« New York City Cops » est à l’origine une chanson au propos un brin potache et gentiment subversif : on se moque de la police new-yorkaise en considérant cette dernière comme « pas très intelligente » : « New York City cops ain’t too smart ». Oui, nous sommes loin de l’appel au meurtre. Mais le hasard de l’Histoire va placer « New York City Cops » – au demeurant petit bijou de rock garage – et les Strokes au cœur d’une polémique qui aidera, en partie, le groupe et son premier album à conquérir le monde du rock autant que le grand public.

« New York City Cops » ou la gaffe évitée de peu

D’abord, « New York City Cops » est la chanson qui retarda littéralement la sortie de « Is this it ? », premier album des Strokes, aux États-Unis – ce qui, dans l’histoire du rock, est très rare. Sorti en juillet 2001 en Australie, en août en Europe, « Is it this ? » est attendu dans les bacs américains le 25 septembre 2001. Mais après les Attaques du 11 septembre 2001, notamment sur New York – ville d’origine des Strokes – il paraît impensable aux membres du groupe (a priori cela n’avait pas « choqué » leur maison de disques) que figure sur l’édition américaine de « Is this it ? » la piste 9 : « New York City Cops ». La date de sortie de l’album est donc repoussée au 9 octobre, le temps de remplacer « New York City Cops » par « When it started ». Une décision qui « crispe » la communauté des fans de rock et les critiques, alors que l’EP des Strokes, « The Modern Age », sorti en mai 2001 (et comprenant trois titres : « The Modern Age », « Last nite » et « Barely Legal »), avait massivement recueilli les éloges nécessaires à la rapide sortie d’un « vrai » album. Certains parlent d’élégance, d’autres de trahison quant à ce « retrait » de « New York City Cops » de l’édition originelle de « Is this it ? » Et décidément, ce premier album fait, selon l’expression consacrée, couler beaucoup d’encre. Au-delà de l’agitation autour de « New York City Cops », c’est le style même des Strokes qui est au cœur des débats.

Les Strokes : une opération marketing ?

Pour certains critiques rock et pour de nombreux fans, les Strokes sont une « nouvelle étape du rock », un « nouvel échelon », comme l’ont été avant eux beaucoup d’autres (et heureusement). Pour d’autres, les Strokes sont seulement un nouveau produit de l’industrie du disque, ni plus ni moins qu’un boys band du rock. Chacun apporte évidemment ses arguments, les détracteurs du groupe mettant notamment en lumière que les membres des Strokes sont tous issus de familles aisées et certaines parmi elles très influentes dans le milieu artistique. Julian Casablancas (chanteur, né en 1979) est en effet le fils de John Casablancas, fondateur de l’agence de mannequins Elite, tandis qu’Albert Hammond Jr (guitariste, né en 1980) est le fils du célèbre compositeur du même nom.
Les pro Strokes – ils sont alors largement majoritaires – mettent quant à eux en avant le fait que « Is this it ? » est le fruit d’une recherche esthétique précise. Julian Casablancas a en effet depuis longtemps défini la musique des Strokes comme « le voyage d’un groupe de rock garage dans l’époque moderne » et lui et sa bande ont travaillé à cette fin sur « Is this it ? » – plus tard, cette « définition » sera l’une des causes des tensions récurrentes au sein de groupe. Tous les titres ont ainsi été enregistrés en une seule prise, dans un studio aménagé par le producteur Gordon Raphael dans une cave de Manhattan. Les membres du groupe ne veulent surtout pas de gros moyens, mais essayer de capter leur son « sur le vif », sans être complètement hermétiques aux effets… rétros, notamment le travail effectué en ce sens sur la voix de Casablancas.

« Is this it ? » présente ainsi tous les ressorts de l’éternel débat – This is it – qui anime tout amateur de rock, à savoir cette tendance à toujours vouloir distinguer ce qui est rock et ce qui ne l’est pas. Ce qui est sûr, c’est que le premier album des Strokes ne laisse personne indifférent et que le groupe devient vite le « nouveau phénomène ». « Is this it ? » est un énorme carton, aux États-Unis, mais aussi en Europe, au Japon, en Australie… Quant à « New York City Cops », la chanson sera tout de même présente sur la version vinyle de « Is this it ? », commercialisée aux États-Unis en même temps que l’album. Alors, à moitié pardonnés les Strokes ?