Mon cher lecteur. Faut le reconnaître, t’as des goûts de chiottes. Le rock, t’aimes bien, mais faut qu’on te le mâche avant pour que tu le digères correctement. Du coup, j’ai creusé un peu. Pris du temps. Fumé des clopes. Imaginé une sextape avec Scarlett Johansson et Jessica Alba. Bref, je me suis mis dans les conditions les plus heureuses pour te livrer avec une précision que ces fils d’enculés de Chronopost n’auront jamais un top 10 top qualité d’albums rock méconnus, mais ô combien précieux. Lis, écoute et pleure. (par FOK)

1/ Low Estate, 16 Horsepower
Attention, ce disque est une pure tuerie. Il divise le monde en trois catégories. D’abord ceux qui ne le connaissent pas : ils sont nombreux et n’ont qu’à continuer à se branler sur des photos de Katy Perry. Ensuite, ceux qui connaissent, mais n’aiment pas : ceux-là ne méritent que l’enfer que promettent la Bible, le Coran, la Torah et Télérama à ceux qui pensent qu’un samedi soir à regarder The Voice n’a jamais fait de mal à personne. Et puis, il y a le petit monde de ceux qui connaissent et apprécient 16 Horsepower à sa juste, mais néanmoins très haute valeur. Groupe U.S. formé à Denver, 16 Horspower mélange pas mal d’influences de la musique traditionnelles américaine : americana (qui est déjà un style qui mélange pas mal de choses), country, rock, folk, bluegrass… Bref, ça sent assez bon les états du sud de l’Amérique. Formé en 1992 et dissout 10 ans plus tard, 16 Horsepower a eu le bon goût de nous laisser le superbe Low Estate (1997). Un album absolument monumental sur lequel on peut trouver (selon les éditions) une jolie reprise du Partisan de Leonard Cohen. Preuve de bon goût ultime, le morceau est enregistré en duo avec Bertrand Cantat. Noir Désir et 16 Horsepower se connaissent bien et il est d’ailleurs assez facile de retrouver une musicalité commune aux deux groupes. On notera que Pascal Humbert, qui forme aujourd’hui le groupe Détroit avec Betrand Cantat, est l’un des membres fondateurs de 16 Horsepower. Inutile de te dire que tu es donc entre de bonnes mains.

2/ The Ideal Crash, dEUS
Il existe en France une tradition séculaire qui consiste à se foutre de la gueule des Belges. C’est comme ça et nos parents nous l’inculquent dès la naissance en même temps que la peur des araignées. Pourtant, en matière de rock, nos cousins frontaliers savent y faire et peut-être même mieux que nous. Depuis le début des années 90, pas mal de groupes ont émergé de la scène rock belge et notamment anversoise : Venus, Ghinzu, Girls In Hawaï ou encore dEUS ont porté très haut les couleurs de leur pourtant plat pays dans toute l’Europe. Ils n’ont aucun complexe à chanter en anglais, le font même très bien, et livrent souvent des galettes qui rivalisent avec les meilleures prods américaines. The Ideal Crash de dEUS est une illustration parfaite que les grands groupes de rock peuvent venir d’ailleurs que les U.S.A ou l’Angleterre. L’album est ultra créatif. Le son est impeccablement ciselé, mais conserve une chaleur rock qui prend aux tripes. Écoute le parfait Instant Street, une merveille absolue, et dis au prochain connard qui te racontera une histoire Belge d’aller se faire enculer.

3/ Visual Audio Sensory Theatre, VAST
Ne me raconte pas de conneries, tu n’as jamais entendu parler de VAST. Quatre lettres qui cachent le nom-concept « Visual Audio Sensory Theatre ». Il ne s’agit pas d’un groupe, puisque seul le Texan (preuve qu’ils savent faire autre chose que cuire des steaks et tenir plus de 8 secondes sur un taureau) Jon Crosby est à l’origine de la chose. Compositeur, multi-instrumentiste et interprète, il sort son 1er album en 1998 à seulement 22 ans. Visual Audio Sensory Theatre, c’est aussi le nom de l’album (on dit « éponyme » quand on est un journaliste bien éduqué) est une performance d’inventivité. Guitares acoustiques merveilleusement sonorisées, son électro bien lourd et voix d’une clarté absolue font de VAST un artiste unique qui fait qu’on a raté sa vie si on est passé à côté. Tu me remercieras plus tard.

4/ Howl, Black Rebel Motorcycle Club
Si tu connais Black Rebel Motorcycle Club (que les journalistes qui ne sont pas rémunérés au caractère résument par BRMC), tu vas trouver curieux que je choisisse Howl pour représenter cette excellente formation californienne. Howl est en effet un album un peu spécial dans leur discographie. D’ordinaire friand d’un rock aux couleurs plutôt sombres, BRMC sort de ça « confort zone » en 2005 pour une musique plus acoustique aux limites de la country et de l’americana. Une pure réussite : le rendu sonore des titres Shuffle Your Feet et Ain’t No Easy Way est juste délicieux et la tonalité rock crasseux des BRMC apporte le jus nécessaire à en faire un putain d’album. Dommage que le groupe a refermé cette parenthèse musicale, parce que c’est du tellement top classe que j’en aurai bien repris une dose.

