« Jump » figure sur l’album « 1984 » sorti en janvier de la même année : le 1er pour l’album, le 9 pour le single. Il s’agit du sixième album de Van Halen qui est déjà, en 1984, l’un des groupes les plus populaires (et les plus vendeurs) du rock américain. « 1984 », et « Jump » en particulier, vont pourtant leur permettre de franchir un nouveau palier en termes de notoriété (mondiale) et de ventes. L’album marque également une rupture au sein même du groupe, en proie à de vives tensions depuis plusieurs mois, notamment pendant l’enregistrement de leur précédent album, « Diver down » (1982).

Van Halen prêt à sauter

Les tensions au sein de Van Halen concernent surtout les deux âmes et forts caractères du groupe : le guitariste-compositeur Eddie Van Halen (qui peut compter sur le soutien de ses frères Alex et Wolfgang) et le chanteur-parolier David Lee Roth (génial frontman). Le premier est un musicien accompli, un guitariste virtuose qui souhaite explorer de nouveaux horizons musicaux après cinq albums de pur hard rock qui ont pourtant connu un énorme succès. David Lee Roth, quant à lui, ne comprend pas bien les nouvelles envies d’Eddie et souhaite continuer sur le même chemin et profiter du statut « d’intouchable » du groupe pour engranger de nouveaux tubes et jouer sur des scènes toujours plus grandes. Expérimenter de nouveaux sons ? Très peu pour lui. De tous les membres de Van Halen, Roth est sans doute le plus excentrique, le plus « rock’n’roll », celui qui a fait du proverbial triptyque « sex, drugs, rock’n’roll » son mode de vie (il n’atteindra toutefois jamais – et heureusement – le point de non-retour). Eddie Van Halen, de son côté, veut reprendre la main, ou plutôt « la prendre » tout court : depuis les débuts du groupe, il lui semble qu’on le commande (les producteurs, les directeurs artistiques, la maison de disques…), notamment en le « forçant » à user et abuser de ses solos de guitare (par ailleurs géniaux). C’est en grande partie pour cette raison qu’il a lui-même fait construire son propre studio d’enregistrement dans la banlieue de Los Angeles, les studios 5150 (le 5150 est, en Californie, le numéro d’appel pour les cas psychiatriques). 1984 est ainsi le premier album de Van Halen pour lequel Eddie joue le rôle de producteur principal, Ted Templeman (le producteur habituel de Van Halen) faisant plus office d’ingénieur du son que de chef d’orchestre. Un nouvel organigramme qui ne plaît pas beaucoup à Roth, obligé de changer quelques-unes de ses habitudes (notamment celle de ne jamais travailler le jour). Dès le début de l’enregistrement de 1984 aux studios 5150, les deux leaders du groupe sont en froid. Et les nouvelles orientations musicales qu’Eddie souhaite donner à Van Halen ne vont rien arranger.

« Jump » : keyboard song

Eddie ne veut plus que les morceaux de Van Halen se construisent uniquement autour de ses solos de guitare. Il veut que le groupe prenne une nouvelle direction avec l’utilisation massive de synthétiseurs. Eddie veut des « keyboards songs ». « Jump » en est le parfait exemple. Deux ans auparavant, il est ainsi fort probable que « Jump » ait été jouée entièrement à la guitare. En 1984, « Jump » n’est quasiment jouée qu’aux claviers. Roth craint que les fans historiques du groupe ne se détournent d’eux et souhaite voir Eddie reprendre sa guitare et arrêter de « pianoter sur son ordinateur ». Les deux hommes se déchirent et « Jump » est le fruit de leurs divergences, mais aussi celui des concessions que chacun consent à faire à l’autre. « Keyboard song » par excellence, le titre intègre aussi un (magnifique) solo de guitare d’Eddie, même si cette « intégration » semble quelque peu forcée si l’on écoute attentivement le morceau. Ce qui n’empêche pas « Jump » (dont les paroles ont été inspirées à Roth après la diffusion au JT des images d’un homme menaçant de se jeter du toit d’un immeuble) d’être un énorme carton commercial. Il s’agit même du premier n°1 de Van Halen aux États-Unis (ils avaient, auparavant et à plusieurs reprises, atteint le top 10). Jump se classe également n°1 en Angleterre, en France, en Allemagne, au Japon… Eddie Van Halen a réussi son pari, mais il en coûte au groupe : quelques jours seulement après le lancement de l’album « 1984 », David Lee Roth annonce son départ (il ne reviendra qu’en 1996 !). Les fans de Van Halen se déchirent à leur tour, les uns se rangeant du côté d’Eddie, les autres criant à l’injustice devant le départ de Roth. Ce dernier poursuit une carrière solo avec un certain succès, mais le gros des troupes reste composé d’inconditionnels fans de Van Halen. Le groupe accueille quelques semaines plus tard un nouveau chanteur, Sammy Hagar. L’album suivant de Van Halen s’intitulera 5150, du nom des studios d’Eddie, comme pour signifier – si jamais certains ne l’avaient pas encore compris – que le seul maître à bord du vaisseau Van Halen, c’est lui !

Biographie Van Halen

Van Halen est fondé en 1972 en Californie par le guitariste et compositeur Eddie Van Halen. Van Halen propose un hard rock basé sur les prouesses techniques à la guitare d’Eddie Van Halen. Celui-ci sera à ce titre l’un des premiers à populariser la technique du « tapping ».