Parce que 3 minutes de format radio, c’est trop court : le top 10 des meilleures chansons rock qui prennent le temps de nous faire bander bien fort. Prends le temps et profite !

1/ The End (The Doors) : 11’34
Celui qui n’a pas  » trippé  » au moins une fois sur The End des Doors a raté sa vie. Chamanique, hypnotique et transcendantal, cette pièce d’anthologie clôt en beauté le merveilleux premier album de la bande à Morrison. Un final apothéosalyptique (j’ai des droits d’auteur sur ce mot) qui prend le temps pour nous faire passer par tout les états. 11 minutes 34 d’intensité pour un morceau d’autant plus interminable qu’il te grave quelque chose dans l’âme à jamais. Malgré sa longueur, il est impossible de se lasser de le réécouter. Alors oui, pour des raisons psychotropes évidentes, il est clair que l’abus de The End est dangereux pour la santé. Mais comme pour le reste, on s’en fout pas mal.

2/ Free Bird (Lynyrd Skynyrd) : 9’10
Clarifions tout de suite les choses pour les plus bouffons d’entre vous : Free Bird, c’est l’autre tube de ceux qui chantent Sweet Home Alabama. Groupe légendaire et emblématique des états du sud de l’Amérique, Lynyrd Skynyrd n’est fait que de rock et de liberté. Le tout nageant dans une sauce purement américaine aux limites, il faut bien l’admettre, de la caricature. Ou de l’authenticité. Difficile de bien faire la part des choses. On se bornera à dire que Free Bird, c’est quand même de la très bonne came et que Lynyrd Skynyrd a pris 9 minutes 10 pour très bien faire les choses quitte, sur ce point, à être d’accord avec ce drôle de mec en cagoule blanche…

3/ Kashmir (Led Zeppelin) : 8’28
Led Zeppelin n’a jamais eu peur de faire des titres longs. Le plus connu d’entre eux, Stairway To Heaven, dure d’ailleurs plus de 8 minutes. Mais Kashmir, autre morceau légendaire de Led Zep, dure 20 secondes de plus et on aurait voulu qu’ils en rajoutent encore. En fait, Kashmir ne devrait jamais s’arrêter et durer toute la vie. La superposition rythmique des composantes du morceau est absolument hallucinante et donne au titre une dimension musicale hors du temps. En arrière-plan, Bonham cogne une batterie lourde à la limite de tirer le temps derrière (tu noteras la double lecture poétique de cette observation rythmique), sur laquelle vient se poser le riff de guitare hypnotique et planant de Page. Plant recouvre le tout d’une ligne de chant aérienne et métaphysique pendant que quelques arrangements orchestraux emportent le tout au-delà des limites musicales du commun des mortels. Sublime.

4/ Layla (Eric Clapton) : 7’13
Une manière évidente de faire durer un morceau est d’y planter un solo de guitare ad libre. C’est d’ailleurs une construction très utilisée dans les 70’s. À ce petit jeu-là, Clapton sait se défendre et la première version de Layla se termine dans les langueurs électriques d’une gratte qui couine. C’est efficace, même si on sent qu’il tire un peu sur la corde (la corde de  » si  » notamment). D’ailleurs, quelques décennies plus tard, Clapton lui-même ampute son titre de 2 minutes 30 dans une version acoustique peut-être aujourd’hui encore plus connue que l’originale et confessera même avoir rendu au morceau sa vraie nature. Comme quoi tout devient plus clair quand on se calme un peu sur la poudre…

5/ Coma (Guns n’ Roses) : 10’16
Coma n’est pas le titre le plus connu des Guns. Placé en toute fin d’album sur Use Your Illusion I, il est une sorte d’exutoire à toutes les névroses d’Axl Rose. Certes, ça n’aura pas calmé le gars pour autant mais reconnaître qu’on a des problèmes est toujours un bon début. Musicalement, Coma part dans tous les sens et on retrouve la caractéristique géniale qu’on notamment eu les Guns sur Use Your Illusion I & II à combiner différentes ambiances et parties musicales au sein d’un même morceau : November Rain, Estranged et Coma démontrent que le succès de Guns N’ Roses n’était pas un hasard de paillettes mais que ce groupe mérite une vraie belle place au panthéon du rock.

