« One » est la troisième piste de l’album « Achtung Baby » sorti en novembre 1991. Un album dont l’enregistrement débute à Dublin à l’automne 1990. U2 est déjà un super groupe, une figure incontournable du rock mondial.

U2 : machine de guerre

Bono et sa bande restent sur quatre albums dont les ventes ont été exceptionnelles : « War » (février 1983), « The Unforgettable Fire » (octobre 1984), « The Joshua Tree » (mars 1987) et « Rattle and Hum » (octobre 1988). Tous se sont classés au sommet des charts anglais, américains, français, allemands, japonais, canadiens… Les tournées du groupe attirent des millions de fans à travers le globe et U2 remporte toutes les distinctions existantes à l’époque. À l’aune d’entrer en studio pour l’enregistrement de ce qui sera « Achtung Baby », U2 n’a, a priori, aucune pression à avoir. Le groupe est d’ores et déjà devenu la grosse machine que l’on connaît encore aujourd’hui : rien ne semble devoir lui résister, du moins de l’extérieur…

U2, mais… moi d’abord !

Des tensions sont effectivement nées au sein du groupe depuis quelques mois, et ce n’est pas illogique. The Edge (David Evans, guitariste), Bono (Paul Hewson, chant), Adam Clayton (basse) et Larry Mullen (batterie) sont certes amis depuis l’enfance, mais le tourbillon qui les entoure depuis près de 10 ans maintenant a parfois eu raison, surtout durant l’année 1989, de leur éternelle cohésion. Des discussions ont notamment cours au sujet des nouvelles orientations musicales à prendre sur « Achtung Baby ». Tandis que The Edge et Bono aimeraient travailler sur des sons plus pop et dance (!), Adam Clayton et Larry Mullen veulent revenir, après un « Rattle and Hum » plutôt pop, au rock qui a fait la réussite de U2 en 1983 avec « War » ou avec « The Joshua Tree » (mars 1987), un rock que les spécialistes nommeront « rock héroïque » et dont l’expression la plus aboutie est évidemment le tube « Sunday Bloody Sunday » (album « War », 1983). Les premiers enregistrements ont lieu à Dublin, donc, mais les séances sont mauvaises, trop souvent interrompues par les interrogations des uns et des autres. L’entourage de U2 – à commencer par leur maison de disques – est inquiet : et si la créativité de Bono et des siens était arrivée à son terme ? Afin d’échapper à ce climat un brin pesant, les membres du groupe décident de « s’exiler » à Berlin à la fin de l’année 1990, en espérant y trouver un nouveau souffle. U2 se « réfugie » ainsi aux studios Hansa, accompagné de son duo de producteurs chéris, Brian Eno et Daniel Lanois (le premier étant pris sur d’autres projets, c’est surtout le second qui officiera aux consoles durant tout l’enregistrement de « Achtung Baby »). U2 reprend donc le travail inachevé des séances dublinoises, mais les tensions sont toujours présentes. Chaque mélodie, chaque riff, chaque orientation… sont discutés, au point que certains craignent, ni plus ni moins, la dissolution de U2, non pas tant à cause de problèmes relationnels, mais plus par divergence artistique.

La petite histoire de « One »

C’est dans ce contexte particulier que « One » naît, comme le morceau qui va, en même temps qu’il prend forme, reconstruire l’unité artistique du groupe et sauver ce dernier d’un split qui paraissait inévitable. L’histoire raconte que The Edge venait de s’isoler alors que Bono et Adam Clayton discutaient (encore) de l’approche artistique à donner à l’ensemble de l’album. Grattant « dans le vide », The Edge tient bientôt une nouvelle mélodie et la fait écouter à ses partenaires, toujours en pleine discussion. Le déclic (le miracle) a lieu, les autres suivent The Edge, la chanson commence déjà à prendre forme. Deux heures plus tard, « One » est composée. Ne reste plus qu’à écrire les paroles. Bono s’en charge tandis que le groupe peaufine la musique et commence déjà à (re)travailler sur d’autres morceaux de l’album. La magie opère : U2 est en train de saisir le souffle qui lui manquait depuis plusieurs mois. Pour les paroles, Bono avouera ne pas avoir voulu écrire une « chanson d’amour hippie, mais une chanson qui parle des relations humaines en général, le fait d’accepter la différence de l’autre tout en continuant de l’aimer » : « we are one, but we are not the same » (« nous sommes un, mais nous ne sommes pas identiques »). Diverses interprétations ont été données aux paroles de One, dont celle qui voudrait que « One » soit la lettre d’un fils atteint du SIDA à son père. Si la « référence » au SIDA est citée (alors que le texte en lui-même ne précise rien), c’est que Bono et les siens mènent depuis quelque temps (avant même la sortie de « Achtung Baby ») une campagne de sensibilisation aux dangers de cette maladie que l’on connaît encore peu, auprès de leur public (et de tous ceux qui peuvent entendre leur message). Triste ironie du sort, Freddie Mercury, ami et idole de Bono, sera emporté par la maladie le 24 novembre 1991, quelques jours seulement après la sortie de « Achtung Baby ». Ce n’est sans doute pas un hasard non plus si tous les bénéfices engendrés par le single « One » (qui sortira en mars 1992) ont été redistribués par U2 à différents centres de recherche sur le SIDA.

Achtung Baby !

One est donc officiellement le premier morceau achevé de « Achtung Baby ». Nous sommes début 1991. Leur cohésion retrouvée – et le plaisir de travailler ensemble – Bono et sa bande enchaînent les compositions et « Achtung Baby » arrive dans les bacs en novembre 1991. « One » a sauvé U2 et les fans du groupe – qui ne sauront rien, à l’époque, de la crise que vient de traverser le groupe – sont une nouvelle fois au rendez-vous. « Achtung Baby » sera très vite le 5e album d’affilée de U2 à atteindre les premières places des ventes aux États-Unis, en Angleterre, en France… Et One sera le single le plus vendu de l’album. Après avoir frôlé l’implosion, U2 réalise donc à nouveau un sans-faute, exploit qu’ils réitéreront avec « Zooropa » (juillet 1993), « Pop » (mars 1997), et caetera jusqu’à aujourd’hui. Sans « One », l’histoire aurait peut-être été différente.