5/ Jelly Legs, Mundy
En 1996, un irlandais d’à peine 20 ans sort, dans une confidentialité relative, le très bel album Jelly Legs. À la clé, un joli fait d’armes, puisque le titre To You I Bestow fera partie de la bande-son du film de Baz Luhrmann Romeo + Juliette avec Leonardo Di Caprio et Claire Danes. Ce n’est d’ailleurs pas forcément le meilleur morceau de la galette qui contient quelques pures joies sonores. Avec Jelly Legs, Mundy propose un rock électrique enrichi des accents celtiques de son pays. Perso, j’adore la musique celte qui, quand Nolwenn Leroy lui fout la paix, est un truc chargé d’âme qui te prend aux tripes. L’influence celtique dans le rock a souvent donné de la bonne came. Pour Mundy, ça fonctionne grave. Du début à la fin, Jelly Legs est génial. Il transporte (souvent du côté du bord de mer et dans les bars) et mérite un million de fois plus l’attention qui lui a été portée jusque-là.

6/ Throwing Copper, Live
Du très très bon. Le deuxième album du groupe américain Live a connu un joli succès à ça sorti en 1994. 8 millions de galettes vendues et c’est mérité. Même 20 ans après, il ne faut pas hésiter à le réécouter. De bout en bout, parce que ça vaut vraiment le coup. Le groupe originaire de Pennsylvanie ne s’est pas contenté d’un ou deux bons titres comme le faisaient beaucoup de formation rock de l’époque. À mon avis, ils ont dû galérer grave pour extraire le premier single parce qu’il est impossible de dire lequel est le meilleur parmi les six premiers titres. Live propose un rock profond et intense et Throwing Copper est indéniablement un album à avoir. Fend-toi d’un billet et trouve-le.

7/ Too Many Days Without Thinking, Swell
Swell est un groupe de rock indépendant apparu à la fin des années 80 à San Francisco et qui s’est éteint en 2007. Entre temps, ils ont eu la bonne idée de sortir l’excellent Too Many Without Thinking. On peut extraire un titre : The Trip, qui montre tout le génie de la formation. Planant, donc rythmiquement super intéressant, Swell appartient à ces groupes qui contribuent dans l’ombre à la beauté du rock. Tu peux y aller les yeux fermés et les oreilles ouvertes.

8/ Le Quart d’Heure des Ahuris, Eiffel
J’ai déjà parlé d’Eiffel dans une précédente chronique ici même, mais j’avais envie de faire figurer un groupe français dans ce Top 10. Noir Désir ? Trop facile. Et puis le Quart d’Heure des Ahuris d’Eiffel mérite largement sa place ici : c’est un album qui bande fort du début à la fin. Une vraie pépite brute de rock qui concentre l’énergie écorchée d’un groupe musicalement inventif et qui, ne boudons pas notre plaisir, sait en plus écrire des textes. La faute au leader, Romain Humeau, musicien génial qui n’a pas peur de tremper sa plume là où ça fait mal. Si tu veux en savoir plus sur le Quart d’Heure des Ahuris, je t’invite à lire l’article consacré à Eiffel dans cette même rubrique parce que ça me soûle grave de tout te réécrire.

9/ Come Down, The Dandy Warhols
Je faire une pause dans la piètre opinion que j’ai de toi et partir du principe que tu connais les Dandy Warhols. Impossible d’être aussi cave. Mais peut-être as-tu oublié leur deuxième opus, Come Down, l’album qui les poussera hors des frontières de leur Oregon natal et leur ouvrira les portes de l’Europe. Mélange de rock alternatif et de pop psychédélique, Come Down est un super disque qui contient les hits nécessaires à faire du passage radio, mais aussi des morceaux moins accessibles et plutôt audacieux qu’il convient de se passer en boucle. En écoutant les Dandy Warhols, on a parfois un petit arrière-goût des Doors (le côté clavier), une légère effluve de Radiohead. Ce qui n’est pas désagréable, parce que les gars de Portland ont réussi à se créer une identité propre et un son très personnel. Le groupe s’est depuis bâti une solide réputation et les albums qui ont suivi sont bien mieux qu’acceptables. Pourtant, Come Down reste pour moi le disque à écouter des Dandy Warhols, notamment pour la diversité des ambiances qu’il propose. Et dans le genre, c’est rare de faire aussi bien.

10/ This is Hardcore, Pulp
Pulp a fait parti d’une vague pop anglaise qui a trouvé son public dans le sillage des gros navires qu’ont pu être Oasis et Blur dans les années 90. Je trouve que les gars de Sheffield avait un petit truc en plus que les autres qui apparaît assez clairement dans l’album This Is Hardcore. Avec une pop un peu plus sombre et musicalement plus recherchée, This Is Hardcore n’a pas rencontré le même succès commercial que son précédent Different Class qui les avait révélés. Une bonne raison de le préférer et d’écouter le titre phare This Is Hardcore. Une grâce dans la construction qui donne au morceau une dimension limite cinématographique. Tu peux y aller, c’est du bon.