6/ L’Europe (Noir Désir) : 23’44
Dans la vraie vie, l’Europe ne s’explique pas en 3 minutes et on ne voit pas pourquoi il en irait différemment en chanson. À côté de ça, c’est clair que le titre de Noir Dez, qui conclut Des Visages Des Figures, n’est pas non plus un outil pédagogique pour les cours d’éducation civique de 6e. L’Europe c’est déjà un beau bordel. Mais histoire de rendre le truc encore plus barré, la bande à Cantat à fait appel à Brigitte Fontaine pour venir balancer du texte façon message caché des réseaux de résistance de la Seconde Guerre mondiale. Un concept qui permet à Cantat de faire ce qu’il fait de mieux : s’amuser avec les mots. Et comme disait ce célèbre amateur de contrepèteries (en l’occurrence moi) :  » Allons bâcler nos rites dans l’Europe des salons ! « 

7/ Hey Jude (BEATLES) 7’11
J’avoue ne pas connaître assez bien la discographie des Beatles pour pouvoir affirmer que les 4 gars de Liverpool n’ont rien fait de plus long que Hey Jude. C’est vrai que les principaux tubes (et il y en a une putain de flopée) du groupe sont assez courts et correspondent aux formats classiques exigés par les radios. Mais j’avais tendance à penser que l’époque où ils prenaient de l’acide et avaient dit merde à leur rasoir avait été propice à la composition de quelques morceaux bien allumés et bien longs. En fait, non et je n’ai pas trouvé plus long que les 7 minutes 11 de Hey Jude, même si les  » Na Na Na NaNaNaNa NaNaNaNa Hey Jude  » qui pompent les trois quarts du morceau frisent l’escroquerie.

8/ HURRICANE (Bob Dylan) 8’33
Musicalement, les chansons de Dylan ne sont pas très compliquées. Avec un Do, un Sol et un Fa, n’importe quel guitariste même un peu médiocre peut en jouer une bonne partie. En revanche, Robert Zimmerman de son vrai nom savait pisser du texte. C’est le cas du titre Hurricane, écrit en 1975 pour Rubin  » Hurrican  » Carter, un boxeur noir américain qui passa près de 20 années en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis. Titre militant et engagé, on retrouve les ingrédients les plus classiques de Dylan : structure simple, musique simple et trois tonnes de textes débités comme Bob sait le faire, c’est à dire à moitié par la bouche et par le nez.

9/ Hotel California (Eagles) 6’31
Un arpège d’intro culte pour démarrer et un solo de guitare d’anthologie de plusieurs minutes pour terminer. Je me demande si Eagles savait ce qu’il tenait lorsqu’il a enregistré Hotel California. L’efficacité du morceau est redoutable. Je sais que beaucoup l’ont trop entendu et ne supporte plus de l’écouter. Pas moi. Je ne m’en lasse pas et je réserve un torrent d’insultes pour ces fils de putes (au pluriel) des radios qui coupent le solo parce qu’il est trop long et que la pub pour Conforama n’attend pas. Allez vous faire enculer bien fort avec des bites en toile emeri, bande de chiens !

10/ Sympathy For the Devil (Rolling Stones) 6’31
S’il faut une Bible entière pour résumer l’œuvre de Dieu, le Diable n’a besoin que des 6 minutes 31 de Sympathie For The Devil pour résumer la sienne. Il peut remercier Les Rolling Stones qui ont pris plus de temps qu’à l’accoutumée (leurs tubes sont généralement de formats assez standards) pour nous raconter l’histoire de l’ange déchu à travers les âges. Je te l’accorde (en 440 Hz) : les Stones n’ont pas réinventé grand-chose avec ce tube et ont seulement allongé la sauce de la simplissime recette blues rock qui a fait leur succès. Car dans sa structure, le morceau est tout sauf compliqué : autour de quatre accords, les solos de gratte de feu Keith Richards (on ne me fera jamais croire qu’il est toujours en vie) ponctuent le récit endiablé d’un Mick Jagger génialement inspiré sur le coup. Mais au fond, que leur demander de plus ?