en avait déjà fait un compte-rendu (voir), mais visiblement, le garçon manquait un tout petit peu de tact. C’est pourquoi la direction de Zicabloc m’a confié le soin d’écrire une nouvelle rubrique du dernier album de Sexion d’Assaut, L’apogée, en essayant d’être le plus « objectif » possible (ce qui est d’une grande hypocrisie, la critique musicale étant par essence un exercice de subjectivité suprême). J’ai donc écouté avec l’attention la plus professionnelle la nouvelle galette de Sexion d’Assaut. La question est : comment expliquer le succès de L’apogée (déjà 300.00 exemplaires vendus !) ? Pour un pays censé être en période de crise, comment des mecs (et on suppose des nanas) peuvent-ils dépenser 20 euros pour avoir, chez eux, l’album de Sexion d’Assaut ? Autrement posé : quelle est la recette du groupe parisien ? Éléments de réponse : mélangez dans un grand sac-poubelle (choisissez une sous-marque) un peu de Jean-Pierre Pernaut (sans Ricard, ce serait trop facile), quelques gouttes de cyprine made in Régine, un zeste de Linda Lemay, un dé des plus grands succès de Shym (1 ou 2 titres en somme), un ou deux passages choisis de France Football, une pincée du redoutable talent de Mouloud Achour, les lunettes d’Audrey Pulvard, une bonne dose de la rapidité d’esprit de Cécile de Minibus (et du courage de Jean-Marc Morandini), un peu de la virilité d’Arnaud Montebourg (moi le fion), beaucoup de l’humour transgressif de Yann Barthès (et un cheveu de Fabien Barthez), une goutte de la sueur si précieuse de Benjamin Castaldi et un bout de chemise de Carlos (le chanteur terroriste). Laissez pourrir quelques jours en plein soleil, vous obtiendrez la même chose que L’Apogée. On n’a pas dit que ce serait facile. C’est du boulot d’arriver à tel niveau de médiocrité. Comptez aussi fortement sur les ravages de l’analphabétisme chez les plus jeunes, et sur ces maudits changements d’habitude : l’argent de poche ne va plus dans le shit et l’alcool, il va tout droit dans le caniveau des ventes de la Fnac. (Laurent Routier)